De retour sur scène, Trump entretient le suspense sur une nouvelle candidature

Contrairement aux énormes rassemblements, alors qu’il remplissait des arènes sportives lorsqu’il était président, Donald Trump a affronté une foule de plusieurs centaines de républicains de Caroline du Nord.
Photo: Melissa Sue Gerrits Getty Images via Agence France-Presse Contrairement aux énormes rassemblements, alors qu’il remplissait des arènes sportives lorsqu’il était président, Donald Trump a affronté une foule de plusieurs centaines de républicains de Caroline du Nord.

Flirtant avec une nouvelle candidature présidentielle en 2024, Donald Trump, banni des réseaux sociaux, a donné samedi son premier discours télévisé depuis des mois en avertissant que la « survie de l’Amérique » dépendait d’une victoire républicaine lors des élections parlementaires l’an prochain.

Si l’ex-président américain a retrouvé sa musique de campagne, le ton était plus posé, contenu, devant les quelque 1200 invités à la convention du parti républicain de Caroline du Nord que lors de ses célèbres grands rassemblements.

Lors d’un discours fleuve d’environ 1 h 30 à Greenville, dans le sud-est des États-Unis, le milliardaire âgé de 74 ans a de nouveau effleuré l’idée d’une nouvelle candidature en 2024, « une année que j’attends avec impatience », sous les applaudissements.

L’ancien président a toutefois promis d’être d’abord actif pour aider les campagnes électorales de ses alliés lors de la lutte de l’année prochaine pour le contrôle du Congrès. Il a demandé aux républicains de soutenir les candidats qui partagent ses valeurs lors des élections de mi-mandat de l’année prochaine alors qu’il amorce une phase plus active de sa vie post-présidentielle.

 
66 %
C'est le pourcentage de républicains qui aimeraient voir Donald Trump se présenter aux élections en 2024, selon un récent sondage national de l’Université Quinnipiac.

Il a pris la parole en ouverture de convention dans ce qui devrait être le début d’une nouvelle série de rassemblements et d’événements publics. L’ancien président espère utiliser de tels événements pour se faire entendre avant une autre éventuelle course présidentielle. Ses conseillers envisagent déjà des apparitions ultérieures dans l’Ohio, la Floride, l’Alabama et la Géorgie pour aider à renforcer les candidats républicains et à dynamiser les électeurs.

Il a profité de cette tribune pour répéter ses allégations infondées de fraudes électorales massives lors de la présidentielle de novembre 2020. « Cette élection restera dans l’Histoire comme le plus grand crime du siècle », a lancé celui qui n’a toujours pas explicitement reconnu la victoire de son successeur démocrate, Joe Biden, près de cinq mois après avoir quitté la Maison Blanche.

Dans le public, une femme portait une casquette avec le message: « Trump a gagné ».

Silencieux, mais influent

Banni des réseaux sociaux depuis l’assaut meurtrier du Capitole le 6 janvier par ses partisans, qui dénonçaient le « vol » de l’élection, le milliardaire n’avait pas prononcé de discours télévisé depuis février.

Malgré ce silence, il reste toujours aussi influent chez les républicains et, se posant en faiseur de rois, distribue, par voie de communiqués quotidiens, ses soutiens électoraux pour les élections parlementaires des élections de mi-mandat de novembre 2022... ou les critiques au vitriol de ses ennemis.

« La survie de l’Amérique dépend de notre capacité à élire des républicains à tous les niveaux, en commençant pas les élections de mi-mandat l’année prochain », a-t-il déclaré.

Immigration clandestine « à des niveaux record », « nos entreprises pillées par des cyberattaques étrangères », le prix de l’essence « qui explose », il a dépeint une image calamiteuse du début de mandat de Joe Biden. « L’Amérique est méprisée et humiliée sur la scène mondiale », s’incline « devant la Chine », a-t-il accusé. Il a consacré une grande partie de ses remarques à dénoncer l’administration du président Joe Biden, qu’il a qualifié « d’administration de gauche la plus radicale de l’histoire ».

« Alors que nous nous réunissons ce soir, notre pays est détruit sous nos yeux », a-t-il déclaré.

Le 45e président des États-Unis a aussi repris d’autres grands sujets populaires chez les républicains, comme la défense du droit de porter des armes, l’« endoctrinement » supposé des écoliers dans les écoles publiques où l’on parle du racisme, provoquant des applaudissements.

Le public est en revanche resté silencieux lorsqu’il s’est dit « très fier » d’avoir acheté « des milliards de dollars de ce vaccin avant même que nous sachions qu’il fonctionnait ». « Nous avons sauvé des millions et des millions de vies », a-t-il martelé, sans susciter de réaction.

Les États-Unis affichent le plus lourd bilan au monde, avec près de 600 000 morts de la COVID-19.

Très proche de sa famille, l’ex-président a un instant laissé la place à sa belle-fille Lara Trump pour annoncer qu’après des mois de rumeurs, elle ne se présenterait finalement pas pour un siège au Sénat américain en raison d’obligations familiales. « Je dis non pour l’instant, pas non pour toujours », a déclaré Lara Trump.

Quelques minutes plus tard, Donald Trump a annoncé son soutien au représentant Ted Budd lors de la primaire républicaine de l’État, donnant une gifle à l’ancien gouverneur Pat McCrory, qui a critiqué les mensonges de Donald Trump sur les élections de 2020. « Vous ne pouvez pas choisir des gens qui ont déjà perdu deux courses et qui ne défendent pas nos valeurs », a déclaré Donald Trump.

Le magnat de l’immobilier a aussi dénoncé les « procureurs de la gauche radicale à New York », alors qu’un grand jury y a été mis en place en mai pour déterminer les charges qui pourraient peser contre lui ou son groupe.

Atout électoral

Malgré le traumatisme de l’attaque du Capitole et sa théorie, démontée maintes fois par les tribunaux, d’une fraude électorale, rares sont les républicains qui se sont distancés de Donald Trump. Car beaucoup le voient encore comme un atout précieux pour les midterms, au cours desquelles ils espèrent reprendre le contrôle du Congrès. Une influence inédite pour un président américain pourtant vaincu au bout d’un seul mandat.

« Plus de 400 000 morts américains, des millions d’emplois perdus et une rhétorique dangereuse ne sont apparemment pas suffisants pour que les républicains rompent avec un président perdant qui leur a coûté la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre », a taclé un porte-parole du parti démocrate, Ammar Moussa.

Accusé par la Chambre des représentants d’« incitation à l’insurrection » dans l’assaut du Capitole, Donald Trump avait été acquitté par le Sénat en février au terme d’un second procès en destitution, faute de voix suffisantes du côté républicain.

Alors que Donald Trump a dû redoubler d’efforts pour faire entendre sa voix depuis qu’il a quitté ses fonctions, il reste une force dirigeante du Parti républicain. Un récent sondage national de l’Université Quinnipiac a révélé que 66% des républicains aimeraient le voir se présenter aux élections, bien que le même nombre d’Américains dans l’ensemble aient déclaré qu’ils préféreraient qu’il ne le fasse pas.

La « prochaine fois »

Provocateur, Donald Trump avait lâché vendredi que « la prochaine fois » qu’il serait à la Maison Blanche, il n’inviterait pas le patron de Facebook Mark Zuckerberg, outré d’avoir été suspendu sur le réseau social pendant deux ans. Une décision sans précédent.

Également banni de Twitter, l’ex-président a encore épinglé le patron de Facebook samedi: « On ne peut pas laisse ce genre d’individu mener notre pays ».

Quant à un retour sur la plateforme ? « Je ne suis pas vraiment intéressé ».

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo