Dans la course à la vaccination, «deux Amériques» face à face

La première dame Jill Biden réconforte une personne alors qu'elle se fait vacciner contre Covid-19 lors d'une visite du site de l'Isaac Middle School à Phoenix, Arizona, le 30 juin dernier.
Photo: Carolyn Kaster Associated Press La première dame Jill Biden réconforte une personne alors qu'elle se fait vacciner contre Covid-19 lors d'une visite du site de l'Isaac Middle School à Phoenix, Arizona, le 30 juin dernier.

La barre était haute, mais atteignable. Elle ne sera finalement pas atteinte. Début mai, la campagne de vaccination contre la COVID-19 aux États-Unis montrant de premiers signes d’essoufflement, Joe Biden fixe un objectif : que 70 % des adultes américains aient reçu au moins une dose le 4 juillet, jour de la fête nationale. Un cap qu’il espère célébrer en grande pompe, tel le symbole d’une Amérique conquérante dans sa quête d’un vaccin, efficace dans sa distribution et récompensée par une liberté enfin retrouvée. Une sorte d’« Independence Day » version 2021.

Deux mois plus tard, la réalité sanitaire n’a certes rien d’infamant pour le successeur de Donald Trump, qui prit en janvier les rênes d’un pays endeuillé alors par 4000 décès quotidiens du coronavirus. Le nombre de morts s’établit actuellement à environ 220 par jour, celui des cas positifs autour de 13 000, quinze fois moins qu’en début d’année. Et si le cap des 70 % de vaccinés est manqué, il l’est de peu, plus de 67 % des plus de 18 ans ayant déjà reçu au moins une injection d’un des trois vaccins homologués dans le pays — Pfizer, Moderna et Johnson & Johnson.

Cela reste néanmoins un pari raté pour le président démocrate, tiraillé entre l’envie — humaine et politique — de célébrer l’immense chemin accompli et la volonté de ne pas crier victoire trop tôt, afin d’éviter un rebond épidémique alimenté à la fois par la résistance vaccinale et par la diffusion du variant delta, qui représente environ un quart des nouvelles infections.

« Parler de choses joyeuses »

Avec cette double exigence en tête, Joe Biden accueillait dimanche soir plus d’un millier de personnes dans les jardins de la Maison-Blanche, pour ce qui devait être le plus grand événement depuis le début de sa présidence. Les invités, parmi lesquels de nombreux personnels de santé et travailleurs essentiels, ont partagé un barbecue avant d’admirer les feux d’artifice tirés au-dessus du National Mall.

Pour le président, l’heure est résolument à l’optimisme. Au point qu’il s’est montré agacé vendredi face à la presse, lorsqu’un journaliste lui a posé une troisième question de suite sur la détérioration rapide de la situation sécuritaire en Afghanistan, où les troupes américaines vont bientôt achever leur retrait. « Je veux parler de choses joyeuses », a rétorqué Biden.

« C’est le 4 juillet. C’est un week-end férié, je vais le célébrer. De belles choses se passent. L’économie croît à un rythme inédit en 40 ans. Nous avons un nombre record de nouveaux emplois. Les décès de la COVID ont chuté de 90 % […] Partout en Amérique, les gens vont voir des matchs de baseball et faire des choses sympas », a martelé le président, qui a associé dans son agenda ce jour de fête nationale au coup d’envoi d’un « Summer of freedom », un été de liberté retrouvée.

Ce week-end festif marque, de fait, un retour au voyage et à la liberté de mouvement, fortement entravée depuis près d’un an et demi. Dès le milieu de la semaine, les files d’attente se sont allongées dans les aéroports des grandes villes américaines. Selon l’American Automobile Association (AAA), plus de 47 millions de personnes devaient voyager entre jeudi et lundi, dont 3,5 millions par avion. Un chiffre équivalent à celui de 2019 et en hausse de 40 % par rapport à l’an dernier.

Ces nombreux déplacements, et les rassemblements festifs prévus tout au long du week-end, alimentent la crainte d’un rebond de l’épidémie, en particulier dans les régions où la couverture vaccinale est la plus faible. Car sur ce sujet comme sur tant d’autres aux États-Unis, les disparités géographiques sont criantes, alimentées majoritairement par les clivages politiques.

Fossé partisan

Selon un sondage Washington Post-ABC News publié dimanche, 86 % des démocrates ont reçu au moins une dose de vaccin et 7 % disent en avoir l’intention. Côté républicains, ils ne sont que 45 % à avoir reçu au moins une injection et 4 % supplémentaires à l’envisager. Ce fossé se retrouve de manière frappante dans les statistiques officielles. Les 24 États et territoires américains (Washington DC, Puerto Rico, Guam) ayant le taux de vaccination le plus élevé ont tous, sans exception, voté pour Joe Biden à la présidentielle de novembre dernier. Et inversement.

Dans la forteresse démocrate de Californie par exemple, près de 75 % des adultes ont reçu au moins une dose, soit 8 points de plus que la moyenne nationale. Le Vermont est à plus de 85 %, le Massachusetts à 82 %, New York à 72 %. C’est 11 points de plus que le bastion républicain du Texas (62 %). Trois États, dont le Mississippi qui referme le classement avec 46,3 % d’adultes vaccinés, n’ont pas encore franchi la barre des 50 %.

Devant la propagation du variant delta, plus contagieux, les autorités fédérales ne cessent de renouveler leur appel à la vaccination. Elles ont toutefois peu de chances d’être entendues par les premiers concernés, à en croire le sondage évoqué précédemment : 57 % des républicains estiment en effet que les autorités « exagèrent » le risque du variant Delta, contre 39 % des indépendants et 12 % des démocrates.

Invité dimanche de l’émission politique de la chaîne NBC, l’épidémiologiste Anthony Fauci, visage de la lutte contre la COVID-19 aux États-Unis, a prédit l’émergence de « deux sortes d’Amérique » selon le taux de vaccination. « Je ne crois pas que nous verrons de poussée au niveau national, car nous avons heureusement une part substantielle de la population vaccinée. Cela va être régional, a-t-il déclaré. Dans certains États, certaines villes où le niveau de vaccination est bas et le niveau de dissémination du virus élevé, vous verrez des flambées. » 

Un 4 juillet au goût de victoire

Washington —​Le président américain Joe Biden a célébré dimanche lors de la fête nationale une Amérique qui a « pris le dessus » sur la COVID-19, tout en appelant ses compatriotes à se faire vacciner contre un virus qui n’a pas encore été « vaincu ». Le 4 juillet, qui commémore la déclaration d’indépendance de 1776, « est une célébration particulière cette année, car nous sortons d’une année sombre », a-t-il dit devant un millier d’invités, à la Maison-Blanche. Dans une allocution courte et combative, le président a assuré : « Nous n’avons jamais été aussi proches de déclarer notre indépendance face au virus ». Joe Biden avait invité des soignants, des soldats et d’autres travailleurs dits « essentiels » à partager un barbecue et à admirer les traditionnels feux d’artifice. Pendant que le président parlait, de nombreuses personnes se pressaient déjà tout au long du Mall, la célèbre esplanade du centre de Washington, pour être aux premières loges des feux d’artifice. Le président démocrate, qui se veut l’homme du rassemblement, de la réconciliation d’un pays traversé de multiples fractures, ne pouvait manquer l’occasion de la fête nationale pour lancer un appel à l’unité. « Nous sommes les États-Unis d’Amérique. Et il n’y a rien que nous ne puissions faire, si nous le faisons ensemble », a-t-il déclamé.

Agence France-Presse

La montée du variant Delta s’accélère

Les inquiétudes montent dans le monde face au variant Delta, qui pourrait entraîner une nouvelle vague de la pandémie. Celle-ci a accéléré cette semaine dans toutes les régions du monde, sauf en Amérique latine.

 

La Russie, qui continue d’être frappée de plein fouet par une nouvelle vague portée par le variant Delta, a annoncé dimanche avoir recensé 25 142 nouvelles contaminations à la COVID-19 lors des dernières 24 heures, un record depuis le 2 janvier.

 

Devant la progression du variant Delta, le débat enfle en Europe sur la vaccination des soignants. En Italie, 300 d’entre eux ont saisi la justice en vue d’obtenir la levée de l’obligation faite au personnel médical et sanitaire de se vacciner contre la COVID-19, selon la presse. En France, à l’inverse, une centaine de médecins ont demandé au gouvernement de rendre la vaccination obligatoire pour les soignants des hôpitaux et des maisons de retraite « avant le début du mois de septembre » afin d’« éviter une quatrième vague ».

 

En Asie, l’Indonésie a imposé samedi un confinement partiel dans la capitale Jakarta, sur l’île principale de Java et à Bali, face à une vague sans précédent d’infections. Au Bangladesh, qui a imposé depuis jeudi un confinement face à une hausse « inquiétante et dangereuse » du nombre de cas, les hôpitaux et familles des victimes n’arrivent plus à faire face au rythme de contaminations dans la ville de Khulna (sud-ouest), devenue l’épicentre de la nouvelle vague. Les cimetières sont incapables de gérer l’afflux soudain de décès dans les villes voisines.



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