Avec la Californie, le «grand mensonge» de Trump s’incruste dans la politique américaine

Le candidat républicain Larry Elder contestait l’élection du gouverneur Gavin Newsom lors de sa soirée électorale lundi, à la veille du référendum de révocation en Californie. Le scrutin a toutefois joué en faveur des démocrates, permettant au gouverneur de rester en poste.
Photo: Mario Tama/Getty Images/AFP Le candidat républicain Larry Elder contestait l’élection du gouverneur Gavin Newsom lors de sa soirée électorale lundi, à la veille du référendum de révocation en Californie. Le scrutin a toutefois joué en faveur des démocrates, permettant au gouverneur de rester en poste.

S’il a finalement appelé ses partisans à être « bons perdants », le candidat républicain Larry Elder avait dénoncé, comme Donald Trump, des « fraudes » avant même la tenue mardi du référendum contre le gouverneur démocrate de la Californie. Un signe que le réflexe du « grand mensonge » électoral de l’ex-président s’ancre aux États-Unis.

« Ils vont tricher, nous le savons », avait lancé à ses partisans M. Elder, un animateur de radio ultraconservateur, une semaine avant le scrutin organisé pour tenter de révoquer le démocrate Gavin Newsom. Un site Web financé par ses partisans appelait d’ailleurs les électeurs à faire part de toute « irrégularité » à son camp. « Est-ce que quelqu’un croit vraiment que le référendum de révocation en Californie n’est pas truqué ? » avait martelé Donald Trump lundi, avant de revenir à la charge mardi, jour du vote.

Le gouverneur Gavin Newsom a finalement largement surmonté cette tentative de l’écarter du pouvoir dans ce grand État démocrate, et Larry Elder a reconnu sa défaite.

En revanche, la campagne a cristallisé une nouvelle ère dans la politique américaine, montrant qu’elle est désormais profondément marquée par les accusations infondées de fraude électorale lancées par Donald Trump lors de la présidentielle de 2020, remportée par son rival Joe Biden.

« Trump n’a jamais cessé de contester l’élection de 2020 et cela sert plusieurs objectifs », souligne Richard Hasen, professeur spécialisé en droit électoral à l’Université de Californie, à Irvine. « Ça galvanise la base [républicaine] et délégitime la présidence de Biden, ainsi que les victoires démocrates en général, explique-t-il. Et cela pourrait potentiellement servir à tenter de changer des résultats électoraux. »

Déjà, son « grand mensonge » électoral, comme le décrivent ses détracteurs, a profondément affecté son camp : 78 % des républicains affirment que Joe Biden n’a pas gagné la présidentielle dans un sondage publié par CNN mercredi, presque huit mois après l’arrivée du démocrate à la Maison-Blanche.

Ça galvanise la base [républicaine] et délégitime la présidence de Biden, ainsi que les victoires démocrates en général. Et cela pourrait potentiellement servir à tenter de changer des résultats électoraux.

 

Et dans plusieurs États clés, l’influent milliardaire soutient des candidats défenseurs de son « grand mensonge » qui se présentent aux postes de… responsables de l’organisation des élections. Parmi les trumpistes qui se présentent : Mark Finchem, en Arizona ; Jody Hice, en Géorgie ; Jim Marchant, au Nevada ; et Kristina Karamo, au Michigan.

Polarisation et confiance minée

Le soutien de Donald Trump pourrait mener à « un tout autre niveau de politisation » de ces postes de secrétaire d’État, déjà partisans, estime le professeur Hasen. « Voilà, selon moi, le danger auquel nous faisons face désormais : des individus qui ne respectent pas l’intégrité du processus [électoral] seront ceux qui compteront les bulletins [de vote]. »

Dès 2016 et malgré sa victoire, Donald Trump avait faussement affirmé que des migrants clandestins et des électeurs « morts depuis 10 ans » avaient voté en masse pour sa rivale Hillary Clinton.

En Californie, les accusations de fraude martelées par Donald Trump et Larry Elder avant même le scrutin ont pu en partie affaiblir la participation de républicains découragés, croient certains dans leur camp. « C’est l’acte le plus irresponsable que j’ai vu de la part d’un candidat en Californie en 20 ans passés en politique ici », a écrit sur Twitter Ron Nehring, ex-président du parti en Californie, à propos du site « antifraude » promu par M. Elder.

Le « grand mensonge » de Donald Trump « s’est répandu et mine la confiance dans nos élections d’une façon très dangereuse », déplore Stephen Spaulding, un responsable de Common Cause. Cette organisation américaine qui surveille les bonnes pratiques électorales défend donc un projet de loi démocrate qui interdirait le limogeage de responsables électoraux pour des raisons politiques.

Pour lui, toutefois, la meilleure façon de surmonter ce travail de sape est la mobilisation : « Les électeurs doivent continuer à voter en nombre record. »

Le chef d’état-major américain nie avoir outrepassé ses fonctions à la fin du mandat Trump

Le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a nié mercredi avoir outrepassé ses fonctions en téléphonant à son homologue chinois à la fin du mandat de Donald Trump pour le rassurer sur la stabilité de l’État américain. Ces appels « étaient conformes à [ses] devoirs et responsabilités », a indiqué par communiqué un de ses porte-parole.

« J’ai une grande confiance dans le général Milley », a déclaré le président Joe Biden mercredi, alors que des élus républicains ont demandé que le chef d’état-major soit démis de ses fonctions.

La veille, Donald Trump avait vertement critiqué le général. « Je suppose qu’il sera jugé pour trahison s’il a échangé avec son homologue chinois derrière le dos du président », a lancé le milliardaire républicain dans un communiqué.

Le général Milley est au centre d’une polémique, après les révélations des journalistes Bob Woodward et Robert Costa dans leur ouvrage à paraître Peril, sur ses inquiétudes en ce qui concerne la santé mentale de Trump avant et après la dernière élection présidentielle.



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