La Californie déjà en proie à la sécheresse

Les propriétaires de plusieurs dizaines de bateaux amarrés sur le lac d’Oroville ont été contraints cette semaine de les faire tracter hors de l’eau, sous peine qu’ils s’échouent et soient endommagés.
Photo: Patrick T. Fallon Agence France-Presse Les propriétaires de plusieurs dizaines de bateaux amarrés sur le lac d’Oroville ont été contraints cette semaine de les faire tracter hors de l’eau, sous peine qu’ils s’échouent et soient endommagés.

L’été n’a pas encore commencé, et le niveau du lac d’Oroville, deuxième barrage de Californie importance qui alimente en eau une grande partie de l’État, est déjà moitié moins élevé que la normale, symptôme préoccupant de l’aggravation de la sécheresse chronique qui sévit dans la région.

Dès le 10 mai, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a décrété l’état d’urgence lié à la sécheresse dans plus de 40 comtés. Celui de Butte, où se situe le barrage d’Oroville, est déjà classé au niveau « exceptionnel », le plus élevé. Et la situation, aggravée par les effets du changement climatique dans tout l’ouest des États-Unis, ne devrait pas s’améliorer avant le retour des précipitations, dans cinq ou six mois.

« Le niveau du réservoir est beaucoup plus bas que nous le voudrions, bien plus bas que d’habitude à cette époque de l’année. Il est à environ 47 % de la moyenne », dit à l’AFP John Yarbrough, un responsable du Département des ressources en eau de Californie, en montrant la terre craquelée qui forme les parois du lac.

En 2019, « une bonne année », l’eau atteignait la limite des arbres qui bordent le barrage, soit une cinquantaine de mètres plus haut qu’actuellement, se souvient l’expert. Les riverains interrogés par l’Agence France-Presse disent ne jamais avoir vu ça. Et beaucoup, incrédules, renvoient au mois de février 2017, lorsqu’ils avaient dû évacuer la zone, car le barrage débordait sous l’effet de pluies torrentielles et risquait de les engloutir.

La neige s’évapore

« Quand nous entrons dans une année comme celle-ci avec un réservoir bas et des conditions vraiment sèches dans tout l’État, il y a de quoi s’inquiéter », lâche John Yarbrough. Car le lac d’Oroville, construit dans les années 1960 au confluent de trois rivières, est l’élément clé du « State Water Project », colossal réseau de 21 barrages et de plus d’un millier de kilomètres de canaux et de tuyaux qui acheminent l’eau du nord de la Californie vers le sud, plus peuplé et bien plus sec. « Ce lac fournit de l’eau potable à 27 millions de Californiens, il irrigue aussi jusqu’à 300 000 hectares de terres agricoles », souligne-t-il.

Le nord de la Californie reçoit en moyenne les deux tiers des précipitations totales de Californie, mais cette année a été particulièrement mauvaise. Au 1er avril, qui marque traditionnellement la fin des chutes de neige, les réserves de neige dans la Sierra Nevada voisine — source d’environ un tiers de l’eau utilisée en Californie — étaient seulement d’environ 60 % par rapport à la moyenne.

« En plus, ce qui est vraiment unique cette année, c’est que lorsque la neige a fondu, le ruissellement a fini par s’infiltrer dans les sols secs et par s’évaporer », sans réellement parvenir jusqu’au lac d’Oroville pour gonfler ses réserves, explique John Yarbrough. Certes, lebarrage le plus haut de Californie (234 mètres) ne sera pas à sec de sitôt, mais à la fin de la saison sèche, il devrait avoir atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, en septembre 1977.

Peur des feux de forêt

Après deux années particulièrement pauvres en précipitations et sans aucune assurance d’une amélioration dans les saisons à venir, les restrictions d’eau sont d’ores et déjà au programme. Le Département des ressources en eau, qui gère le State Water Project, a prévenu qu’il risquait de ne pas pouvoir satisfaire plus de 5 % des demandes formulées pour cette année…

Autre grave conséquence de la sécheresse : un risque d’incendie accru, ce qui inquiète particulièrement dans une région dévastée à plusieurs reprises ces dernières années par des feux de forêt d’une ampleur exceptionnelle.

Les arbres calcinés qui se dressent sur les hauteurs du lac d’Oroville sont là pour le rappeler : l’an dernier, plus de 17 000 km2 sont partis en fumée rien qu’en Californie, et 33 personnes ont péri dans les flammes, dont 15 à Berry Creek, aux portes d’Oroville. Et cette année en Californie, les incendies ont déjà consumé cinq fois plus de végétation que l’an dernier à la même époque.

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