L’insurrection du Capitole a été menée par des «esprits simples», plaide un avocat de la défense

Jacob Chansley, surnommé «QAnon Shaman», a été l’une des figures fortes de l’insurrection du Capitole de Washington le 6 janvier dernier.
Photo: Saul Loeb Archives Agence France-Presse Jacob Chansley, surnommé «QAnon Shaman», a été l’une des figures fortes de l’insurrection du Capitole de Washington le 6 janvier dernier.

Des « esprits simples » influencés par une propagande haineuse. L’avocat de Jacob Anthony Chansley, figure forte de l’insurrection du Capitole le 6 janvier dernier, connu sous le nom de QAnon Shaman, a refusé de s’excuser mercredi pour les propos désobligeants tenus la veille à l’endroit de la plupart des émeutiers, dont son client fait partie.

Selon lui, ces insurgés devraient être jugés au regard de leur santé mentale particulière qui aurait facilité leur manipulation par le discours haineux de Donald Trump cette journée-là.

« Beaucoup de ces accusés — et je vais utiliser ce terme familier, peut-être de manière irrespectueuse — sont tous des simples d’esprit », a dit mardi Albert Watkins au média en ligne Talking Points Memo, tout en ponctuant sa déclaration à plusieurs reprises avec le mot en « f ». « Ce sont des gens avec des lésions cérébrales, ce sont des attardés, où des gens qui sont dans ce spectre. »

Et il a ajouté : « Mais ce sont nos frères, nos sœurs, nos voisins, nos collègues. Ils font partie de notre pays. Ce ne sont pas de mauvaises personnes, ils n’ont pas d’antécédents criminels. Ils ont juste été soumis à plus de quatre ans d’une propagande que le monde n’a pas vue depuis Hitler » et la montée du nazisme en Allemagne dans les années 1930.

Ce ne sont pas de mauvaises personnes, ils n’ont pas d’antécédents criminels

 

Lors de cette entrevue, Albert Watkins a plaidé le fait que son client est atteint du syndrome d’Asperger, un trouble du spectre de l’autisme, et précisé que ce trouble, qui toutefois n’est pas lié à une déficience intellectuelle, combiné aux efforts de propagande de Donald Trump pour mobiliser ses troupes contre le dôme de la démocratie américaine, aurait joué un rôle dans ce cas.

À CNN, mercredi matin, l’avocat a maintenu que ses propos rudes à l’endroit des émeutiers, aussi « insensibles et vulgaires » qu’ils puissent être, étaient nécessaires pour attirer l’attention sur « les besoins particuliers » de son client et sur un « aspect important » pour comprendre les émeutiers du 6 janvier. Il a décliné l’invitation de l’animateur à s’excuser pour avoir utilisé le mot « attardé », une insulte dans le langage populaire aux États-Unis.

Commission d’enquête publique

Plus de quatre mois après l’attaque du Capitole par les fidèles du populiste afin de faire dérailler le processus de certification de la victoire de Joe Biden, près de 400 personnes font face désormais à des poursuites devant les tribunaux. Un nombre qui augmente chaque semaine, au fil des enquêtes menées pas les autorités pour identifier les émeutiers.

Les déclarations de l’avocat de Jacob Anthony Chansley interviennent alors que la Chambre des représentants a adopté mercredi soir, à 252 contre 175 voix, un projet de loi pour créer une commission d’enquête publique bipartisane sur l’insurrection du 6 janvier. Sur le modèle de celle créée après les attentats du 11 septembre, cette instance vise à faire l’autopsie du drame pour en comprendre la mécanique et empêcher qu’une telle chose se reproduise au sein de la démocratie américaine. 35 républicains ont appuyé le projet.

Beaucoup de ces accusés — et je vais utiliser ce terme familier, peut-être de manière irrespectueuse — sont tous des esprits simples.

 

L’adoption de cette loi par le Sénat reste toutefois incertaine. Mercredi, le leader de la minorité républicaine dans la chambre haute, Mitch McConnell, du Kentucky, a changé son fusil d’épaule en s’opposant à la tenue de cette commission après y avoir été favorable dans les jours précédents. « Après mûre réflexion, j’ai pris la décision de m’opposer à la proposition biaisée et déséquilibrée des démocrates de la Chambre pour une autre commission chargée d’étudier les événements du 6 janvier », a-t-il dit lors d’une prise de parole durant la session matinale à la Chambre haute.

Mardi, c’est le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, de la Californie, qui a appelé les républicains à voter contre, prétextant qu’il n’était pas possible pour eux d’appuyer une instance qui va se concentrer sur l’attaque mortelle de partisans de Trump contre le Congrès sans tenir compte de la « violence politique » émanant aussi de la gauche.

Les républicains, dont le parti est déchiré depuis la défaite de novembre dernier, cherchent à éloigner les regards des lourdes erreurs de leur chef dont l’influence est encore très forte sur la scène politique américaine. L’appui de 10 sénateurs républicains est nécessaire pour permettre à cette commission de voir le jour, et ce, dans un Sénat divisé à parts égales entre les deux formations politiques.

Mardi soir, un caucus bipartisan de la Chambre, composé pourtant de 29 républicains, a approuvé la tenue d’une telle commission.

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