Après l’avortement, la contraception

Une femme tenait une pancarte sur laquelle est écrit «Que le gouvernement sorte de nos culottes» durant le «Rallye du Texas pour le droit à l’avortement» à Houston, le 7 mai dernier.
Photo: Mark Felix Agence France-Presse Une femme tenait une pancarte sur laquelle est écrit «Que le gouvernement sorte de nos culottes» durant le «Rallye du Texas pour le droit à l’avortement» à Houston, le 7 mai dernier.

Le revers de Roe v. Wade pourrait avoir des conséquences sur l’ensemble des droits reproductifs aux États-Unis : des élus républicains veulent criminaliser certaines méthodes de contraception, comme la pilule du lendemain, tandis que d’autres souhaitent que la Cour suprême abolisse aussi le droit à la contraception.

Dans le petit État de l’Idaho, la loi visant à interdire l’avortement est prête depuis 2020. Si elle est adoptée, tout avortement sera prohibé (sauf en cas d’inceste, de viol ou de danger pour la vie de la mère), et les médecins le pratiquant seront passibles de deux à cinq ans de prison. Ici, comme dans de nombreux États conservateurs, les législateurs ont en main une « loi-gâchette », prête à être mise en place dans les 30 jours suivant une annulation de Roe v. Wade.

L’ébauche d’une décision en ce sens de la Cour suprême américaine divulguée la semaine dernière par le média Politico n’a pas manqué d’enthousiasmer certains politiciens locaux. Vendredi dernier, sur les ondes de la télévision publique de l’Idaho, un élu de la Chambre des représentants de l’État, Brent Crane, a déclaré qu’il « jetterait un œil à des législations » pour restreindre l’accès aux méthodes de contraception d’urgence.

Cette prise de position fait écho à celle de plusieurs élus républicains, qui souhaitent élargir la définition d’un avortement. Selon ces puristes, qui estiment que la vie humaine commence dès la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde, prendre la pilule du lendemain serait une forme d’avortement.

« La définition de l’avortement ayant toujours été contestée, le fait de le bannir peut donc affecter les autres droits reproductifs », explique au Devoir Mary Ziegler, professeure de droit à l’Université d’État de Floride. L’autrice de nombreux livres sur l’histoire de l’avortement aux États-Unis note d’ailleurs que « plusieurs États qui veulent interdire l’avortement ne sont pas particulièrement clairs à propos de ce qu’ils veulent interdire ».

Ce qui fait donc craindre à certains groupes progressistes de voir également banni le stérilet, qui peut servir de méthode de contraception d’urgence en certaines circonstances. L’élu Brent Crane, d’abord indécis sur le sujet, a par contre finalement indiqué à un média local, l’Idaho Statesman, que « ces choses [les stérilets] devraient rester accessibles ».

Et après la fin de Roe v. Wade ?

 

Un vent plus large souffle toutefois dans le camp républicain : plusieurs élus souhaitent qu’un autre jugement historique sur les droits reproductifs, Griswold v. Connecticut, soit annulé par la Cour suprême américaine.

Datant de 1965, cet arrêt stipule que l’utilisation de méthodes de contraception par les couples mariés relève de l’intimité conjugale et ne peut donc être interdite. Une autre décision rendue en 1972 a ensuite étendu ce droit aux personnes non mariées.

La sénatrice du Tennessee Marsha Blackburn a cependant qualifié Griswold de jugement « constitutionnellement malsain » en mars dernier. Le candidat au poste de sénateur en Arizona Blake Masters a pour sa part déclaré qu’il ne voterait qu’en faveur de juges fédéraux qui « comprennent que Roe v. Wade et Griswold v. Connecticut […] ont été décidés de manière erronée et qu’il n’existe pas de droit constitutionnel à l’avortement ».

Plusieurs États qui veulent interdire l’avortement ne sont pas particulièrement clairs à propos de ce qu’ils veulent interdire

 

« Ces deux jugements sont fondés sur l’idée qu’il y a un droit à l’intimité et que ce droit s’applique à certaines décisions clés de la vie de quelqu’un », note la professeure Ziegler. « Si Roe est annulé, Griswold pourrait être à risque. »

La fin de Roe v. Wade pourrait aussi aboutir à une interdiction nationale de l’avortement aux États-Unis. Questionné la semaine dernière sur le sujet, le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a déclaré qu’elle devenait « possible » en cas d’annulation du jugement de 1973.

Selon Mary Ziegler, une telle interdiction pourrait être mise en place de deux manières. « Cela pourrait d’abord arriver si des [militants] antiavortement vont devant la Cour suprême pour la convaincre que l’avortement est anticonstitutionnel », note-t-elle. Ou par un raz-de-marée républicain aux élections de 2024, ce qui permettrait au parti de prendre le contrôle de tous les leviers du pouvoir aux États-Unis. « Il faudrait un président républicain pour qu’une interdiction nationale de l’avortement soit adoptée », conclut-elle.



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