L’influence de Trump se heurte à un mur en Géorgie

Brian Kemp a écrasé son opposant, l’ex-sénateur David Perdue, adoubé par M. Trump, en récoltant plus des trois quarts des votes exprimés.
Photo: Joe Raedle Getty Images via Agence France-Presse Brian Kemp a écrasé son opposant, l’ex-sénateur David Perdue, adoubé par M. Trump, en récoltant plus des trois quarts des votes exprimés.

Coup dur pour l’ex-président américain Donald Trump, qui a encaissé mardi soir deux importantes défaites lors des primaires du Parti républicain dans l’État de la Géorgie.

L’actuel gouverneur, Brian Kemp, attaqué sans relâche depuis 2020 pour ne pas avoir adhéré à la théorie complotiste du vol des élections promue par le milliardaire déchu, a écrasé son opposant, l’ex-sénateur David Perdue, adoubé par M. Trump, en récoltant plus des trois quarts des votes exprimés.

La campagne du poulain de Donald Trump a été caractérisée par la répétition obsessionnelle du mensonge voulant que le scrutin présidentiel de 2020 ait accordé la victoire à Joe Biden en raison d’une fraude électorale qui n’a jamais été démontrée.

Le secrétaire d’État de la Géorgie, le républicain Brad Raffensperger, a également infligé une sévère claque à l’ex-occupant de la Maison-Blanche en confirmant sa candidature en vue des prochaines élections de mi-mandat. Il a récolté plus de 50 % du vote face à son opposant, le représentant Jody Hice, soutenu avec passion par Donald Trump pour faire tomber une figure forte de l’opposition à sa théorie de fraude électorale.

On s’en souvient : Brad Raffensperger a résisté aux pressions de l’ex-président qui, dans la foulée de sa défaite de 2020, a cherché auprès de cet élu une manière d’infirmer le résultat du vote, et ce, pour reprendre illégalement la Géorgie, tombée par une mince majorité de 0,23 % dans les mains du démocrate Joe Biden.

Lors d’un appel téléphonique effectué en janvier 2021, quatre jours avant l’attaque du Capitole, l’ex-vedette de la téléréalité a demandé au secrétaire d’État de « trouver » 11 780 votes en sa faveur, ce que l’homme a refusé de faire, s’attirant les foudres du populiste. Le coup de fil enregistré par Raffensperger a été révélé par le Washington Post et mentionné lors de la seconde procédure en destitution lancée contre l’ex-président, après l’attaque du siège du pouvoir législatif américain par ses partisans, le 6 janvier 2021.

Appel à la prudence

L’entreprise de Donald Trump, qui vise à éradiquer du paysage électoral ses opposants au sein même du Parti républicain, est un échec total en Géorgie. Le procureur général de l’État, Chris Carr, troisième bête noire du populiste dans cet État du sud, a remporté les primaires face au candidat John Gordon, qui, lui aussi, a fait campagne en promouvant la thèse fallacieuse de la fraude électorale massive avancée par l’ex-président.

Mardi soir, sur Twitter, le républicain Chris Christie, ex-gouverneur du New Jersey et ex-conseiller de Trump, a salué la victoire de Brian Kemp, et surtout le geste posé par les électeurs de la Géorgie qui, selon lui, ont résisté au festival de la « vengeance » lancé par Donald Trump à l’échelle du pays.

« Les victoires de Kemp et de Raffensperger tendent à montrer que le rôle de Trump en tant que faiseur de rois n’est pas illimité à l’échelle du pays, résume en entrevue le politicologue Simon Gilhooley, professeur au Card College dans l’État de New York. Mais il faut rester prudent. Si son soutien à un candidat n’a pas été suffisant ici dans le choix du vainqueur, son influence ne se dissipe pas pour autant, et prêter serment d’allégeance à l’ex-président peut encore être électoralement payant. »

La représentante de la Géorgie Marjorie Taylor Greene, porte-voix du populiste mais aussi figure américaine des mouvements complotistes, en a fait la démonstration mardi soir en évitant la défaite, devant plusieurs candidats moins radicaux qui espéraient l’empêcher de se représenter en novembre prochain.

« Le soutien de Trump fonctionne beaucoup mieux sur les candidats qui sont moins connus, ce qui n’était pas le cas ici, analyse pour sa part Scott H. Ainsworth, directeur du Département de science politique à l’Université de Géorgie, joint par Le Devoir à Athens, dans cet État du sud. Mais dans l’ensemble, les votes de mardi indiquent que l’effet des élections de 2020 est en train de s’estomper auprès de l’électorat, même si cela semble se faire plus lentement chez les partisans de Donald Trump. »

Duel de premier plan

 

À la lumière des résultats de mardi soir, le gouverneur Brian Kemp se prépare désormais à croiser le fer avec la démocrate Stacy Abrams en novembre prochain, et ce, lors d’un match revanche, après leur premier face-à-face en 2018.

« Même au milieu d’une primaire difficile, les conservateurs de notre État n’ont pas écouté le bruit », a déclaré le gouverneur de l’État lors de son discours de la victoire adressé à la foule du College Football Hall of Fame d’Atlanta. « Mais je veux être parfaitement clair avec vous tous ici ce soir : notre bataille est loin d’être terminée. Ce soir, la lutte pour l’âme de notre État commence, pour nous assurer que Stacey Abrams ne devienne pas notre gouverneure ou la prochaine présidente. »

Lors de sa défaite en 2018, la démocrate avait accusé son opposant d’avoir adopté un ensemble de lois visant à limiter l’accès aux urnes à la population afro-américaine de la Géorgie. Elle est devenue par la suite une fervente militante pour un accès égalitaire au vote et une opposante farouche aux mesures discriminatoires adoptées par les républicains. Le redécoupage des cartes électorales pour diluer le vote démocrate dans plusieurs comtés et la suppression des électeurs inscrits sur les listes électorales en font partie.

Dans l’ensemble, les votes de mardi indiquent que l’effet des élections de 2020 est en train de s’estomper auprès de l’électorat

 

Les campagnes de Mme Abrams ont permis de mobiliser davantage le vote afro-américain lors de la présidentielle de 2020. Une tendance dont elle pourrait bénéficier en novembre prochain.

« Il est encore trop tôt pour prédire l’issue du scrutin, dit Simon Gilhooley, mais les sondages révèlent un nombre élevé d’indécis qui pourrait faire pencher la balance en faveur de Stacey Abrams. »

Fief républicain, la Géorgie est devenue un État où la lutte s’est resserrée en raison de son évolution démographique. « Les élections de mi-mandat vont être difficiles pour les deux partis », poursuit le politicologue, et les regards vont certainement être tournés vers cet État clé en novembre prochain.

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