Des vacances et un vaccin à New York

Peu à peu, New York commence à ressembler à ce qu’elle était avant. Et le tourisme y reprend doucement.
Photo: Ed Jones Agence France-Presse Peu à peu, New York commence à ressembler à ce qu’elle était avant. Et le tourisme y reprend doucement.

New York revit peu à peu. La plupart des restrictions sanitaires ayant été levées depuis la mi-mai, la vaccination allant bon train et le nombre de nouveaux cas par jour continuant de diminuer, des touristes viennent profiter d’un certain retour à la normale dans la Grosse Pomme. Si la plupart d’entre eux viennent de l’intérieur des États-Unis, d’autres viennent de plus loin pour avoir accès au vaccin.

Presque tout le monde est là. Batman et Captain America sont à Times Square, où les néons publicitaires et écrans géants scintillent. Des touristes flânent, munis de leur perche à égoportrait. Un homme se promène avec sa radio, faisant résonner l’emblématique chanson Empire State of Mind de JAY-Z et Alicia Keys. En soirée, des acrobates s’adonnent à un spectacle de sauts, sous les applaudissements d’une masse de spectateurs agglutinés. Les tables des restaurants sont occupées… Peu à peu, la ville qui ne dort jamais commence à ressembler à ce qu’elle était avant — à la différence près que les protocoles sanitaires rappellent que la pandémie n’est pas finie : prise de température pour entrer dans les salles à manger intérieures ou encore port du masque dans les musées.

Photo: Clémence Pavic Le Devoir À Times Square, des touristes flânent non loin des néons publicitaires et des écrans géants scintillants, munis de leur perche à égoportrait.

Cet été, près de 10 millions de personnes — principalement venues des États-Unis — devraient visiter New York, selon les estimations de NYC Company, l’agence officielle chargée du marketing touristique de la ville. Mais si la situation s’améliore, le tourisme est loin de s’être complètement remis et ne devrait pas revenir à la normale avant 2024, rappelle l’organisation. En 2019, 66,6 millions de touristes avaient visité New York, un record, mais seulement 36,4 millions sont attendus en 2021.

En profiter pour se faire vacciner

Dans un effort pour relancer le tourisme malgré les restrictions de voyage à l’international, la Ville de New York invite, depuis quelques semaines, les touristes étrangers à y séjourner et à s’y faire vacciner gratuitement. « La Ville de New York accueille tout le monde pour recevoir un vaccin contre la COVID-19 », peut-on lire sur une affiche dans le métro, montrant la statue de la Liberté les bras grands ouverts.

Un appel auquel ont répondu Amaury Hernandez et sa conjointe, Carolina Fandino, venus de la Colombie pour profiter de visiter la ville à moindre prix et, en même temps, pour pouvoir se faire vacciner. « On a chacun reçu notre dose de Johnson & Johnson dès notre première journée, se réjouit M. Hernandez. En Colombie, le vaccin est encore réservé aux personnes de 50 ans et plus. Quand on a vu que le maire de New York, Bill de Blasio, invitait les touristes à se faire vacciner, on a sauté sur l’occasion. »

Pour voyager, le couple n’a eu qu’à faire un test de dépistage avant son départ pour pouvoir entrer aux États-Unis. Ils n’ont pas eu besoin de faire une quarantaine à leur arrivée à New York, et n’auront pas à en faire une à leur retour — pour autant que leur test soit négatif.

 
Photo: Clémence Pavic Le Devoir Amaury Hernandez et sa conjointe, Carolina Fandino, sont venus de la Colombie pour profiter de visiter la ville à moindre prix et, en même temps, pour pouvoir se faire vacciner.

Assis dans le petit salon de l’hôtel Pod 51 à Manhattan, le couple prépare son programme pour la semaine. Ils prévoient visiter Brooklyn, se promener dans Central Park, voir l’Empire State Building… « Ça fait tellement de bien de voyager après un an à être restés complètement enfermés. La vie reprend ! » dit Amaury Hernandez, dans un soupir de soulagement, content de faire découvrir New York à sa conjointe qui y vient pour la première fois. « C’est tellement mieux en ce moment pour voyager, car il y a moins de monde et donc moins d’attente pour les activités. Je dois toutefois dire que c’était quand même plein à Times Square », confie-t-il avec un certain étonnement.

Un retour à la normale attendu

Mais malgré un certain rebond touristique souligné par la fin de semaine du Memorial Day, la pandémie pèse encore lourd sur le secteur, souligne Vijay Dandapani, p.-d.g. de l’Association des hôtels de la ville de New York (HANYC). 

Selon STR, une société d’analyse et de données hôtelières, le taux d’occupation des hôtels à New York est bel et bien à la hausse. Pour la semaine du 22 mai, il frôlait les 41 % selon leurs calculs.

Avant la pandémie, ce taux avoisinait 90 % selon M. Dandapani. « Et ce n’est pas le seul élément à prendre en considération, ajoute-t-il. Il y a aussi les prix des chambres, qui sont aussi vraiment en dessous de la normale. Ça continue de faire des pertes d’argent importantes. »
 

 


Dans le magasin Gift on the Square, au coin de l’iconique place Times Square, les clients ne se bousculent pas. Au comptoir, le gérant, Daniel Zambrzycki attend patiemment qu’un touriste pointe le bout de son nez. « En temps normal, le magasin serait plein, confie-t-il. J’aurais trois employés pour servir les clients et on ne pourrait pas être en train d’avoir cette conversation, car il y aurait trop de monde », dit celui qui espère que les frontières internationales rouvriront bientôt.

Depuis quelques jours, M. Zambrzycki a lui aussi remarqué « une certaine hausse » du nombre de touristes, même si le nombre de clients qu’il accueille chaque jour dans sa boutique reste encore largement inférieur à ce qu’il était avant la pandémie. « En ce moment, j’ai environ 100 clients durant les jours de fin de semaine, et la moitié en semaine », évalue-t-il, en sortant quelques reçus de sa caisse pour les compter. Cela représente une chute de 90 % de ses ventes par rapport à 2019, estime M. Zambrzycki. « Le propriétaire est arrangeant pour le loyer, mais ça reste compliqué financièrement », déplore-t-il.

Photo: Clémence Pavic Le Devoir Depuis quelques jours, M. Zambrzycki a lui aussi remarqué «une certaine hausse» du nombre de touristes.

De son côté, Emma Guest-Consales, guide touristique et présidente à l’Association des guides de la ville de New York (GANYC), estime que l’augmentation du nombre de personnes qui fréquentent les attractions touristiques est très prometteuse « pour des centaines de guides touristiques professionnels, dont beaucoup sont sans travail depuis plus d’un an ».

New York est l’une des plus importantes destinations touristiques au monde, rappelle-t-elle. « Le tourisme y génère plusieurs milliards de dollars. C’est une part très importante de notre économie, et nous sommes heureux de voir que la ville prend cela au sérieux en essayant d’attirer des touristes. »

Mme Guest-Consales se montre « optimiste » quant à l’avenir du tourisme à New York. « J’ai le sentiment que les gens veulent voyager ! Les gens veulent changer d’air, et ils se sentent en confiance grâce au vaccin », estime-t-elle.

 

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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