La COVID-19 rattrape des voix fortes du mouvement antivax

Il s’était donné le surnom de « Mr. Antivax », Monsieur antivaccin contre la COVID-19. Samedi, l’animateur de radio américain Marc Bernier est mort après avoir contracté… le coronavirus.

Il vient ainsi allonger la liste des figures fortes des mouvements d’opposition aux règles sanitaires et à la vaccination qui, depuis quelques jours aux États-Unis, tombent les unes après les autres, et ce, dans un pays où le nombre d’hospitalisations et de décès augmente désormais sous l’effet combiné d’une sous-vaccination dans plusieurs États et du variant Delta.

Samedi, la station de radio axée sur la discussion News Daytona Beach WNDB a confirmé le décès de son animateur vedette qui, depuis 30 ans déversait ses opinions conservatrices tranchées dans la région. L’homme de 65 ans a été infecté il y a trois semaines, mais sa mort survient également huit mois après qu’il eut formellement déclaré en ondes qu’il n’allait jamais se faire vacciner.

En juillet, il avait comparé les appels à la vaccination du gouvernement fédéral à de la propagande nazie.

La Floride, où à peine 52 % de la population est doublement vaccinée, est devenue le nouvel épicentre de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis avec un nombre de décès par semaine qui, fin août, a dépassé les sommets de janvier dernier. À cette époque, les campagnes de vaccination ne faisaient que débuter.

Bernier devient le troisième animateur de radio ouvertement opposé aux mesures sanitaires à périr de la maladie, en quelques semaines à peine.

Volte-face

Le 4 août, son homologue Dick Farrel, qui officiait sur les ondes des radios conservatrices WIOD de Miami et WPBR de Palm Beach, a été emporté par la COVID-19, au même âge. Fervent supporter de l’ex-président Donald Trump, Farrel a dénoncé sur Facebook en juillet dernier des campagnes de vaccination promue par « des gens qui vous ont menti depuis toujours sur le port du masque, sur l’origine du virus et sur les taux de décès ».

Il est mort de « graves complications », a indiqué sa conjointe, Kittie Farley, au Washington Post quelques jours à peine après celle de Phil Valentine, une autre voix forte des mouvements d’opposition au discours de la santé publique. L’homme de 62 ans s’est éteint après avoir contracté la maladie. Valentine était un animateur de radio penchant à droite et parlant à l’ensemble du pays, depuis Nashville au Tennessee, un état lourdement conservateur.

« Je ne suis pas anti-vaccination, j’utilise seulement le bon sens, avait-il écrit en décembre dernier sur son blogue. Les gens qui croient instinctivement que le gouvernement a la solution à tous les problèmes parlent déjà de vaccination obligatoire. Cela devrait être un choix personnel. »

Paradoxalement, à la veille de leur mort, Farrel et Valentine ont changé leur fusil d’épaule et reconnu les vertus de la vaccination, dont ils auraient aimé pouvoir profiter pour survivre à la maladie.

« Phil aimerait que ses auditeurs sachent qu’il n’a jamais été un “anti-vaccin” et qu’il regrette de ne pas avoir été plus “pro vaccination”, une position qu’il a hâte de pouvoir défendre plus vigoureusement dès son retour à l’antenne », a écrit son frère Mark Valentine sur Facebook quelques jours avant sa mort.

Deux semaines avant de mourir, Dick Farrel a assuré à son amie Amy Leigh Hair que ce « virus n’était pas une plaisanterie » et qu’il aurait finalement dû se faire vacciner, a-t-elle relaté dans les pages du Washington Post. Il l’a également incitée à recevoir sa première dose.

Effets partagés

Pour le spécialiste en psychologie sociale Seth Kalichman, le problème de l’anti-vaccination aux États-Unis « est complexe », mais ces décès de personnalités publiques qui se sont opposées aux mesures sanitaires pourraient en partie inciter certaines personnes à remettre en question leurs convictions. « Nous constatons une légère augmentation dans l’adoption de ces mesures dans les États où le taux de vaccination est encore faible, dit-il en entrevue au Devoir. Quand les gens voient des amis non vaccinés ainsi que des célébrités tomber malades, cela tend à faire diminuer leur résistance au vaccin. »

Le professeur à la University of Connecticut ajoute toutefois : « Par contre, les vrais antivax, ceux qui se nourrissent de croyances complotistes et ne font confiance à aucune information en dehors de leur bulle, rien n’est susceptible de les faire changer d’avis. »

Pas même le décès dans les derniers jours d’un de leur porte-voix, Caleb Wallace, 30 ans, emporté lui aussi par la COVID-19. Il était le chef du mouvement antimasque San Angelo Freedom Defenders au Texas, un État où il a organisé plusieurs rassemblements pour dénoncer ce qu’il a qualifié de « dictature sanitaire » dans son pays.

Il est mort après un mois d’hospitalisation, comme l’a annoncé sa femme, Jessica Wallace, sur le site de sociofinancement GoFundMe dans l’espoir d’y collecter l’argent nécessaire pour payer les factures médicales de son mari.

Dégradation continue

La moyenne des hospitalisations liées à la COVID-19 a explosé aux États-Unis dans les dernières semaines pour atteindre les 100 000 quotidiennement, une croissance de 500 % depuis deux mois et un nouveau pic depuis l’hiver dernier, selon le New York Times. La très grande majorité des personnes hospitalisées ne sont pas totalement vaccinées. Dans les 10 États où la couverture vaccinale est la plus faible — l’Idaho, l’Alabama, le Tennessee, la Virginie-Occidentale en font partie —, la population a 4 fois plus de risques de finir à l’hôpital après avoir contracté le virus et 5 fois plus de risques d’en mourir que dans les 10 États les plus vaccinés, comme le Maine, le Massachusetts ou le Vermont, indique une analyse pilotée par CNN.

Lundi, l’Union européenne a appelé ses États membres à remettre en place des restrictions pour l’entrée des touristes provenant des États-Unis en raison du paysage sanitaire qui s’y dégrade sous l’effet du variant Delta. Dimanche, Anthony Fauci, conseiller du président en matière de lutte contre la COVID-19, a indiqué que 100 000 nouveaux décès étaient prévisibles d’ici décembre et a appelé à prévenir ces nouvelles morts, dans un pays où la vaccination est gratuite et facile d’accès. Contrairement à d’autres pays dans le monde.

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