L’Américain Kyle Rittenhouse, qui a tué deux manifestants antiracistes, est acquitté

Kyle Rittenhouse en cour le 17 novembre 2021.
Photo: Sean Krajacic (Archives) AFP Kyle Rittenhouse en cour le 17 novembre 2021.

Le jeune Américain Kyle Rittenhouse, qui a tué deux personnes en marge de manifestations antiracistes en 2020 à Kenosha, a été acquitté vendredi à l’issue d’un procès qui a révélé les fractures des États-Unis sur les armes à feu et le mouvement Black Lives Matter.

Les douze jurés d’un tribunal de l’État du Wisconsin l’ont déclaré « non coupable » des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui, dont celui de meurtre, au quatrième jour de leurs délibérations.

Le jeune homme blanc de 18 ans, qui encourait la réclusion à perpétuité, avait plaidé la légitime défense. À la lecture du verdict, il s’est effondré en larmes avant de quitter rapidement la salle d’audience. À l’extérieur, des cris de joie de ses sympathisants ont retenti.

Le président démocrate Joe Biden s’est, lui, dit « inquiet et en colère ». Mais dans un communiqué, il a demandé aux Américains à respecter la décision des jurés. « J’appelle tout le monde à exprimer ses opinions pacifiquement, dans le respect de la loi. »

Pour éviter d’éventuels débordements, le gouverneur du Wisconsin, Tony Evers, a demandé à 500 soldats de la Garde nationale de se tenir prêts à intervenir. Joe Biden a précisé avoir offert le soutien de forces fédérales.

Devant le tribunal, seule une poignée de personnes ont manifesté leur écœurement : « Coupable, coupable, le système est diablement coupable », ont-elles scandé. « C’est un triste jour pour l’Amérique », a dit à l’AFP Will Diaz, un ouvrier de 44 ans.

Le professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Montréal Amissi Melchiade Manirabona craint d’ailleurs que ce jugement contribue à la banalisation de l’utilisation des armes à feu aux États-Unis, au nom de la légitime défense. « On ne peut que s’attendre à une escalade de la violence », a-t-il déclaré au Devoir vendredi.

« Touriste du chaos »

Le 23 août 2020, alors que les États-Unis étaient traversés de manifestations géantes contre le racisme et les violences policières, cette ville de la région des Grands Lacs s’était enflammée après une bavure contre l’Afro-Américain Jacob Blake, qui s’était fait tirer dans le dos par un policier.

Alors âgé de 17 ans, Kyle Rittenhouse s’était équipé d’un fusil semi-automatique AR-15 et avait rejoint des groupes armés venus « protéger » les commerces. Dans des circonstances confuses, il avait ouvert le feu, tuant deux hommes de 26 et 36 ans et en blessant un troisième.

« Je n’ai rien fait de mal, je me suis juste défendu », a-t-il plaidé, en pleurs, lors de son procès, assurant avoir tiré après avoir été pris en chasse et attaqué par ces trois hommes — tous blancs comme lui.

L’accusé était « un touriste du chaos » qui « cherchait l’excitation » et s’est « volontairement et en toute connaissance de cause mis dans une situation dangereuse », a rétorqué le procureur Thomas Binger dans son réquisitoire.

Pendant les deux semaines de procès, Kyle Rittenhouse a comparu libre, des soutiens ayant payé les 2 millions de dollars de sa caution. Il est en effet devenu une égérie dans certains milieux de droite, qui ont associé les manifestations du mouvement Black Lives Matter à l’œuvre « d’anarchistes ».

Le jeune homme a d’ailleurs été régulièrement qualifié de « héros » ou de « patriote » par les médias ultraconservateurs et, vendredi, plusieurs républicains se sont réjouis de son acquittement. « Félicitations à Kyle Rittenhouse pour avoir été déclaré INNOCENT », a d’ailleurs déclaré par communiqué l’ancien président Donald Trump, qui avait déjà pris la défense du jeune homme dans le passé.

« Justice à deux vitesses »

Les prises de position de divers élus américains sur l’issue de ce procès inquiètent d’ailleurs Amissi Manirabona.

« Compte tenu de la politisation de la justice, on va aboutir à des situations comme ça où des questions raciales et des questions politiques s’invitent dans les décisions de justice […] Ça ne me rassure pas pour l’avenir », glisse-t-il.

« Qu’un adolescent puisse […] tirer sur trois personnes, en tuant deux, sans aucune conséquence pénale est un déni de justice », a pour sa part réagi vendredi Shannon Watts, la fondatrice du groupe Moms Demand Action. « C’est aussi l’Amérique que la NRA a créée », a-t-elle ajouté, en référence au puissant lobby des armes National Rifle Association, qui milite pour un droit illimité au port d’arme.

Parmi les défenseurs de la communauté afro-américaine, l’amertume était tout aussi palpable.

« On vient d’assister à la validation d’actes terroristes par un système construit sur la suprématie blanche », a renchéri Colin Kaepernick, l’ancienne star du football américain connue pour s’être agenouillée pendant l’hymne national par solidarité avec les Afro-Américains tués par la police.

Avec Le Devoir

À voir en vidéo