Washington veut réunir parents et enfants migrants séparés sous Trump

On estime à 5500 le nombre d'enfants migrants séparés de leurs parents sous l'ère Trump.
Photo: Julio Cortez Associated Press On estime à 5500 le nombre d'enfants migrants séparés de leurs parents sous l'ère Trump.

Après la répression, le commencement d’une réparation. Quatre nouveaux rapprochements d’enfants séparés de leurs parents, demandeurs d’asile, par les politiques migratoires restrictives et punitives instaurées par le gouvernement précédent vont avoir lieu cette semaine aux États-Unis, a annoncé lundi le Département américain de la sécurité intérieure.

Ces premiers correctifs dans ce traitement des familles à la frontière avec le Mexique, qualifié « d’inhumain » par les défenseurs des droits des réfugiés, ont été présentés par le nouveau secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, comme « le début » d’un long processus de réunification en cours.

« Le Groupe de travail sur le regroupement familial a travaillé jour et nuit, à tous les niveaux du gouvernement fédéral, avec les avocats des familles et nos partenaires étrangers, pour remédier à la séparation cruelle des enfants de leurs parents par le gouvernement précédent », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, nous réunissons le premier groupe de familles, mais beaucoup d’autres suivront. »

On estime à 5500 le nombre d’enfants séparés de leurs parents sous l’ère Trump. Les services d’immigration n’ont pas toujours été en mesure de retrouver leurs familles, reparties pour la plupart dans leurs pays d’origine après leur expulsion. Cette semaine, sur les quatre réunifications en cours, deux concernent des mères du Mexique et du Honduras qui vont pouvoir retrouver, dans un cas, un enfant de 3 ans à l’époque de la séparation et « des adolescents qui ont dû vivre sans leurs parents pendant les années les plus formatives de leur vie », a déclaré M. Mayorkas, cité par l’Associated Press.

Ces parents vont pouvoir entrer aux États-Unis, où se trouvent leurs enfants, grâce à une « mesure d’exception humanitaire ». Les autorités envisagent de leur offrir par la suite un statut juridique plus durable, a indiqué Michelle Brané, qui dirige le groupe de travail sur le regroupement familial du nouveau gouvernement.

Après avoir qualifié ses séparations à la frontière d’« acte de cruauté », Joe Biden a signé un décret dans les premiers jours de son arrivée au pouvoir pour réunir ces familles « dans la mesure du possible ». La criminalisation des parents et la séparation des enfants de leur famille, imposées par les politiques migratoires à « tolérance zéro » de Donald Trump, ont pris fin en juin 2018 après qu’une injonction sur ces séparations eut été ordonnée à l’échelle nationale par un juge fédéral de la Californie.

Le nouveau gouvernement estime qu’il reste toujours 1000 enfants à rapprocher de leur famille.

Dans une déclaration, lundi, le président de la commission de la Chambre des représentants sur la sécurité intérieure, le démocrate Bennie Thompson, a dit que ces premières réunifications allaient « tourner la page sur un chapitre sombre de l’histoire des États-Unis ».

 

Le sort de 400 enfants est toujours incertain, puisque leurs parents n’ont toujours pas été localisés, selon l’American Civil Liberties Union, qui salue ces nouveaux rapprochements, mais qui les qualifie malgré tout de « pointe de l’iceberg ». « Le gouvernement Biden doit soulager les familles en leur offrant une voie permanente vers la citoyenneté et les soins de santé », a déclaré Lee Gelernt, avocat de l’ACLU.

Ces rapprochements familiaux sous l’ère Biden s’amorcent au moment où le nouveau gouvernement fait face à un sommet en sept ans d’enfants arrivant seuls à la frontière depuis mars dernier. Au début du mois d’avril, des images captées par les caméras nocturnes des services frontaliersaméricains, montrant des passeurs laissant tomber deux enfants de 5 ans et 3 ans du côté américain du mur à la frontière du Mexique avec le Nouveau-Mexique, avaient soulevé un vent d’émotion et de consternation aux États-Unis.

Jeudi, le Département de la santé et des services sociaux américains avait 22 557 enfants sous sa garde, après qu’ils eurent été transférés par les patrouilles frontalières. Environ 400 agents d’immigration ont été affectés à la gestion de ces cas de migration d’enfants non accompagnés afin de rapidement les placer chez des membres de leurs familles vivant aux États-Unis ou dans des familles d’accueil en attendant la suite des procédures.

Placé devant une crise importante à la frontière sud du pays, où les mouvements migratoires se sont accentués depuis l’arrivée au pouvoir du démocrate, Joe Biden a annoncé officiellement lundi la hausse à 62 500 du plafond des demandeurs d’asile admissibles au pays cette année. Ce niveau avait été abaissé à 15 000 par le gouvernement précédent, et ce, pour un pays de plus de 328 millions d’habitants.

Le nouveau gouvernement espère par la suite doubler cette limite pour la porter à 125 000 en 2022. Par voie de communiqué, le nouveau président a précisé que ces nouvelles limites « effacent le nombre historiquement bas fixé par le gouvernement précédent » et qui, selon lui, « ne reflétait pas les valeurs des États-Unis, une nation qui accueille et soutient les réfugiés », a-t-il dit.

 

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62 500
C'est le nouveau plafond des demandeurs d'asile admissibles aux États-Unis cette année qu'a annoncé Joe biden lundi.