La vaccination des adolescents fait débat aux États-Unis

Après des niveaux record, le nombre quotidien de personnes recevant une dose de vaccin contre la COVID-19 est maintenant en baisse aux États-Unis.
Photo: Frederic J. Brown Archives Agence France-Presse Après des niveaux record, le nombre quotidien de personnes recevant une dose de vaccin contre la COVID-19 est maintenant en baisse aux États-Unis.

L’autorisation imminente du vaccin de Pfizer contre la COVID-19 pour les adolescents américains pourrait relancer une campagne de vaccination qui s’essouffle aux États-Unis, mais elle suscite aussi un débat éthique alors que d’autres pays attendent toujours de vacciner leurs populations les plus à risque, faute de doses disponibles.

Le président Joe Biden s’est dit prêt à lancer « immédiatement » une campagne de vaccination des adolescents en cas d’autorisation du vaccin de Pfizer pour ces derniers. « Si cette annonce arrive, nous sommes prêts à agir immédiatement », a-t-il déclaré lors d’une allocution depuis la Maison-Blanche mardi.

Début avril, Pfizer-BioNTech a déposé une demande d’extension de l’autorisation en urgence de son vaccin pour les 12-15 ans. Les résultats de ses essais menés sur 2260 adolescents américains ont démontré « des réponses d’anticorps robustes » après les injections et que le vaccin était « bien toléré », avait fait valoir le tandem fin mars.

Lundi, des médias ont rapporté que l’Agence américaine des médicaments (FDA) devrait autoriser le vaccin de Pfizer pour cette tranche d’âge d’ici le début de la semaine prochaine. Des informations que le régulateur américain n’a pas commentées directement. « Nous assurons le public que nous travaillons à l’étude de cette demande aussi rapidement et de façon aussi transparente que possible », a simplement déclaré la FDA.

Ce vaccin est pour le moment autorisé pour les personnes de 16 ans et plus. Son extension, également en cours d’étude par l’Agence européenne des médicaments, permettrait d’ouvrir la vaccination à des millions de personnes supplémentaires.

« Il y a environ 17 millions d’enfants entre 12 et 15 ans » aux États-Unis, notait dimanche sur les ondes du réseau CBS l’ancien patron de la FDA, Scott Gottlieb. « Je pense qu’environ 5 à 7 millions pourraient se faire vacciner durant l’été. »

Un apport bienvenu, au moment où le rythme des injections réalisées chaque jour ralentit dans le pays, après un pic début avril. Environ 56 % des adultes américains ont reçu au moins une dose de vaccin (plus de 145 millions de personnes), mais le gouvernement doit aujourd’hui faire face à des difficultés d’accès à une partie de la population restante, et au scepticisme d’autres.

Aider les pays étrangers

Or, par rapport à la perspective de commencer à vacciner les adolescents dès maintenant, de nombreux experts se montrent très critiques. « Vacciner les enfants américains avant les personnes de 70 et 80 ans dans le monde n’est pas une bonne chose », a tweeté Vinay Prasad, professeur associé au département d’épidémiologie de l’Université de Californie à San Francisco.

« Dans un monde idéal où les approvisionnements sont illimités, je dirais que tout le monde doit être vacciné. Mais vacciner plus de monde aux États-Unis ne nous aidera pas si les variants en Inde ou en Asie du Sud sont hors de contrôle, et arrivent jusqu’à nous », a déclaré de son côté, en entrevue, la Dre Priya Sampathkumar, de la Mayo Clinic, une fédération hospitalo-universitaire et de recherche américaine.

« C’est avoir une vision court-termiste […] de ne pas envoyer de vaccins là où on en a le plus besoin », a-t-elle ajouté.

« La grande majorité des personnels de santé dans le monde n’ont […] aucun accès aux vaccins », a abondé Craig Spencer, urgentiste et enseignant à l’Université de Columbia. Le virus « fait rage dans le monde et nous discutons de la façon dont nous allons vacciner une population à risque très faible. »

Le gouvernement Biden a promis de fournir à d’autres pays 60 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca contre la COVID-19, pas encore autorisé aux États-Unis mais, pour de nombreux experts, ce n’est pas suffisant.

Rouvrir les écoles

Les enfants sont moins exposés aux cas graves de la maladie. Les autorités sanitaires américaines recensaient fin avril 277 morts de la COVID-19 parmi les 0-17 ans depuis le début de la pandémie (sur plus de 550 000 décès au total). Les vacciner permet ainsi surtout de protéger les adultes autour d’eux.

Si les jeunes enfants, en particulier ceux de moins de 10 ans, sont moins susceptibles de transmettre le virus, ce n’est pas forcément le cas des adolescents. Leur immunisation permettra donc de participer à freiner l’épidémie, et de tendre vers le pourcentage de population vaccinée nécessaire pour se rapprocher d’une immunité collective.

De plus, les vacciner devrait aider à faciliter la réouverture des écoles, priorité affichée du président Joe Biden.

Environ 30 % des élèves de moins de 18 ans ont toujours cours de façon « hybride » (parfois en personne, parfois à distance), selon la société Burbio qui étudie les données par districts.

L’autorisation de l’Agence des médicaments « est un incroyable pas en avant pour protéger nos enfants », s’est réjouie Lee Savio Beers, présidente de l’American Academy of Pediatrics. « Si le vaccin n’est pas essentiel pour retourner à l’école en personne, c’est un outil important […] et il devrait permettre aux familles et au personnel de se sentir plus à l’aise. »

D’autres entreprises mènent également des essais cliniques de leur propre vaccin sur les adolescents, dont Moderna, Johnson & Johnson, et Novavax.



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