Ghislaine Maxwell dépeinte comme «dangereuse» au début de son procès

La procureure Lara Pomerantz ouvre les débats en qualifiant l'accusée de «dangereuse».
Illustration: Elizabeth Williams Associated Press La procureure Lara Pomerantz ouvre les débats en qualifiant l'accusée de «dangereuse».

« Une femme dangereuse » accusée d’avoir préparé des jeunes filles pour un « prédateur » : deux ans après le suicide en prison de Jeffrey Epstein, un milliardaire accusé de nombreux crimes sexuels, le procès de son ex-compagne, Ghislaine Maxwell, a commencé lundi à New York sur des notes d’agitation.

La fille du magnat de la presse décédé Robert Maxwell, âgée de 59 ans, est détenue aux États-Unis depuis l’été 2020 et encourt la prison à vie au terme de débats qui doivent durer six semaines, pour que les douze jurés déterminent si elle a participé au vaste trafic sexuel dont était accusé l’homme d’affaires, mort en prison en 2019.

Concrètement, elle est soupçonnée d’avoir joué le rôle de « rabatteuse », en recrutant entre 1994 et 2004 des jeunes filles mineures exploitées sexuellement par Jeffrey Epstein, avec lequel elle a entretenu pendant près de 30 ans une relation amoureuse, amicale et professionnelle.

Elle « était dangereuse. Elle préparait des jeunes filles à être agressées par un prédateur » en les mettant à l’aise, en confiance, et en faisant semblant de leur donner de l’importance, a décrit la procureure Lara Pomerantz en ouvrant les débats.

Mais l’une des avocates de Ghislaine Maxwell, Bobbi Sternheim, l’a au contraire dépeinte comme « la cible de la colère de femmes qui ont été ou qui pensent avoir été agressées par Epstein », grand absent du procès.

Plaidoyer de non-culpabilité

Dans la salle d’audience de la cour fédérale de Manhattan, Mme Maxwell, ancienne femme mondaine née dans un milieu privilégié, est apparue agitée dans son pull beige, ôtant puis retirant ses lunettes, touchant souvent son visage et passant beaucoup de notes à ses avocats.

La Franco-Américano-Britannique, qui s’est plainte de ses conditions de détention, se dit innocente et plaide non coupable des six chefs d’inculpation. Elle ne devrait pas s’exprimer à l’audience.

Sa défense devrait plaider que les crimes présumés remontent à plus de vingt ans — une psychologue éclairera le tribunal sur le phénomène des « faux souvenirs » — et surtout que Ghislaine Maxwell est jugée en lieu et place du protagoniste, Jeffrey Epstein. L’avocate Bobbi Sternheim cherche à ramener le dossier à « une affaire de mémoire, de manipulation et d’argent ».

De son côté, l’accusation se fonde sur quatre plaignantes anonymes — dont deux n’avaient que 14 et 15 ans — qui racontent avoir été approchées par des « rabatteuses », dont Mme Maxwell, près de leur école ou à leur travail.

Après le cinéma et le magasinage « entre copines », les jeunes filles étaient persuadées, pour quelques centaines de dollars, de venir faire un massage, présenté comme non sexuel, à un puissant New-Yorkais prêt à faire décoller leur carrière. « Elle gagnait leur confiance », mais « elle savait exactement ce qu’Epstein allait faire à ces enfants quand elle les envoyait dans ses salles de massage », a expliqué la procureure, qui a évoqué le « cauchemar » des victimes.

D’après l’accusation, Ghislaine Maxwell aurait également participé aux agressions sexuelles avec son compagnon, soit chez elle à Londres, soit chez lui à Manhattan, en Floride et au Nouveau-Mexique.

L’ombre de Jeffrey Epstein sera évidemment omniprésente, plus de deux ans après sa mort qui a privé ses victimes d’un procès.

D’autres noms pourraient être cités dans le procès Maxwell : les anciens présidents américains Bill Clinton et Donald Trump, en raison de leur présence à des fêtes new-yorkaises, et l’ex-agent français de mannequins Jean-Luc Brunel, ami d’Epstein, inculpé et écroué à Paris en décembre 2020 pour viols et agressions sexuelles.

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