Un sommet «constructif» pour Poutine et Biden

Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, les relations se sont tendues entre les États-Unis et la Russie. Dans ce contexte, la rencontre entre les deux chefs d’État mercredi en Suisse était attendue. 
Photo: Patrick Semansky Associated Press Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, les relations se sont tendues entre les États-Unis et la Russie. Dans ce contexte, la rencontre entre les deux chefs d’État mercredi en Suisse était attendue. 

Pas de surprise, mais un début de rétablissement du cadre diplomatique entre les États-Unis et la Russie. Mercredi, au terme de la rencontre au sommet entre Vladimir Poutine et Joe Biden, les deux hommes se sont entendus sur le retour dans chaque pays de leurs ambassadeurs respectifs.

Anatoly Antonov avait été rappelé en Russie en mars dernier, après que le président américain eut affirmé, lors d’une entrevue télévisée, que Vladimir Poutine était un « tueur ». Les assassinats (ou tentatives d’assassinat) de ses opposants politiques par les services secrets russes expliquent en partie le qualificatif.

En avril, le Kremlin avait suggéré à l’ambassadeur américain en Russie, John Sullivan, de rentrer aux États-Unis pour des consultations avec la Maison-Blanche et avait expulsé dans la foulée une dizaine de diplomates américains de son territoire. Le geste était une riposte aux sanctions imposées à Moscou par Washington au terme d’enquêtes sur les cyberattaques russes ayant ciblé la démocratie et plusieurs institutions américaines.

Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, les relations se sont tendues entre les deux pays.

Dans ce contexte, la rencontre entre les deux chefs d’État mercredi en Suisse était attendue. Elle devait durer entre quatre et cinq heures, selon la Maison-Blanche, mais elle s’est finalement conclue en fin d’après-midi à Genève après trois heures de discussions.

Au sortir de la rencontre, le président russe, premier à prendre la parole lors des deux conférences de presse séparées, a assuré qu’il « n’y a pas eu d’animosité » entre son homologue américain et lui. « Au contraire, notre rencontre s’est tenue dans un esprit constructif », a-t-il dit.

Dialogue sur la cybersécurité

Joe Biden et Vladimir Poutine se sont entre autres entendus sur l’amorce d’un dialogue entre les deux pays sur la question de la cybersécurité. La Russie et les États-Unis s’accusent mutuellement de cyberattaques depuis plusieurs années.

Devant les journalistes, le président russe a toutefois nié l’implication de son pays dans les attaques en ligne qui ont ciblé plusieurs institutions américaines, parmi lesquelles les instances électorales. Les gestes belliqueux faits en ligne à l’échelle mondiale proviennent d’ailleurs « la plupart du temps du territoire américain », a-t-il assuré.

Les États-Unis voulaient profiter de cette rencontre pour établir des « garde-fous » afin d’interdire les attaques « d’infrastructures sensibles » entre les États en temps de paix. Un sujet qui, à en juger par les commentaires du maître du Kremlin, n’a pas capté son attention.

Pour sa part, Joe Biden a qualifié de « positive » la tonalité de cette rencontre au sommet, lors de laquelle il « a fait ce qu’il était venu faire », a-t-il dit lors de sa conférence de presse, tenue dans la foulée de celle de son homologue russe.

Le président américain a mis une fois de plus M. Poutine en garde contre toute tentative d’ingérence de la Russie dans le processus électoral américain. « J’ai clairement dit que nous ne tolérerions pas les tentatives de violation de notre souveraineté démocratique ou de déstabilisation de nos élections démocratiques, et que nous répondrions », a déclaré M. Biden.

Le président américain a assuré que Vladimir Poutine ne cherchait pas une guerre froide avec les États-Unis. « C’est la dernière chose qu’il veut », a dit Biden, pour qui la rencontre a été l’occasion de défendre l’« ordre du jour du peuple américain » et de promouvoir les valeurs démocratiques et de liberté chères aux États-Unis, dont les droits de la personne font partie.

Le cas d’Alexeï Navalny

« Je lui ai dit que ces droits vont toujours être défendus », a déclaré M. Biden, qui a réaffirmé à son homologue russe que la mort de l’opposant politique Alexeï Navalny actuellement dans les geôles du pays, après une tentative d’assassinat par empoisonnement pour s’être politiquement opposé à Vladimir Poutine, serait « désastreuse pour la Russie ».

L’occupant de la Maison-Blanche a par ailleurs qualifié de « ridicule » la comparaison faite par Poutine après la rencontre entre cet emprisonnement et les arrestations aux États-Unis des émeutiers impliqués dans l’attaque du Capitole le 6 janvier dernier, à Washington. Rappelons que Navalny revendique la démocratisation de la Russie et la tenue d’élections libres alors que les insurgés américains tentaient, à l’appel du populiste Donald Trump, d’empêcher la certification du vote officielle, tenu dans le cadre démocratique américain, par le pouvoir législatif des États-Unis.

Le président démocrate a également rappelé à Vladimir Poutine l’« engagement indéfectible » des États-Unis et de son gouvernement « envers la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine », un pays placé au cœur des tensions territoriales avec Moscou.

« Sur beaucoup de questions, nos évaluations divergent, mais les deux parties ont démontré un désir de se comprendre l’un l’autre et de chercher les moyens de rapprocher les positions », a indiqué le président russe.

Le sommet américano-russe de Genève a permis aux deux présidents de se parler, sans toutefois réussir à les rapprocher davantage. Tout en estimant avoir usé de « la même langue » avec Joe Biden lors de cette réunion, Vladimir Poutine a indiqué qu’il n’avait pas noué avec le nouveau président américain une amitié durable.

En 2011, Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, avait dit à M. Poutine, qui était alors le premier ministre russe, avoir l’impression en le regardant dans les yeux qu’il n’avait « pas d’âme ». En souriant, Poutine lui aurait répondu : « Nous nous comprenons. »

Mercredi, à Genève, invité par les journalistes à revenir sur cette anecdote pour confirmer ou pas l’absence persistante d’âme chez Poutine après trois heures de réunion, le président américain a préféré ne pas répondre.

 

À voir en vidéo:



À voir en vidéo