Le racisme reste bien ancré aux États-Unis, un an après la mort de George Floyd

Malgré la condamnation de Derek Chauvin, en avril dernier, pour le meurtre de George Floyd, 51 % des Américains croient toujours que les policiers à l’origine de bavures sont encore traités trop gentiment par les tribunaux du pays.
Photo: Mark Felix Archives Agence France-Presse Malgré la condamnation de Derek Chauvin, en avril dernier, pour le meurtre de George Floyd, 51 % des Américains croient toujours que les policiers à l’origine de bavures sont encore traités trop gentiment par les tribunaux du pays.

Près d’un an après le meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis, le racisme est toujours considéré comme un problème « extrêmement » ou « très » important par 6 Américains sur 10, indique un sondage de l’Associated Press, mené conjointement avec le NORC Center for Public Affairs Research, et dont les résultats ont été dévoilés vendredi.

Cette perception est partagée par 84 % des Afro-Américains vivant au pays de Joe Biden.

Plus de la moitié des Américains de descendance africaine (54 %) estiment par ailleurs que l’attention médiatique et sociale induite par cette bavure policière n’a pas fait changer ce rapport déséquilibré des forces, et 22 % croient même que la violence de la police envers les Afro-Américains n’a fait que s’empirer depuis la tragédie.

Le coup de sonde, lancé dans un bassin de 1800 personnes entre le 29 avril et le 3 mai dernier, met également en lumière une constance dans la discrimination vécue par les citoyens afro-américains lors de leur interaction avec les corps policiers. Soixante pour cent des répondants issus de cette communauté ont indiqué en être toujours victimes, contre 7 % pour les Américains blancs. Ce traitement différent, lié à la couleur de la peau, a également été ressenti dans des commerces (59 %), au moment de postuler pour un emploi (58 %) ou lors de la recherche d’un logement (53 %).

« Le racisme est une composante fondatrice de la société américaine, a résumé Kyle T. Mays, spécialiste en études afro-américaines et études amérindiennes à l’University of California, cité par l’agence de presse. Il dicte plusieurs relations entre les Afro-Américains et les Américains blancs, et ce, sans voir comment cela pourrait changer dans un avenir proche ou lointain ».

Vent d’indignation

Le 25 mai dernier, George Floyd a perdu la vie dans les rues de Minneapolis, étouffé sous le genou de Derek Chauvin. Le policier a été condamné en avril dernier pour le meurtre de l’Afro-Américain de 46 ans. Le drame, filmé par des passants, a fait souffler un vent d’indignation aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

En mars, la Chambre des représentants a adopté le George Floyd Justice in Policing Act, un projet de loi qui vise à réformer le corps policier américain en mettant fin à l’immunité dont il profite en cas de bavure entraînant la mort, et en facilitant la poursuite de policiers devant les tribunaux en cas de violation des droits constitutionnels des citoyens. Les chances de voir cette loi arriver devant le Sénat avant le premier anniversaire de la mort de Floyd restent toutefois très minces ; le projet fait face à une très forte opposition des républicains, qui estiment que le texte législatif va trop loin.

Depuis le début de l’année, 383 citoyens américains ont perdu la vie aux États-Unis, tués par des policiers. L’an dernier, 20 % des victimes de ces policiers meurtriers étaient des Afro-Américains, qui ne représentent pourtant que 13 % de la population, selon le site Mapping Police Violence.

Près de 56 % des Américains croient que la police est plus encline à faire l’usage de la force lors de ses interactions avec des citoyens de descendance africaine. C’est 7 points de pourcentage de plus qu’en juillet 2015, indique le sondage. Quatre-vingt-dix pour cent des Afro-Américains sont d’accord avec cette affirmation.

Malgré la condamnation de Derek Chauvin, en avril dernier, pour le meurtre de George Floyd, 51 % des Américains croient toujours que les policiers à l’origine de bavures sont encore traités trop gentiment par les tribunaux du pays. Il en va de même pour 72 % des Afro-Américains.

Au chapitre des solutions, l’unanimité est forte pour rendre obligatoire l’usage de caméra corporelle sur les policiers lors de leurs interactions avec les citoyens, une mesure étant appuyée par 84 % des répondants. Deux autres mesures — l’établissement de standards clairs sur l’usage de la force (82 %) et la fin de la loi du silence en incitant les policiers à dénoncer les mauvais comportements de leurs collègues (80 %) — suivent.

Par ailleurs, la réduction du financement des corps policiers, afin de transférer cet argent à des programmes sociaux venant en aide aux communautés afro-américaines, reste très peu soutenue au sein de la population : 21 % des Américains y sont favorables en général, 35 % chez les Afro-Américains.

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