L’éminence noire de Trump, Steve Bannon, accusé d’outrage au Congrès américain

Steve Bannon, photographié ici le 13 octobre dernier, est considéré comme un témoin clé par la commission d'enquête.
Photo: Steve Helber Associated Press Steve Bannon, photographié ici le 13 octobre dernier, est considéré comme un témoin clé par la commission d'enquête.

Haro sur l’obstruction. Par un vote unanime, la commission d’enquête américaine sur l’insurrection du 6 janvier a appelé mardi soir à des poursuites criminelles pour outrage au Congrès contre le sulfureux conseiller des populistes Steve Bannon. Ce proche de Donald Trump a refusé de se présenter devant les parlementaires la semaine dernière pour témoigner sur cette attaque sans précédent contre la démocratie des États-Unis.

Par ce geste, la commission a décidé ainsi d’envoyer un message clair aux acteurs de premier plan de cette insurrection, et ce, alors que l’ex-président américain tente depuis plusieurs jours d’entraver les travaux des élus. Il tente d’influencer plusieurs anciens membres de sa garde rapprochée pour qu’ils n’y témoignent pas et cherche à bloquer l’accès à des documents susceptibles de le compromettre.

« Il est essentiel que nous obtenions les faits et le témoignage complet de M. Bannon sur la violence du 6 janvier et sur ses causes », a indiqué le parlementaire démocrate Bennie Thompson, qui préside cette commission spéciale. « M. Bannon va se conformer à notre enquête ou il en assumera les conséquences. […] Nous ne permettrons à personne de faire obstacle au comité alors que nous travaillons à établir les faits. Les enjeux sont trop élevés. »

Sur les conseils des avocats de Donald Trump, Steve Bannon a défié l’ordre de comparaître devant la commission d’enquête jeudi dernier en invoquant le droit du pouvoir exécutif de ne pas divulguer des informations secrètes au pouvoir législatif.

Or, selon les démocrates, ce droit ne s’applique qu’au président en fonction et ne peut pas être revendiqué par Steve Bannon qui, au moment de l’insurrection, n’était qu’un simple citoyen qui n’occupait aucun poste officiel au sein de la Maison-Blanche.

La résolution pour outrage adoptée par la commission d’enquête doit être approuvée par l’ensemble de la Chambre des représentants, à majorité démocrate, lors d’un vote prévu jeudi. Le département de la Justice décidera par la suite s’il décide d’inculper Steve Bannon. L’ex-conseiller du populiste encourt en théorie jusqu’à un an de prison et 100 000 $ d’amendes.

Un témoin clé

 

Bannon est considéré comme un témoin clé par la commission en raison de ses communications directes avec l’ex-président le jour de l’insurrection, tout comme les jours précédents. Selon les parlementaires, il a participé à la campagne de relations publiques visant à enflammer les passions des partisans de Donald Trump, le 6 janvier, afin d’empêcher la certification du vote en faveur de Joe Biden et maintenir le milliardaire en poste en dépit des résultats du scrutin présidentiel de novembre 2020.

Nous ne permettrons à personne de faire obstacle au comité alors que nous travaillons à établir les faits. Les enjeux sont trop élevés. 

 

D’ailleurs, dans un balado, Bannon avait prévenu le 5 janvier que « l’enfer [allait] se déchaîner sur le Capitole ». Sept personnes ont perdu la vie et 140 autres ont été blessés dans ces émeutes mues par l’idée fallacieuse que les démocrates s’étaient approprié le pouvoir en manipulant le processus électoral.

L’affirmation est toujours entretenue par un grand nombre d’élus républicains, malgré des dizaines d’enquêtes n’ayant jamais réussi à faire la démonstration de cette fraude alléguée.

À ce jour, près de 700 de ces émeutiers ont été arrêtés et sont passés devant les tribunaux américains. Des dizaines ont été condamnés pour avoir participé à l’attaque.

Luttes judiciaires

 

Le vote tenu par la commission d’enquête intervient au lendemain du lancement d’une procédure judiciaire par Donald Trump en vue d’empêcher les élus d’accéder à des documents d’archives liés à cette journée et en provenance de la Maison-Blanche alors qu’il occupait le Bureau ovale.

Le gouvernement Biden a approuvé leur diffusion en estimant que l’attaque violente du Capitole il y a plus de neuf mois était d’une circonstance si extraordinaire qu’elle justifiait la levée de la protection qui s’applique habituellement aux communications de la Maison-Blanche. Les avocats de Trump tentent de bloquer cette décision, qui pourrait éclairer la réelle implication de l’ex-président dans cette attaque envers le pouvoir législatif américain, et arguent qu’il s’agit d’une « campagne de pêche » « vexatoire et illégale » des démocrates.

La républicaine Liz Cheney, représentant le Wyoming, une des deux membres du parti de Donald Trump à siéger à cette commission d’enquête, a indiqué que l’acharnement de Steve Bannon et de l’ex-président à faire obstruction au travail des parlementaires suggère que l’un comme l’autre ont « été personnellement impliqués dans la planification et l’exécution de l’émeute du 6 janvier ». Cette voix critique de l’ex-vedette de téléréalité a martelé ses intentions : cela ne nous empêchera pas « d’aller au fond des choses ».

La commission d’enquête a assigné à comparaître près d’une douzaine de témoins, dont l’ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche Mark Meadows et l’ancien assistant de la Maison-Blanche et du Pentagone Kashyap Patel, qui, sur les conseils juridiques de l’ex-président, cherche également à éviter de se présenter devant les élus. Les deux hommes seraient en train de négocier avec la commission pour éviter des accusations d’outrage.

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