Une majorité écrasante d'Américains jugent la désinformation problématique, selon un sondage

La majorité des gens n’arrivent pas à voir leur propre rôle dans le partage de la désinformation.
Photo: Tom Barrett Unsplash La majorité des gens n’arrivent pas à voir leur propre rôle dans le partage de la désinformation.

Après des années de tension et de clivage, une première prise de conscience d’envergure : 95 % des Américains estiment que la désinformation est devenue un problème lorsque vient le temps de s’intéresser aux sujets d’actualité ou aux enjeux sociaux du moment. 81 % qualifient même ce problème de « majeur ».

Et dans une quasi-unanimité écrasante de 91 % à 93 %, ce sont les réseaux sociaux et leurs utilisateurs qu’ils pointent du doigt, attribuant toutefois la responsabilité de la propagation de ce mal un peu plus aux autres qu’à eux-mêmes.

C’est ce qu’indique un sondage mené conjointement par The Pearson Institute et l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research, dont les résultats ont été dévoilés vendredi.

« La majorité des gens n’arrivent pas à voir leur propre rôle dans le partage de la désinformation », résume Lisa Fazio, professeure de psychologie à l’Université Vanderbilt et spécialiste de la mécanique conspirationniste et des fausses nouvelles. « Ils sont préoccupés par la chose, mais estiment que cela arrive aux autres. Ce sont les autres qui se font berner et qui la propagent », a-t-elle dit à l’AP.

La majorité des gens n’arrivent pas à voir leur propre rôle dans le partage de la désinformation.

 

Près des deux tiers des 1071 Américains sondés entre le 9 et le 13 septembre derniers sont préoccupés par le fait que des amis ou des proches aient contribué à la prolifération d’information fausse, erronée ou fantaisiste, alors que 46 % reconnaissent avoir alimenté eux-mêmes ce climat délétère où la réalité sociale se construit désormais sur des croyances et des impressions plutôt que sur des faits vérifiables et vérifiés. Et 20 % se disent « extrêmement préoccupés » de l’avoir fait.

Une véritable menace

L’entretien de l’idée d’une fraude électorale massive jamais prouvée, les messages sur l’inefficacité des mesures sanitaires pour contrer la propagation de la COVID-19 et la remise en question de l’existence même d’une pandémie et des victimes qu’elle a faites peuvent illustrer ce concept de désinformation.

En juillet dernier, le médecin en chef des États-Unis, le Dr Vivek Murthy, a d’ailleurs qualifié les informations erronées circulant dans l’espace public américain de « menace contre la santé publique ». Malgré un accès rapideet gratuit à la vaccination, plus de 700 000 Américains sont morts de la COVID-19 depuis le début de la pandémie ; c’est plus que les victimes de la grippe espagnole en 1918.

La majorité des gens n’arrivent pas à voir leur propre rôle dans le partage de la désinformation.

 

Pour 83 % des répondants, les politiciens du pays sont en partie responsables de cette désinformation qui nourrit les divisions sur plusieurs sujets dans le pays. Le gouvernement des États-Unis l’est aussi, selon 79 % des personnes sondées.

Mais les réseaux sociaux — Facebook, Twitter, YouTube — et les abonnés de ces espaces commerciaux de socialisation numérique restent les grands coupables. Une mise en accusation qui dépasse d’ailleurs les divisions politiques habituelles aux États-Unis : 79 % des républicains et 73 % des démocrates s’entendent finalement sur ce point. Les Américains plus éduqués — avec un niveau collégial ou plus — sont également plus nombreux à établir ces réseaux comme la source du problème, contrairement à ceux qui le sont moins.

Ce sondage « n’est pas une bonne nouvelle pour Facebook », dit Konstantin Sonin, professeur de politique publique à l’Université de Chicago et membre du Pearson Institute, cité par l’agence de presse. « Cela montre que les attaques contre [le réseau social] sont soutenues désormais par une très grande majorité [de la population]. »

Cette semaine, le réseau social s’est retrouvé à nouveau face à des vents critiques importants après le passage d’une ex-employée devant un comité du Sénat. Frances Haugen — c’est son nom — a indiqué que des études internes ont confirmé que les algorithmes utilisés par Facebook stimulent la désinformation et le partage de contenus néfastes pour la démocratie, tout comme pour l’estime de soi de ses plus jeunes utilisateurs. Selon elle, ces informations sont ignorées par le réseau social pour éviter de nuire aux profits de la multinationale.

Au terme de cette rencontre, les élus démocrates et républicains se sont entendus sur l’importance de réguler cette industrie de la socialisation numérique pour modifier la façon dont Facebook amplifie ses contenus et cible ses utilisateurs à des fins commerciales, et ce, dans un Congrès où les points de rapprochement entre les deux camps politiques sont rares.

Enfin, le sondage met également en lumière d’autres divisions. Les jeunes adultes, de 18 à 29 ans, semblent plus conscients de leur contribution au problème de désinformation, dans une proportion de 53 %. Les Américains plus âgés, ceux de 60 ans et plus, ne sont que 40 % à se reconnaître une certaine responsabilité.

À voir en vidéo