Des camionneurs américains anti-mesures sanitaires font route vers Washington

Quelque 200 véhicules, ainsi que des manifestants, se sont rassemblés sur le stationnement d’un stade à Adelanto, petite ville de Californie du sud d’où le convoi vers Washington doit partir.
Patrick T. Fallon Agence France-Presse Quelque 200 véhicules, ainsi que des manifestants, se sont rassemblés sur le stationnement d’un stade à Adelanto, petite ville de Californie du sud d’où le convoi vers Washington doit partir.

Des dizaines de routiers et d’autres manifestants opposés aux mesures sanitaires mises en œuvre contre la COVID-19 ont formé mercredi dans le sud de la Californie un « convoi » qui doit traverser les États-Unis pour aller protester à Washington, à 4200 km de là.

Émules des manifestants canadiens qui, après une caravane similaire, ont bloqué Ottawa pendant plus de trois semaines, les organisateurs de ce « convoi du peuple » ont prévu d’arriver à la périphérie de la capitale américaine le 5 mars pour une démonstration de force.

Les participants au convoi, qui a quitté à la mi-journée la petite ville d’Adelanto, en Californie du sud, sont soutenus par de nombreuses organisations conservatrices antivaccins et antimasques.

« Il est temps de rouvrir le pays », proclament-ils sur leur site Internet, où le montant des donations reçues atteignait mercredi plus de 460 000 dollars selon eux.

Un mot d’ordre : liberté

Leur manifeste réclame en outre « le rétablissement de la Constitution », qu’ils estiment bafouée par les mesures sanitaires.

Ce mot d’ordre avait attiré quelque 200 personnes sur le stationnement du stade d’Adelanto, pour la plupart avec la panoplie habituelle des militants ultraconservateurs : pick-up, drapeaux américains et bannières proclamant « liberté ».

Shane Class, 48 ans, partisan invétéré de l’ex-président Donald Trump, a déjà parcouru 1300 km pour venir avec son épouse depuis l’Idaho (nord-ouest) et compte rouler jusqu’à la capitale pour manifester « pacifiquement ».

Arborant fièrement une casquette à l’effigie de Donald Trump, il déclare que « nous sommes tous là pour une raison différente, mais ça revient à la même chose : la liberté ».

Bryan Brase, l’un des camionneurs placés en tête du convoi, exige « un retour à la normale ». « Nous contestons les mesures d’urgence qui ont été mises en œuvre et nous voulons la fin de tous les décrets sur le port du masque et la vaccination [obligatoire] pour les employés fédéraux et les soignants », dit-il.

Les vaccins contre la COVID-19 et le port du masque sont devenus une ligne de fracture au sein de la société américaine et leur refus, un marqueur d’appartenance politique.

Plusieurs gouverneurs républicains ont ainsi invoqué la protection des libertés individuelles pour instaurer des interdictions d’obligations de port du masque dans leur État.

Gardes nationaux

 

Avant le départ du convoi, Paul Alexander, qui fut conseiller au département américain de la Santé sous la présidence Trump, a pris la parole pour assurer que « les vaccins ont échoué », même si la communauté scientifique garantit qu’ils sont sûrs, efficaces et constituent la meilleure protection contre les formes graves de la maladie.

Sous les acclamations, le Dr Alexander a ensuite exhorté les manifestants à s’abstenir de se faire vacciner contre la COVID-19, maladie qui a tué plus de 940 000 Américains depuis le début de la crise sanitaire.

Le « convoi » a beau se proclamer apolitique, de nombreux slogans remettaient également en cause la validité de l’élection du président démocrate Joe Biden, épousant la thèse des fraudes électorales qu’orchestre, sans aucune preuve à l’appui, l’ex-président Donald Trump.

Après ce rassemblement, une trentaine de poids lourds escortés par d’autres véhicules ont fait vrombir leur moteur et ont pris la route en direction de l’Arizona, première étape du convoi.

Les organisateurs affirment vouloir respecter les consignes des forces de l’ordre tout au long de leur parcours qui n’entrera pas « dans Washington », cœur des institutions américaines, mais restera aux abords.

Cela n’a pas empêché les autorités de mettre en œuvre des mesures pour augmenter la sécurité dans la capitale, avec encore en mémoire les événements du 6 janvier 2021. Chauffés à blanc par un discours de Donald Trump, des centaines de ses partisans avaient fait irruption dans le Capitole pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden.

Le département de la Défense a autorisé le déploiement de 700 gardes nationaux, non armés, pour aider les forces de l’ordre locales jusqu’au 7 mars. Ces militaires n’auront pas le pouvoir de procéder à des arrestations, mais pourront signaler tous les fauteurs de troubles aux policiers, précise le Pentagone.

Des poids lourds, chasse-neige ou bennes à ordures étaient déjà déployés mercredi dans certaines rues de la capitale pour barrer l’accès à des sites sensibles, alors que plusieurs autres « convois » de manifestants sont annoncés autour de Washington dans les prochains jours.

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