L’emprise de Trump sur les républicains demeure forte

Le candidat républicain au Sénat J. D. Vance, soutenu par Trump, a remporté la primaire en Ohio, mardi.
Photo: Aaron Doster Associated Press Le candidat républicain au Sénat J. D. Vance, soutenu par Trump, a remporté la primaire en Ohio, mardi.

Le premier test des urnes était attendu. Et il a été réussi pour l’ex-président américain Donald Trump dans l’Ohio, avec la victoire, mardi soir, lors des primaires du Parti républicain, de son « poulain », le romancier et conservateur J. D. Vance.

Ce résultat, encore improbable il y a trois semaines pour ce candidat girouette passé de critique acerbe du populiste en 2016 à porte-voix de ses théories farfelues et de ses discours clivants en 2022, vient confirmer l’emprise que semble conserver le politicien sur son parti — sans pour autant donner le ton des autres primaires à venir dans les prochains mois ailleurs au pays.

L’Ohio est, en effet, un État fortement ancré dans le « trumpisme », le leader autocrate ayant remporté ce coin de pays avec une avance de 8 points sur Joe Biden lors de la présidentielle de 2020, qui a pourtant consacré la victoire du démocrate à l’échelle du pays.

« L’influence de Donald Trump sur le Parti républicain continue d’être forte, et la victoire de Vance n’en est que la dernière preuve », a commenté mercredi le stratège républicain Mark Weaver, joint par Le Devoir en Ohio. « Les personnes qui détestent le plus Donald Trump sont les partisans démocrates. Les républicains aiment M. Trump et, grâce à lui, le parti va remporter une victoire historique au Congrès lors des élections de mi-mandat cet automne. »

Choisi par les électeurs républicains de l’Ohio et adoubé le 15 avril par Donald Trump alors qu’il traînait dans les sondages, J. D. Vance se prépare donc à affronter le député démocrate Tim Ryan dans la course pour décrocher le siège de sénateur de l’État. Le poste était occupé par le républicain modéré Rob Portman, qui ne se représente pas. Une victoire de Vance en novembre viendrait mettre encore davantage le Sénat américain, la chambre haute du pouvoir législatif américain, au diapason de l’idéologie portée par le populiste.

J. D. Vance, auteur du roman populaire Hillbilly Elegy, une réflexion sur la crise du rêve américain vue par les yeux de la classe moyenne rurale de l’Ohio, a déjoué l’ascension vers les urnes de l’ancien trésorier de l’État Josh Mandel, de l’homme d’affaires Mike Gibbons et de l’ex-présidente du Parti républicain en Ohio Jane Timken, qui ont tous recherché l’appui du maître des horloges de Mar-a-Lago.

Le sénateur régional Matt Dolan, seul candidat dans la course à avoir pris ses distances de Donald Trump, est arrivé à la troisième place, 9 points derrière Vance, avec 23 % des suffrages, contre 32 % pour le choix de l’ex-président.

De critique à adepte de Trump

Après avoir qualifié Donald Trump « d’idiot » en 2016 et mis en garde le pays face à la montée de l’ex-vedette de la téléréalité, capable selon lui de devenir le « Hitler de l’Amérique », J. D. Vance est devenu un fervent défenseur du populiste, reprenant dans sa campagne électorale les mensonges de l’ex-président sur la fraude électorale et sa diabolisation de l’immigration.

Un changement de cap qualifié « d’opportuniste » par le chroniqueur politique du Cincinnati Enquirer, Jason Williams, il y a quelques jours.

Vance a également remis en question l’engagement militaire des États-Unis à l’étranger, même pour soutenir l’Ukraine face à l’agression russe en cours.

Toutefois, pour le politicologue Justin Buchler, professeur à l’Université Case Western Reserve, en Ohio, « Donald Trump n’a aucun mérite pour la victoire » de ce candidat, dont la montée dans les sondages s’est amorcée dans les jours qui ont précédé l’adoubement par le populiste, fait-il remarquer.

La victoire de J. D. Vance, qui a divisé les républicains de l’Ohio durant la campagne, n’est pas forcément vue d’un bon œil par l’establishment du parti, rappelle le site Axios, citant d’ailleurs une source sénatoriale républicaine. Selon elle, « de tous les candidats au Sénat de l’Ohio, Vance [est celui qui a] causé les plus gros maux de tête [au parti] », même si beaucoup dans la formation politique croyaient encore en décembre dernier qu’il « ne gagnerait pas ».

La vieille garde républicaine « considère en privé Vance avec le même dégoût que pour Donald Trump », peut-on lire.

Dans la foulée de la victoire de J. D. Vance, son opposant démocrate Tim Ryan lui a envoyé une première salve en soulignant dans une publicité les incohérences du personnage qui se porte à la défense des plus démunis de l’Ohio après avoir gagné des « millions et investi dans des compagnies qui ont profité de la mondialisation et du libre marché », qu’il dénonce aujourd’hui.

À double tranchant

 

« Les candidats qui agissent de manière incendiaire peuvent effectivement aider le parti adverse à collecter des fonds, de manière mesurable, et s’exposent à des suffrages inférieurs aux candidats plus modérés », dit en entrevue M. Buchler. En 2013, il a d’ailleurs signé une étude sur le phénomène. C’est une crainte qui semble se répandre au sein du Parti républicain, où certains  envisagent déjà des défaites de candidats « exotiques » sur des terrains électoraux pourtant acquis aux conservateurs, rapportait mercredi Sarah Longwell, directrice du Republican Accountability Project, dans les pages du New York Times.

L’adhésion aux thèses complotistes portées par Donald Trump n’a d’ailleurs pas été bénéfique pour tous les candidats de la primaire républicaine en Ohio. Mardi soir, le secrétaire d’État républicain de l’Ohio, Frank LaRose, a facilement survécu face à John Adams, qui s’est présenté en niant la victoire électorale de Joe Biden et en décrédibilisant le système électoral américain ; il l’a battu avec une avance de 30 points.

Le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine, a également repoussé ses opposants populistes qui tentaient de le déloger en attaquant les mesures restrictives prises par l’État pour faire face à la pandémie.

Les porteurs de drapeau des mouvements dits « pour la liberté » ont également fait piètre figure dans l’Indiana, où des primaires républicaines se sont également jouées mardi soir. Les titulaires de postes dans la course pour leur réélection ont, dans la grande majorité, remporté leur primaire face à des candidats galvanisés par ces revendications aiguisées par la désinformation, la radicalisation par les réseaux sociaux et la fatigue pandémique ou issus de celles-ci.

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