Donald Trump mis au centre d’une conspiration antidémocratique

La réalité en face : « Donald Trump a été au centre de la conspiration » visant à faire annuler les résultats de l’élection présidentielle de 2020. Il a « harangué une foule d’ennemis de la Constitution » pour les inciter à prendre d’assaut le Capitole, et ce, afin de « renverser le gouvernement ».

De manière franche et directe, le président de la commission américaine chargée de faire la lumière sur l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, le démocrate Bennie Thompson, a ouvert jeudi soir à Washington la première audience publique de ce comité parlementaire en tenant l’ex-président américain pour responsable de l’attaque du dôme de la démocratie américaine ce jour-là et en qualifiant le sombre événement de rien de moins que du « point culminant d’une tentative de coup d’État ».

« Il n’y a pas de place pour le débat, a ajouté pour sa part la républicaine Liz Cheney, rare membre de ce parti à siéger à la Commission. Ceux qui ont envahi notre Capitole et combattu les forces de l’ordre pendant des heures étaient motivés par ce que le président Trump leur avait dit, soit que l’élection avait été volée et qu’il était le président légitime. »

À une heure de grande écoute, la première audience publique de la Commission a amorcé ainsi son processus de diffusion des résultats de près d’un an d’enquête en commençant à tracer les lignes entre la campagne de dénigrement du scrutin présidentiel orchestré par Donald Trump et ses alliés dans les mois qui ont précédé le vote et la tentative d’empêcher la certification du vote par le Congrès menée par les fidèles du populiste, le 6 janvier 2021.

Une tragédie passée, que Bennie Thompson a cherché d’entrée de jeu à conjuguer au futur en lançant un appel à la mobilisation contre ceux qui ont « soif de pouvoir, mais n’ont ni amour ni respect » pour la Constitution des États-Unis et l’État de droit.

« Ce soir, et au cours des prochaines semaines, nous allons vous rappeler les faits qui se sont déroulés ce jour-là. Mais notre travail doit faire bien plus que regarder en arrière. Car notre démocratie reste en danger. Le complot visant à contrecarrer la volonté du peuple n’est pas terminé. »

Pendant près de deux heures, la Commission a remonté le fil des événements, mais a également exposé des témoignages, tenus à huis clos, montrant que l’entourage de Donald Trump a, à maintes reprises, tenté de le convaincre qu’il n’avait pas remporté les élections et que ces prétentions de fraude étaient infondées.

Dans un témoignage vibrant, la policière Caroline Edwards, agressée par les émeutiers cette journée-là, a raconté comment elle s’est sentie dépassée par la séquence des événements. « J’étais une Américaine, face à face avec d’autres Américains, me demandant… comment nous en étions arrivés là », a-t-elle dit. C’était le « chaos », un « carnage », a-t-elle ajouté, une violence qui « n’était pas un accident », a résumé le président de la Commission, et que les alliés de Donald Trump ont planifiée avec soin. À commencer par le groupe paramilitaire d’extrémistes de droite, les Proud Boys, dont la présence sur le terrain a été démontrée une fois de plus par la diffusion de vidéos inédites.

Le documentariste Nick Quested, qui a filmé le groupe de l’intérieur le 6 janvier et les jours précédents, a dit son étonnement devant le nombre élevé de membres du groupe présents à Washington avec pour objectif de prendre d’assaut le pouvoir législatif américain. Il a dit avoir vu la foule se transformer sous ses yeux, de « manifestants à émeutiers, puis à insurrectionnistes ». « C’était l’aboutissement de mois d’efforts menés par le président Trump », a-t-il déclaré.

Sans surprise d’ailleurs, le populiste a réitéré son soutien aux émeutiers en clamant que « le 6 janvier n’était pas une simple manifestation ». L’attaque du Capitole reste pour lui « le plus grand mouvement de l’histoire de notre pays pour rendre l’Amérique encore plus grande », a-t-il écrit sur sa plateforme sociale Truth, tout en cherchant à miner la légitimité des élus siégeant à cette commission d’enquête.

Un exercice important

 

Pour le politicologue William Delehanty, professeur à la Missouri Southern State University, ces audiences demeurent un exercice important qui devrait dans les prochains jours attirer « l’attention du public sur les dangers et les menaces qui pèsent sur la démocratie, avec un accent particulier mis sur la transition pacifique du pouvoir », a-t-il indiqué en entrevue au Devoir. « Bien sûr, il faut s’y attendre, dans un pays profondément divisé, ces audiences risquent de ne pas atteindre le public dont elles ont besoin. »

Dans ce climat, les effets de la diffusion des travaux de cette commission restent toutefois incertains.

 

« Ce que le public américain pense des événements du 6 janvier 2021 suit en grande partie les lignes partisanes, explique le politicologue Steven Webster, spécialiste du comportement des électeurs à l’Indiana University. Les démocrates les voient comme un acte séditieux, une insurrection, alors que les républicains ne voient rien de plus qu’une forme de protestation légitime. Par conséquent, les démocrates et les républicains risquent d’évaluer le travail du comité de manière conforme à leur identité politique. »

Signe de rupture : le début de ces audiences publiques a été diffusé par l’ensemble des grands réseaux de télévision américains, à l’exception de la station la plus regardée au pays, Fox News, qui a décidé de faire l’impasse sur l’événement médiatico-politique. Le réseau ultraconservateur, qui a contribué par le passé à l’ascension du trumpisme, a préféré maintenir sa programmation habituelle, avec ses commentateurs incendiaires, dont Tucker Carlson, Sean Hannity et Laura Ingraham.

Dans la foulée de l’attaque, le trio a régulièrement tenté de minimiser la nature et l’impact de cette insurrection, réduite dans leurs mots à une simple « note de bas de page » dans le grand livre de l’histoire des États-Unis.

M. Carlson attire en moyenne trois millions de téléspectateurs lors de sa diatribe quotidienne à 20 h sur l’actualité du jour. Il a signé récemment un documentaire dans lequel la tentative de renversement des élections pour maintenir Donald Trump au pouvoir a été présentée comme un « coup monté » par les démocrates pour faire chuter le populiste.

Cette relecture de l’histoire tend d’ailleurs à porter ses fruits aux États-Unis, où désormais à peine 45 % des Américains tiennent le président Donald Trump pour responsable de cette insurrection, selon un sondage NBC publié la semaine dernière. En janvier 2021, soit au lendemain de l’attaque, 52 % estimaient que le populiste était le seul ou le principal responsable des émeutes.

« Le début de ces audiences publiques tout comme les preuves qui vont y être présentées convaincront-ils les Américains de rejeter les politiciens républicains, même à un moment où les démocrates sont aux prises avec des préoccupations économiques et sociales importantes aux États-Unis ? C’est là, à mon avis, la vraie question, résume en entrevue au Devoir Christopher Childers, directeur du Département d’histoire, de philosophie et des sciences sociales de la Pittsburg State University au Kansas. Et il va surtout être intéressant de voir comment les électeurs plus modérés vont regarder et interpréter ces audiences. »

Après une ouverture en grande pompe jeudi soir, les travaux publics de la Commission doivent se poursuivre lundi prochain à 10 h. Les élus devraient entre autres éclairer la manière dont Donald Trump a tenté de remplacer le ministre de la Justice du pays par un candidat fidèle à sa cause visant à faire annuler les résultats du vote présidentiel et la campagne de pression exercée sur le vice-président Mike Pence pour empêcher le Congrès de certifier ce vote, le 6 janvier 2021.

Même s’ils cherchent à minimiser la portée de l’attaque, les républicains sont régulièrement rattrapés par l’insurrection du Capitole. À preuve, dans les heures qui ont précédé le début des audiences, le FBI a arrêté un des cinq candidats républicains au poste de gouverneur du Michigan, Ryan Kelley, pour sa participation aux émeutes du 6 janvier. Il est dans la course aux primaires du parti, prévue le 2 août prochain, pour affronter lors des élections de mi-mandat en novembre la gouverneure démocrate Gretchen Whitmer, cible de prédilection de Donald Trump et de son entourage.

La participation de l’homme de 40 ans, un émule du populiste, à l’attaque du dôme de la démocratie américaine a été largement documentée par les enquêtes qui ont suivi la tentative de coup d’État. Il est accusé de conduite perturbatrice, d’atteinte à la propriété publique et d’entrée dans un espace restreint sans autorisation, selon la plainte pénale. Il doit comparaître dans les prochains jours devant un tribunal de Grand Rapids, selon Mara Schneider, porte-parole du corps policier fédéral.

Kelley fait partie des quelque 800 personnes qui font face à des accusations criminelles en lien avec les émeutes. À ce jour, plus de 300 personnes ont plaidé coupable, en grande partie à des délits passibles de plus d’un an de prison. Outre l’emprisonnement, des sentences allant de l’assignation à résidence à la probation ont également été prononcées contre plusieurs de ces émeutiers.

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