Biden coupe son plan de dépenses sociales de moitié pour rallier les démocrates

Joe Biden a misé une partie de sa présidence sur l’adoption de plans d’investissements d’envergure visant à réformer le pays.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Joe Biden a misé une partie de sa présidence sur l’adoption de plans d’investissements d’envergure visant à réformer le pays.

Le président américain, Joe Biden, a annoncé jeudi, avant de partir pour l’Europe, avoir trouvé le cadre d’un accord pour son « plan historique » en faveur des familles et de l’environnement. L’indispensable soutien de plusieurs élus démocrates du Congrès à ce texte reste cependant encore incertain.

« Je pense que nous avons le cadre d’un plan économique historique. Je sais que nous avons le cadre d’un plan économique historique », a déclaré le président. Ce cadre « créera des millions d’emplois, fera croître l’économie, investira dans notre nation et notre peuple », a-t-il ajouté lors d’une allocution depuis la Maison-Blanche. Il a ensuite embarqué à bord d’Air Force One sans faire de commentaires, avant de s’envoler vers l’Europe.

Pour rallier les centristes, celui qui a passé 36 ans sur les bancs du Sénat a consenti à ramener le montant de son plan baptisé « Build Back Better » (« Reconstruire en mieux ») à 1750 milliards de dollars américains sur une décennie, soit moitié moins que ce qu’il envisageait initialement.

« Nous avons fait des progrès considérables », a réagi sur Twitter la sénatrice Kyrsten Sinema, dont l’approbation et celle de son collègue Joe Manchin sont indispensables, car la majorité démocrate au Sénat est si ténue qu’une seule voix dissonante équivaut à un veto. Les deux élus avaient jusqu’alors fait obstruction, jugeant le montant trop élevé et s’opposant à son financement notamment par des hausses de l’impôt des sociétés ou des ménages les plus aisés.

L’aile gauche du parti a de son côté critiqué ces concessions aux modérés.

« Je veux voir un solide projet de loi “Build Back Better” », a souligné Bernie Sanders, tempérant l’optimisme ambiant. Le très progressiste sénateur indépendant, favorable à des dépenses plus substantielles, a toujours souligné que sans un plan ambitieux, il n’y aurait pas d’accord sur l’autre programme d’investissements dans les infrastructures.

« Personne n’a eu tout ce qu’il voulait, moi y compris », a commenté Joe Biden, qui souhaite afficher une victoire politique majeure.

« Nous sommes d’accord sur la plupart des choses » contenues dans le projet de loi, a renchéri la cheffe démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ajoutant que les débats sur ce document de près de 2500 pages allaient débuter dès jeudi après-midi.

Joe Biden a misé une partie de sa présidence sur l’adoption de plans d’investissements d’envergure visant à réformer le pays.

Investissement pour le climat

Alors qu’il s’apprête à participer au sommet international sur le climat, la COP26, à Glasgow, le président a souligné que son projet comprenait « le plus grand investissement jamais réalisé pour faire face à la crise climatique ».

Le gouvernement Biden propose en effet d’investir 550 milliards de dollars pour réduire à l’horizon 2030 les émissions de gaz à effet de serre dans une proportion de 50 % à 52 % par rapport aux niveaux de 2005. C’est un investissement « unique […] dans l’histoire » américaine, qui cible les bâtiments, les transports, l’industrie, l’électricité, l’agriculture et l’eau, avait souligné plus tôt la Maison-Blanche.

Joe Biden entend présenter en Europe l’image des États-Unis engagés dans la transition énergétique et la croissance ainsi que dans la lutte contre les inégalités sociales et l’évasion fiscale. Lors des difficiles tractations, Joe Biden et son gouvernement ont inlassablement mis en avant l’importance de ces dépenses, arguant que le pays est en perte de compétitivité et fait figure de mauvais élève parmi les pays avancés en matière d’éducation, d’environnement ou de protection sociale.

« Pas de déficit supplémentaire »

La Maison-Blanche relève ainsi que ce plan permettrait « à la plupart des familles américaines d’économiser plus de la moitié des frais de garde d’enfants » et « offrirait deux ans d’école maternelle gratuite à chaque enfant de 3 et 4 ans ». Aujourd’hui, la majorité des écoles du pays n’accueillent pas les enfants avant l’âge de 5 ans.

Washington maintient que ce plan peut être financé par « les grandes entreprises rentables », et Joe Biden a assuré jeudi que ces dépenses ne créeraient pas de déficit supplémentaire. Le projet contient ainsi des mesures pour que ces entreprises « ne puissent pas réduire leur facture fiscale à zéro » et prévoit des dispositions pour que les millionnaires et les milliardaires mettent davantage la main au pot.

En revanche, il n’intègre pas la taxe des super riches présentée mercredi, qui supposait d’imposer les plus-values latentes des milliardaires, ces gains dormants dans les épais portefeuilles d’actions des grandes fortunes américaines.

Le Congrès doit aussi valider un second plan de quelque 1000 milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures du pays et dont le vote à la Chambre des représentants est suspendu à un accord sur le plan « Build Back Better ».

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