À New York, le maire Eric Adams dépose un plan contre la violence

Une attaque par arme à feu a coûté la vie à deux policiers le 21 janvier dernier. Le maire de New York, Eric Adams, a prononcé un éloge funèbre lors des funérailles de l'un deux, Jason Rivera, le 28 janvier à la cathédrale Saint-Patrick de New York.
Photo: Mary Altaffer / POOL / Agence France-Presse Une attaque par arme à feu a coûté la vie à deux policiers le 21 janvier dernier. Le maire de New York, Eric Adams, a prononcé un éloge funèbre lors des funérailles de l'un deux, Jason Rivera, le 28 janvier à la cathédrale Saint-Patrick de New York.

L’émotion provoquée par la mort de deux policiers, tués par arme à feu à New York, met le nouveau maire de la ville, Eric Adams, en première ligne et lui permet pour l’instant d’engranger des appuis sur sa ligne ferme pour contrer la criminalité.

Témoin de ce soutien, l’ancien policier, devenu le deuxième maire noir de la mégapole, accueille jeudi le président des États-Unis, Joe Biden, pour discuter de la lutte contre la prolifération des armes à feu, qu’il a érigée en priorité au soir de l’attaque perpétrée à Harlem le 21 janvier.

Les deux agents, Jason Rivera, 22 ans, et Wilbert Mora, 27 ans, ont été tués par balle dans un appartement où ils intervenaient à la suite de l’appel d’une mère aux prises avec un fils violent. Un drame qui s’ajoute à la mort une semaine plus tôt d’une Américano-Asiatique de 40 ans, poussée sur les rails du métro à Times Square par un sans-abri atteint de troubles psychiatriques, et à celle d’une Portoricaine de 19 ans, tuée lors d’un braquage dans le Burger King où elle travaillait, toujours à Harlem.

Au pas de charge, Eric Adams a annoncé un plan d’action, avant les funérailles des deux agents le vendredi et mardi dernier, qui ont vu des milliers de policiers défiler en uniforme au centre de Manhattan.

Patrouilles en civil

 

Au menu, le retour de patrouilles des forces de l’ordre en civil, des « unités de sécurité des quartiers ». Le maire a promis qu’elles seraient différentes de celles redoutées pendant des années par les jeunes Noirs et Hispaniques pour leurs fouilles controversées, sous les mandats du démocrate Michael Bloomberg (2002-2013). Elles avaient été supprimées en 2020 après la mort de l’Afro-Américain George Floyd, tué par un policier à Minneapolis.

Eric Adams a aussi proposé de donner aux juges plus de latitude pour placer un suspect en détention provisoire et d’abaisser l’âge de responsabilité pénale à 16 ou 17 ans, plutôt que 18, pour port d’arme, des mesures qui devront d’être votées à l’échelle de l’État de New York.

Le plan a été salué par le principal syndicat de policiers de la ville (PBA), qui haïssait l’ancien maire Bill de Blasio (2014-2021), jugé trop laxiste, ainsi que par une coalition de plus de 200 patrons d’entreprise et dirigeants municipaux — comme les p.-d.g. de JP Morgan ou de Pfizer —, pour qui « la criminalité et la qualité de vie ont empiré » dans la mégapole de près de neuf millions d’habitants « durant la pandémie ».

Mais les mesures de durcissement sur la détention provisoire ou l’inculpation des jeunes, « séduisantes politiquement dans l’immédiat », sont « peu susceptibles d’améliorer la sécurité publique », juge Jeffrey Butts, professeur au John Jay College of Criminal Justice de l’Université de New York. « Le maire reconnaît lui-même la nécessité d’avoir une approche diversifiée : dissuasion, application de la loi, mais aussi prévention », souligne-t-il à l’AFP.

Soutien de l’État

La mort des deux policiers est intervenue sur fond de dissensions entre une ligne ferme, incarnée par Eric Adams, et une ligne plus axée sur la prévention, incarnée par le nouveau procureur de Manhattan, Alvin Bragg.

 

« Pour l’instant, c’est [Eric] Adams qui prend le dessus, en raison de ces meurtres et de l’augmentation du taux d’homicides, même s’il reste faible en comparaison historique », relève auprès de l’AFP Robert Shapiro, professeur de science politique à l’Université Columbia.

À New York, la criminalité a augmenté depuis le début de la pandémie (488 meurtres en 2021, contre 319 en 2019), mais le nombre de meurtres reste 75 % plus bas qu’il y a 28 ans, selon les chiffres du service de police municipal.

Eric Adams avait été élu à la primaire démocrate de 2021 en ciblant davantage la sécurité que ses concurrents et en s’opposant à toute idée de baisser les budgets de la police. Une position plus en phase avec la société, selon Saladin Ambar, professeur de science politique à l’Université Rutgers, au New Jersey. Selon lui, Eric Adams cherche la bonne voie pour satisfaire « un besoin réel de sécurité, venu souvent de la communauté noire, davantage victime des armes à feu et des crimes violents, tout en reconnaissant qu’une réforme de la police, plutôt que son démantèlement, est plus susceptible d’obtenir un succès politique ».

Mais le maire, qui aura besoin de résultats, reconnaît lui-même que la Ville ne peut agir seule contre la prolifération des armes à feu et qu’elle aura besoin du soutien de l’État fédéral. « Il n’y a pas de fabricant d’armes à New York », répète-t-il depuis qu’il a pris ses fonctions, le 1er janvier.

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