Une première année de présidence difficile pour Joe Biden

L’an 1 du président Joe Biden a été marqué par la rupture avec le populisme de son prédécesseur, mais aussi par l’adoption de projets de loi ambitieux pour rebâtir les infrastructures physiques et sociales du pays, dont la portée a été éclipsée par la crise sanitaire, les effets de l’inflation sur le budget des ménages et un climat politique polarisé.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse L’an 1 du président Joe Biden a été marqué par la rupture avec le populisme de son prédécesseur, mais aussi par l’adoption de projets de loi ambitieux pour rebâtir les infrastructures physiques et sociales du pays, dont la portée a été éclipsée par la crise sanitaire, les effets de l’inflation sur le budget des ménages et un climat politique polarisé.

La route du changement aura été cahoteuse pour le président américain, Joe Biden, qui célèbre ce jeudi le premier anniversaire de son entrée officielle à la Maison-Blanche.

Une année marquée par la rupture avec le populisme de son prédécesseur, mais également par l’adoption de projets de loi ambitieux pour rebâtir les infrastructures physiques et sociales du pays, projets dont la portée a été toutefois éclipsée par la persistance d’une crise sanitaire, par les effets de l’inflation sur le budget des ménages et par un climat politique dont la polarisation s’est accentuée depuis son arrivée à Washington.

Le démocrate avait promis de « guérir et restaurer l’âme des États-Unis ». Après un an, il entre surtout dans la catégorie des présidents ayant un taux d’approbation moyen le plus bas au terme d’une première année de mandat, à 48 %. Juste devant Donald Trump et ses 38 %. Et les menaces sur la suite de sa présidence restent encore nombreuses…

Le terrorisme intérieur

La semaine dernière, le département américain de la Justice a annoncé la création d’une unité spéciale consacrée au terrorisme intérieur. Le besoin se fait urgent, alors que le nombre d’enquêtes du FBI sur ces menaces a plus que doublé depuis mars 2020, a indiqué un haut gradé du ministère chargé de la sécurité nationale, Matthew Olsen, devant les élus du Congrès.

« Une menace croissante vient de personnes animées par la haine raciale, mais également de celles souscrivant à des idéologies extrémistes antigouvernementales et anti-autorités », a-t-il résumé. Des mouvements d’opposition toujours soutenus et alimentés, d’ailleurs, par l’ex-président américain, dont l’influence au sein du parti républicain et des élus de la Chambre est encore très forte.

Les occlusions législatives

« La montée des attitudes antidémocratiques de la droite américaine représente une menace existentielle pour tout le monde, y compris pour Joe Biden, analyse Elliott Fullmer, professeur de science politique au Randolph-Macon College, joint en Virginie. Le problème, c’est que parallèlement, le président perd beaucoup de soutien, et plus précisément d’enthousiasme, auprès des jeunes électeurs », ce qui, à l’approche des élections de mi-mandat en novembre, pourrait selon lui accentuer le recul des démocrates, si ce recul devait se produire. Dénigré par les républicains en campagne pour sa longévité au sein de l’appareil politique et législatif de Washington, Joe Biden a tenté de renverser les critiques en se présentant plutôt comme le candidat de l’expérience et de la compétence capable de naviguer dans les courants contradictoires du Congrès américain.

Un an plus tard, il a en partie tenu ses promesses, en arrivant à faire passer deux plans budgétaires massifs dès les premiers mois de sa présidence, pour relancer l’économie américaine affectée par la pandémie et pour rebâtir les infrastructures du pays.

Non sans avoir eu à composer avec une opposition venant aussi de son propre camp.

La montée des attitudes antidémocratiques de la droite américaine représente une menace existentielle pour tout le monde, y compris pour Joe Biden

 

« Joe Biden n’a littéralement pas de marge de manœuvre avec un Sénat divisé à 50 contre 50 entre le parti démocrate et le parti républicain, résume le politicologue Frank Baumgartner, professeur à la University of North Carolina. Il est donc devenu l’otage des membres les plus conservateurs de son propre parti », qui ne se privent pas pour profiter de cette fragile mathématique.

Or, en jouant l’obstruction, comme ils viennent de le faire encore en s’opposant à l’adoption d’une loi fédérale visant à protéger l’exercice de la démocratie, les sénateurs Joe Manchin, de la Virginie-Occidentale, et Kyrsten Sinema, de l’Arizona, portent également atteinte à l’image du président.

« Joe Biden s’était présenté comme celui capable de faire avancer les choses au Congrès, dit Elliott Fullmer. Or, ces blocages, sur des projets de loi nécessaires, ne génèrent que peu de sympathie en plus de lui faire perdre des soutiens à gauche. Les républicains ne contrôlent pas le Congrès, et dans les circonstances, les progressistes exigent des résultats. »

La perspective d’un réel vol d’élections

Samedi dernier, à Florence, en Arizona, le républicain Donald Trump a relancé sa machine à réalité alternative, devant des partisans galvanisés, en appelant une énième fois à la « décertification » du vote qui a fait passer l’État dans le camp démocrate il y a 14 mois.

En réitérant ses accusations non fondées de fraude électorale, démenties par plusieurs recomptages du vote, y compris un recomptage conduit en grande pompe par son propre camp, l’ex-président déchu confirme ainsi l’importance de cet État du Sud sur lequel il a décidé de miser en vue d’un éventuel retour, en 2024, mais aussi d’une prise de contrôle du congrès par les républicains en novembre prochain.

Ce retour, il le fait reposer, en Arizona comme dans d’autres champs de bataille, sur l’adoption de lois locales visant à limiter l’accès aux urnes des minorités ou encore à faciliter la contestation et l’annulation d’un scrutin qui lui serait défavorable.

La stratégie s’appuie sur la promotion de son « grand mensonge », mais également sur une opposition farouche des républicains à un projet de loi des démocrates visant à protéger universellement l’accès aux urnes et à dépolitiser la surveillance du vote.

Elle passe aussi par la promotion de ses proches et alliés dans l’appareil administratif de plusieurs de ces États clés. Au début de l’année, l’Insurrection Index a révélé que plus de 1000 Américains occupant des postes publics se sont faits complices de la tentative de Donald Trump pour faire infirmer le résultat des élections de 2020. Ils l’ont fait en soutenant sa thèse du vol des élections ou en participant à l’attaque du Capitole.

Parmi eux se trouvent 213 élus, 29 candidats à des postes de pouvoir lors des prochaines élections et 31 responsables de l’application des lois.

Et ces dérives n’annoncent rien de bon pour le président qui, en novembre, s’expose à des élections législatives traditionnellement désavantageuses pour le parti du pouvoir. « La structure du Sénat favorise les petits États, qui sont plus souvent à tendance républicaine, dit Elliott Fullmer. Les restrictions du vote affectent de manière disproportionnée les démocrates. Conséquence : comme je le dis souvent, les démocrates doivent toujours gagner beaucoup pour gagner peu. »

Joe Biden a bel et bien changé la tonalité dans la gestion de la crise sanitaire de la COVID-19.

Il a accéléré l’accès à la vaccination dès son arrivée au pouvoir il y a un an. Mais l’apparition d’un variant Delta, puis d’un Omicron, couplée à une résistance politique aux mesures sanitaires, ainsi que les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et l’inflation risquent surtout de le placer au cœur d’une autre histoire.

Des éléments incontrôlables

« Une grande partie de son sort politique repose désormais sur des éléments hors de son contrôle », résume Jacob Grumbach, spécialiste de la politique américaine à la University of Washington, en nommant la hausse des cas de contamination ou de décès liés à la COVID-19 et une augmentation des dépenses en raison d’une inflation difficilement maîtrisée.

Et c’est là tout le paradoxe.

« Les priorités et le programme de cette présidence sont acceptés par une grande proportion d’Américains, dit Vincent Raynauld, professeur de communication à l’Emerson College de Boston. Les grandes lignes fonctionnent très bien. Mais l’opérationnalisation du message reste difficile pour Joe Biden qui, contrairement à son prédécesseur, n’est pas très bon pour s’attribuer le mérite de ses meilleures réalisations. »

Le candidat de la proximité, comme il a aimé se dépeindre durant sa campagne, gagnerait d’ailleurs à « développer une relation plus intime avec les Américains », croit pour sa part Elliott Fullmer. « Il passe souvent de longues périodes sans s’adresser au pays. Et quand il le fait, c’est souvent l’après-midi, quand tout le monde travaille. Il doit devenir une présence plus visible et affirmée sur les questions d’actualité. »

Les élections de mi-mandat

Et en prévision des élections de mi-mandat, il devrait avoir plusieurs occasions de le faire pour vanter les effets positifs des plans budgétaires qu’il a réussi à faire passer et dont les signes devraient être visibles dans le quotidien des Américains dans les prochains mois, dit M. Raynauld. « Si j’étais lui, je passerais plus de temps à simplifier le message et à rappeler mes succès », afin de conjurer le sort d’une première année de pouvoir qui n’a pas été sans heurts et éviter ainsi qu’elle ne lui devienne fatale.

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