Quand «stop the cheat» renforce la victoire de Biden

Ce second dépouillement des bulletins de vote du comté de Maricopa n'a finalement pas réussi à prouver l'existence d'une victoire volée par les démocrates, comme le hurle pourtant «ad nauseam» le camp républicain depuis novembre dernier.
Photo: Matt York Associated Press Ce second dépouillement des bulletins de vote du comté de Maricopa n'a finalement pas réussi à prouver l'existence d'une victoire volée par les démocrates, comme le hurle pourtant «ad nauseam» le camp républicain depuis novembre dernier.

Cela devait faire la démonstration d’une présumée fraude électorale dénoncée depuis des mois par les républicains. Quatre mois plus tard, le second dépouillement des bulletins de vote du comté de Maricopa, en Arizona, par une entreprise privée proche du parti de Donald Trump n’a finalement pas réussi à prouver l’existence d’une victoire volée par les démocrates, comme le hurle pourtant ad nauseam le camp républicain depuis novembre dernier.

Pire, cette vérification du vote a finalement fait apparaître 99 voix de plus pour Joe Biden — elles n’avaient pas été comptées la première fois — et a trouvé 261 voix excédentaires pour l’ex-président américain, selon le rapport final qui a été présenté ce vendredi aux sénateurs de l’État et dont une version préliminaire a été obtenue par le New York Times.

« C’est complètement ridicule, a commenté le commentateur politique Eddie Espinoza, joint par Le Devoir à Tucson en Arizona. Les républicains ont dépensé plusieurs millions de dollars dans cet exercice pour en arriver là. »

Le comté de Maricopa, qui englobe la grande région de Phoenix, s’est retrouvé sous les projecteurs ce printemps après que le Parti républicain a décidé d’y lancer — à la demande insistante de l’ex-président américain déchu — cette vérification du scrutin. En novembre, Joe Biden a fait basculer l’Arizona, un État traditionnellement républicain, dans les mains des démocrates, et ce, avec une avance de plus de 10 000 voix. Le changement de cap s’est principalement joué dans ce comté, le plus populeux et urbain de l’Arizona.

En symbiose avec le discours de Donald Trump, le Parti républicain de l’État avait alors dénoncé des élections « faussées ». L’avocat personnel de l’ex-président, Rudy Giuliani, avait évoqué le vote « frauduleux » de « centaines de milliers » d’immigrants illégaux lors du scrutin, tandis que des élus républicains locaux avaient parlé de bulletins déchiquetés et de vol de matériel électoral à dessein. Entre autres accusations non fondées.

La vérification du vote avait ensuite été confiée à l’entreprise floridienne Cyber Ninjas, dont les têtes dirigeantes se sont fait, depuis novembre, les promoteurs du discours de Donald Trump voulant que la présidence des États-Unis lui ait été volée par les démocrates. Et ce, en contradiction avec les faits.

Après analyse des 2,1 millions de bulletins de vote enregistrés dans le comté, l’entreprise prétend avoir relevé 2500 bulletins postaux dont la signature était jugée problématique, selon elle, soit 0,1 % du vote total, et deux bulletins liés à une même pièce d’identité. Il s’agit d’une marge d’erreur équivalente à celle déterminée lors du scrutin de 2016 dans ce comté.

Mettre un point final

Pour le président du comité de surveillance du comté de Maricopa, Jack Seller, les résultats du second dépouillement viennent surtout confirmer que les machines à compter les bulletins « ont bel et bien fait ce pour quoi elles sont fabriquées et que les résultats reflètent la volonté des électeurs ». « Cela devrait mettre fin à cette histoire. Tout le reste n’est que du bruit », a-t-il indiqué dans une déclaration diffusée vendredi.

La fiabilité de ces machines a été remise en question par les républicains au lendemain des élections. La vérification menée par Cyber Ninjas a toutefois forcé le comté à se débarrasser de l’ensemble de ces calculateurs, puisque leur certification a été compromise par les manipulations effectuées sans surveillance par la firme proche des républicains lors de son évaluation politique du scrutin. Leur remplacement devrait coûter six millions de dollars aux autorités électorales de l’Arizona.

« Le résultat de ce dépouillement devrait certainement être un signal d’alarme pour les républicains qui croient que l’élection a été frauduleuse », dit Eddie Espinoza. « Mais cela ne se produira pas, puisque ces démarches ne visent pas à changer le résultat du vote, mais à justifier l’adoption de lois visant à limiter l’accès aux urnes [en vue des prochaines élections]. »

Depuis novembre, plusieurs États, dont l’Arizona, ont adopté plusieurs de ces lois qui visent à réduire les listes électorales ou à compliquer l’exercice démocratique dans les régions fortement démocrates.

Jack Seller se demande si le camp républicain va finir par « accepter la vérité, désormais », et ce, dans un climat tendu où les responsables électoraux de l’État continuent de faire face à des appels téléphoniques et à des courriels haineux « nourris par des campagnes concertées destinées à ébranler la foi des Américains dans le système électoral ».

Hasard des calendriers, la divulgation des résultats de la vérification du vote en Arizona intervient au lendemain de l’annonce du second dépouillement du vote dans quatre comtés du Texas, où les élus républicains s’activent à préparer le terrain électoral à leur avantage pour l’an prochain. Donald Trump y a pourtant remporté les élections de 2020 avec une avance de 630 000 voix.

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