Obama accuse Trump de violer les principes fondamentaux de la démocratie

Dans une de ses rares apparitions publiques, l’ancien président américain Barack Obama a estimé, mardi, que Donald Trump avait violé «les principes fondamentaux» de la démocratie en promouvant la thèse fallacieuse d’une fraude électorale. On voit ici les deux anciens présidents à Washington, en 2016.
Photo: Win McNamee/Getty Images/AFP Dans une de ses rares apparitions publiques, l’ancien président américain Barack Obama a estimé, mardi, que Donald Trump avait violé «les principes fondamentaux» de la démocratie en promouvant la thèse fallacieuse d’une fraude électorale. On voit ici les deux anciens présidents à Washington, en 2016.

Un « grand mensonge » utilisé pour miner le système électoral américain et réduire l’accès au vote.

Pour l’ex-président américain Barack Obama, son successeur, Donald Trump, a violé « les principes fondamentaux » de la démocratie en promouvant la thèse fallacieuse d’une fraude électorale qui aurait porté Joe Biden au pouvoir et, surtout, en ne reconnaissant jamais sa défaite depuis novembre dernier.

Dans une de ses rares apparitions publiques, le démocrate a dit également craindre que cette stratégie ne finisse par saper la légitimité des élections américaines en nourrissant, entre autres, des campagnes dans plusieurs États américains contrôlés par les républicains dont l’objectif est de limiter l’accès des minorités aux urnes.

« Ce que nous avons vu, c’est que mon successeur, l’ancien président, a violé ce principe fondamental selon lequel vous comptez les votes puis vous déclarez un gagnant. Il a fabriqué et inventé à la place un tas de foutaises », a affirmé lundi Barack Obama par vidéoconférence dans le cadre d’une campagne de financement virtuelle du Parti démocrate.

L’ex-président était accompagné de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et de l’ex-procureur général des États-Unis, Eric Holder.

« Une ampleur inattendue »

« Ce qu’on a appelé “le grand mensonge” prend une ampleur inattendue », a-t-il ajouté. Depuis janvier dernier, dans plusieurs États comme la Géorgie, la Floride, l’Arizona ou le Texas, ces affirmations non fondées ont en effet justifié l’adoption de lois pour restreindre l’exercice du vote, particulièrement par anticipation ou par la poste, et pour favoriser le vote républicain par le redécoupage des cartes électorales.

La semaine dernière, les républicains du Sénat ont également bloqué l’adoption d’une loi fédérale cherchant à uniformiser et à protéger le droit et l’accès au vote dans l’ensemble du pays. Les démocrates, promoteurs de cette législation phare du gouvernement Biden, espèrent pouvoir revenir à la charge dans les prochains mois pour la faire adopter.

Ce qu’on a appelé “le grand mensonge” prend une ampleur inattendue 

« Voici la trame de fond : si nous n’arrêtons pas ce genre de chose maintenant, ce que nous allons voir, ce sont des élections de plus en plus contestées, a dit Barack Obama. Nous allons assister à une nouvelle délégitimation de notre démocratie, par rupture de l’accord de base qui a maintenu cette magnifique expérience démocratique durant toutes ces années »

Alors que les allégations de fraudes électorales continuent, plus de six mois après le scrutin présidentiel, à galvaniser les troupes du politicien populiste et ex-vedette de la téléréalité, les déclarations de Barack Obama s’ajoutent à une série de signaux d’alarme activés dans les dernières semaines, dans le camp démocrate comme dans le camp républicain modéré, afin de sensibiliser les Américains à l’importance de protéger le cadre démocratique du pays.

Giuliani suspendu

Jeudi dernier, la Cour suprême de l’État de New York a suspendu l’avocat personnel de Donald Trump et ancien maire de New York Rudy Giuliani et lui a interdit d’exercer le droit en raison des déclarations mensongères qu’il a faites au lendemain des élections pour tenter de faire réélire l’ex-président, et ce, contre la volonté des urnes.

« On ne peut qu’insister sur la gravité des fautes » de Rudy Giuliani, a écrit la Cour dans sa décision. « Ce pays est ravagé par des attaques visant la légitimité de l’élection de 2020 et de notre président actuel, Joseph R. Biden. […] Les déclarations mensongères visent à éroder la confiance dans nos élections et dans le gouvernement en général », ont précisé les magistrats, en soulignant que cela a terni « la réputation de toute la profession » des avocats.

Sans jamais en apporter la preuve, M. Giuliani a affirmé à plusieurs reprises que le vote avait été truqué dans plusieurs États.

Dimanche, dans une entrevue publiée dans The Atlantic, l’ex-secrétaire à la Justice William Barr, un ancien allié de Donald Trump, a qualifié de « conneries » les affirmations de l’ex-occupant de la Maison-Blanche sur une fraude électorale, que ses services n’ont jamais réussi à confirmer malgré les enquêtes lancées.

Pour sa part, le sénateur républicain Mitt Romney a comparé les accusations de vol d’élection proférées par Donald Trump aux combats de lutte de la WWE diffusés à la télé : « C’est divertissant, mais ce n’est pas vrai. »

Samedi, CNN a rapporté les paroles de plusieurs partisans de l’ex-président assistant à un rassemblement politique en sa présence en Ohio. Des propos qui laissent entendre que cette histoire de fraude est, pour eux, bel et bien une réalité. « Les militaires savent qu’il y a eu une fraude et qu’il [Trump] a été élu avec plus de 80 % des voix », a dit l’un d’eux, qui se fait le porte-voix des fausses informations qui circulent dans les espaces conspirationnistes, qui annoncent par ailleurs le retour de l’ex-président à la Maison-Blanche en août prochain. Aucun mécanisme juridique n’existe toutefois pour concrétiser ce qui tient surtout du fantasme et de l’obscurantisme.

Dans un souci de préserver l’intégrité du processus électoral, les autorités du comté de Maricopa, en Arizona, ont annoncé lundi leur intention de remplacer l’ensemble des machines à voter pour les prochaines élections de 2022. Les responsables du scrutin indiquent ne plus faire confiance aux machines actuelles. Depuis plus d’un mois, celles-ci se trouvent entre les mains d’employés de la compagnie Cyber Ninjas, mandatée par des proches de Donald Trump pour découvrir une fraude électorale dans ce comté dans le cadre d’un audit contesté des résultats du dernier scrutin. Deux audits précédents n’ont pas réussi à démontrer une fraude.

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