Les républicains bloquent une commission d'enquête sur l’assaut du Capitole

Il fallait dix voix républicaines ajoutées aux 50 sénateurs démocrates pour franchir un vote de procédure et parvenir ensuite au vote final sur la création d’une commission d’enquête sur l’attaque du 6 janvier. 
Photo: J. Scott Applewhite Associated Press Il fallait dix voix républicaines ajoutées aux 50 sénateurs démocrates pour franchir un vote de procédure et parvenir ensuite au vote final sur la création d’une commission d’enquête sur l’attaque du 6 janvier. 

Des manifestants pro-Trump forçant l’entrée du Capitole, les élus fuyant l’arrivée des émeutiers, des membres armés de la sécurité tentant de protéger l’hémicycle et plusieurs morts. Malgré le profond traumatisme provoqué par le violent assaut du « temple de la démocratie américaine », démocrates et républicains n’ont pas pu parvenir vendredi à un consensus sur une commission d’enquête indépendante.

Un échec représentatif des profondes divisions qui tiraillent toujours les États-Unis, près de cinq mois après l’attaque du 6 janvier, et de la profonde influence qu’exerce encore l’ex-président Donald Trump sur son camp républicain. « Les Américains sont plus enclins à se rassembler, selon moi, que le Congrès et les élus », a d’ailleurs laissé tomber le président Joe Biden vendredi.

Il fallait dix voix républicaines ajoutées aux 50 sénateurs démocrates pour franchir un vote de procédure et parvenir ensuite au vote final sur la création de la commission d’enquête, déjà approuvée par la Chambre des représentants. Seuls six sénateurs républicains ont voté pour : Bill Cassidy, Susan Collins, Lisa Murkowski, Rob Portman, Mitt Romney et Ben Sasse.

Les autres, derrière leur chef de file Mitch McConnell, voyaient dans cette commission un « exercice purement politique » qui n’ajouterait rien aux enquêtes de police déjà en cours, avec près de 450 arrestations. Or, rétorquaient ses défenseurs, la commission aurait compris cinq membres choisis par les démocrates et cinq autres choisis par les républicains, sur le modèle exact de celle créée après le 11 Septembre, qui avait bénéficié d’un fort soutien dans les deux camps.

De quoi les républicains ont-ils « peur ? La vérité ? Avez-vous peur que le grand mensonge de Donald Trump soit démenti ? » s’est emporté vendredi le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer.

Les Américains sont plus enclins à se rassembler, selon moi, que le Congrès et les élus

Le milliardaire autoproclamé n’a jamais concédé explicitement sa défaite à la présidentielle du 3 novembre 2020. Plus de quatre mois après avoir quitté Washington, le 20 janvier, il continue d’affirmer que le scrutin lui a été volé, malgré l’échec de tous ses recours en justice pour dénoncer des fraudes massives.

« Arrêtez le vol ! » : c’est justement sous ce mot d’ordre que des milliers de ses partisans s’étaient rassemblés devant la Maison-Blanche le 6 janvier. Plusieurs centaines avaient ensuite forcé l’entrée du Capitole, où les élus certifiaient la victoire de son rival Joe Biden. Juste avant, le président sortant leur avait lancé : « Battez-vous comme des diables. »

Pour les démocrates, pas de doute : Donald Trump « a allumé la mèche » des violences.

Accusé d’« incitation à l’insurrection » par la Chambre des représentants, l’ancien président avait été acquitté par le Sénat en février au terme d’un procès en destitution, faute de voix suffisantes du côté républicain. Les chefs de son parti au Congrès avaient toutefois souligné la « responsabilité » de l’ex-président dans l’attaque, tout en martelant que le Sénat n’était pas compétent pour le juger.

Les élections dans la mire

La plupart des élus républicains sont toutefois désormais déterminés à tourner la page, avec un objectif en vue : les élections de mi-mandat — ou midterms — de novembre 2022. Ils espèrent alors reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès.

Pour Calvin Jillson, professeur de sciences politiques à la Southern Methodist University de Dallas, les chefs du « Grand Old Party » ont fait un « pari » : assumer aujourd’hui l’avalanche de critiques provoquée par leur blocage de cette commission indépendante plutôt que d’avoir à répondre aux conclusions potentiellement embarrassantes de son rapport, prévu d’ici le 31 décembre, et qui deviendrait donc le « centre d’attention » début 2022, lorsque la longue campagne des midterms aura démarré.

D’autre part, « ils craignent d’aliéner la base [d’électeurs] de Donald Trump s’ils sont trop proactifs dans l’examen des événements de janvier », renchérit Capri Cafaro, une ancienne élue démocrate de l’Ohio qui enseigne aujourd’hui à l’American University de Washington.

Interrogé sur la commission cette semaine, Mitch McConnell avait admis ses visées électorales. À l’automne 2022, les Américains « doivent se concentrer sur ce que ce gouvernement [Biden] fait au pays », avait-il commenté.

 

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