Washington approuve la libération de cinq détenus de Guantanamo

L'entrée du tribunal militaire de la base navale américaine de Guantánamo, sur l'île de Cuba, le 7 septembre 2021.
Photo: Paul Handley Agence France-Presse L'entrée du tribunal militaire de la base navale américaine de Guantánamo, sur l'île de Cuba, le 7 septembre 2021.

Les États-Unis ont approuvé la libération de cinq détenus supplémentaires de la prison militaire de Guantánamo, où sont encore détenus 39 prisonniers présumés complices de groupes terroristes comme al-Qaïda, selon des documents officiels du Pentagone consultés mercredi.

Jamais formellement inculpés, les Yéménites Mouaz Hamza al-Alaoui, Souheil al-Charabi et Omar al-Rammah, le Somalien Guled Hassan Duran et le Kenyan Mohammed Abdul Malik Bajabu ont reçu leur bon de sortie fin 2021, selon de nouveaux documents publiés cette semaine par la Commission de révision de Guantánamo.

La Commission de révision, qui est composée de hauts responsables de l’administration américaine, a jugé qu’ils ne représentaient plus de danger pour les États-Unis.

Quel point de chute ?

Le feu vert à leur libération porte à 18 le nombre de détenus promis à être libérés si les États-Unis leur trouvent un point de chute, ce qui pourrait retarder leur sortie effective, car Washington ne rapatrie pas les ex-prisonniers vers le Yémen, pays en proie à une violente guerre civile, ni vers la Somalie, autre pays en crise.

Des experts indépendants mandatés par les Nations unies ont enjoint cette semaine aux États-Unis de fermer leur prison militaire de Guantánamo, site de « violations incessantes des droits de la personne ».

Le tristement célèbre centre de détention, ouvert il y a tout juste 20 ans après les attentats djihadistes du 11 Septembre dans le cadre de « la guerre contre le terrorisme », a abrité jusqu’à 780 détenus, d’abord enfermés dans des cages, puis dans les cellules de la prison érigée à la hâte sur la base militaire américaine.

La plupart ont depuis été libérés, certains après plus de 10 ans de détention sans inculpation. Elle en abrite encore 39. Dix d’entre eux, dont le cerveau présumé des attentats du 11 Septembre, Khalid Sheikh Mohammed, dit « KSM », sont en attente d’un jugement par une commission militaire.

Deux ont été condamnés et neuf autres espèrent encore leur libération.

En déclarant ces cinq détenus libérables, le gouvernement Biden accélère les efforts pour fermer Guantánamo, efforts qui avaient été gelés sous Donald Trump.

Dans une tribune publiée sur le site Lawfare, la sénatrice démocrate Dianne Feinstein a estimé que les détenus en attente de jugement, y compris KSM, pourraient être jugés par des tribunaux civils américains plutôt que par la Commission militaire, qui a été accusée d’abus, notamment en plaçant sur écoute les échanges entre les détenus et leurs avocats. « Maintenant que la guerre en Afghanistan est finie, il est temps de fermer Guantánamo une fois pour toutes », a-t-elle jugé.

Santé mentale fragile

Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a assuré lundi que le gouvernement américain restait « engagé dans la fermeture de la prison de Guantánamo Bay », située dans une base militaire américaine sur l’île de Cuba.

Selon leurs avocats, certains des neuf derniers détenus potentiellement libérables souffrent de troubles mentaux, ce qui complique leur éventuelle réinsertion dans leur pays d’origine ou ailleurs.

Le Yéménite Khalid Ahmed Qassim s’est ainsi vu refuser son bon de sortie en décembre, bien que la Commission de révision ait reconnu qu’il n’avait jamais été un haut responsable d’al-Qaïda ou des talibans.

Selon les documents publiés cette semaine, la Commission a noté qu’il n’obéissait pas aux instructions des responsables de la prison et qu’il n’avait aucun projet de vie qui justifierait sa libération.

La Commission « encourage le détenu à faire des efforts d’obéissance et à contrôler davantage ses émotions », est-il précisé. Elle demande aux avocats du Yéménite de lui présenter d’ici le mois de mai un plan de travail sur « la façon dont sa santé mentale sera gérée s’il est transféré » hors de Guantánamo.

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