La Maison-Blanche est de nouveau dans l'eau chaude - Des courriels du FBI font état de tortures à Guantanamo

Un policier militaire escortait un prisonnier, en janvier 2002, jusqu’à sa cellule au camp X-Ray sur la base navale de Guantanamo.
Photo: Agence Reuters Un policier militaire escortait un prisonnier, en janvier 2002, jusqu’à sa cellule au camp X-Ray sur la base navale de Guantanamo.

L'Union américaine des libertés civiles (ACLU) a divulgué lundi des courriels du FBI révélant que des enquêteurs du Pentagone s'étaient fait passer pour des agents du FBI à la prison de Guantanamo afin de ne pas être tenus responsables d'actes de torture à l'encontre d'un détenu. Les courriels décrivent certaines pratiques en cours à Guantanamo.

Réagissant à ces nouvelles révélations, la Maison-Blanche a affirmé hier attendre une enquête sur les tortures de prisonniers en Irak et à Guantanamo, après que des notes du FBI eurent révélé que des détenus étaient maltraités. «S'il y a des actes de torture, nous attendons une enquête complète, nous voulons connaître les responsables et que des mesures soient prises pour que cela n'arrive plus», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche Scott McClellan.

Daté du 22 mai 2004, plusieurs jours après les révélations sur le scandale des sévices subis à la prison irakienne d'Abou Ghraïb, le courriel envoyé à divers responsables du FBI évoque pas moins de neuf fois un «ordre exécutif» récemment signé par George W. Bush, et qui autorise «certaines techniques d'interrogation». La missive électronique provient d'un «commandant [du FBI] sur place à Bagdad» et entre dans le détail, assurant par exemple que le président américain a permis les «privations de sommeil, l'utilisation de chiens militaires, le recours à des positions dites "de stress", l'utilisation de cagoules (sur la tête des prisonniers)». Et l'agent d'assurer que personne dans son unité n'est jamais allé «au-delà» de ces techniques...

Responsabilité politique

Une nouvelle fois hier, l'administration Bush s'est retrouvée devant une série d'accusations quant aux sévices employés par ses soldats en Irak, mais aussi sur la base militaire de Guantanamo Bay, à Cuba. Plusieurs courriels, obtenus lundi par l'Union américaine des libertés civiles (ACLU) dans le cadre de la loi sur la liberté de l'information, ont ainsi reposé le problème de la responsabilité de la hiérarchie politique et militaire dans la connaissance et l'application des tortures, lesquelles se seraient poursuivies après les informations sur Abou Ghraïb et les promesses de George W. Bush de punir les «coupables». «Ces documents montrent que les abus commis par les soldats envers certains prisonniers résultent de politiques adoptées au plus haut niveau du gouvernement», a assuré Jameel Jaffer, l'avocat de l'ACLU travaillant sur le dossier.

Dans une réaction immédiate, la Maison-Blanche a nié lundi soir que George W. Bush ait autorisé les tortures. «Cet agent s'est tout simplement trompé», a assuré Scott McClellan, le porte-parole de la Maison-Blanche, «ce qu'il écrit est faux. Il n'existe pas d'ordre exécutif concernant les techniques d'interrogation. Tout cela est du domaine du département de la Défense.»

Des abus

Mais les correspondances électroniques divulguées par l'ACLU posent de nombreuses questions. Une note «urgente», datée du 25 juin 2004, qui a été envoyée directement au directeur du FBI, évoque notamment «les abus physiques sévères subis par des prisonniers civils en Irak». Le courriel évoque des «étranglements, passages à tabac et l'utilisation de cigarettes allumées placées dans les oreilles des détenus». À Guantanamo, dans un autre courrier électronique, un agent décrit des prisonniers maintenus pendant plus de 24 heures en position foetale, contraints d'uriner et de déféquer sur eux-mêmes, sans eau ni nourriture.

De surcroît, plusieurs courriels des responsables du FBI se plaignent d'une tactique employée par les représentants du département de la Défense. À de nombreuses reprises, ceux-ci se seraient fait passer pour des agents du bureau fédéral lors d'interrogatoires musclés. Un message remarque notamment que «ce subterfuge n'a produit aucun résultat», mais surtout qu'il a été approuvé par le secrétaire adjoint à la Défense et bras droit de Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz.

Placé sur la défensive, à l'instar de la Maison-Blanche, le Pentagone a démenti hier que Wolfowitz «ait approuvé quoi que ce soit». Le département de la Défense a néanmoins été contraint d'annoncer l'ouverture d'une enquête pour déterminer si oui ou non certains de ses fonctionnaires ont «emprunté» l'identité d'agents du FBI en Irak ou à Guantanamo.

Alors que l'Amérique s'apprête à superviser des élections agitées en Irak et qu'elle est confrontée presque tous les jours à de nouvelles attaques, ces révélations portent en tout cas un coup sévère à l'administration. Elles viennent réalimenter la polémique sur le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, que plusieurs républicains ont mis en cause récemment pour sa mauvaise gestion irakienne.

«C'est un coup dur pour Bush et pour Rumsfeld, commente Marion Just, professeur de science politique à Wellesley College. Si le scandale des tortures remonte jusqu'à ce dernier, il aura du mal à conserver son poste.» Hier, dans un sondage CNN et USA-Today, 52 % des personnes interrogées se sont prononcées en faveur de la démission de Rumsfeld. Cinquante et un pour cent des Américains disent aussi désormais «désapprouver» la décision prise par leur président de mener la guerre en Irak.