Le gouverneur de Californie rattrapé par sa gestion de la pandémie

Le gouverneur Gavin Newsom s’est mis dans l’embarras en se faisant surprendre à un souper entre amis dans un restaurant chic du nord de San Francisco alors qu’il venait d’ordonner aux Californiens de rester chez eux en raison de la pandémie.
Photo: Justin Sullivan Getty Images / Agence France-Presse Le gouverneur Gavin Newsom s’est mis dans l’embarras en se faisant surprendre à un souper entre amis dans un restaurant chic du nord de San Francisco alors qu’il venait d’ordonner aux Californiens de rester chez eux en raison de la pandémie.

Sur le bord du lac Havasu, dans l’ouest de l’Arizona, plan d’eau entouré par les montagnes Mohave et séparé en deux par la frontière avec la Californie, Christian Andrew Hathaway, 26 ans, raconte : « La pandémie en Californie, c’était terrible », dit le jeune homme originaire de Palm Springs en plantant un « brother » à la fin de sa phrase.

« D’un coup, tout s’est arrêté. Il n’y avait plus de travail. C’est pour ça que j’ai déménagé en Arizona. En cinq minutes, ici, je me suis trouvé du travail, alors que ça faisait cinq mois que je n’en avais plus chez moi. »

Il est devenu technicien en installation de piscines et de spas.

« Le gouverneur Gavin Newsom [de la Californie] a vraiment foiré sa gestion de la crise, ajoute-t-il. S’il y en a un meilleur pour le remplacer, qu’on lui donne les clefs de la maison. »

Un nouveau gouverneur ? C’est ce vers quoi les Californiens s’avancent un peu plus depuis mardi et la validation par les autorités électorales de l’État des signatures apposées sur une pétition qui roule depuis plus d’un an pour appeler au déclenchement d’élections anticipées. En Californie, cela s’appelle un « recall elections », ou scrutin de rappel. L’équivalent de 12 % du vote récolté lors du scrutin précédent doit s’exprimer en sa faveur, au prétexte que la confiance en l’élu en poste est perdue. Initialement, la mesure visait à se protéger d’un élu devenu inapte à gouverner ou ayant abusé de son pouvoir. Avec le temps, elle est devenue un outil de sanction partisane.

Au terme d’un mois de vérification des signatures, 1,6 million d’entre elles, sur les 1,9 recueillies, ont été jugées valides. C’est 100 000 de plus que le nombre requis, et cela constitue désormais une menace pour le jeune gouverneur qui, après avoir été le premier aux États-Unis à mettre son État en confinement en mars 2020, pourrait maintenant devenir le premier élu à faire les frais du mécontentement que cela a généré au sein de sa population.

« Les tentatives de recall se produisent fréquemment en Californie, souligne le politicologue Larry Gerston, de la San José Mais peu d’entre elles recueillent suffisamment de signatures pour se rendre jusqu’au déclenchement d’élections. Ce recall, s’il poursuit son chemin, ne sera que le deuxième de l’histoire de la Californie à passer devant les électeurs. »

Après la validation du vote cette semaine, les Californiens ont désormais 30 jours pour changer d’avis, retirer leurs signatures et annuler la procédure.

Le dernier scrutin de rappel a eu lieu en 2003. Il avait ouvert la porte de la maison du gouverneur à Sacramento à l’acteur républicain Arnold Schwarzenegger, qui avait défait le démocrate Gray Davis, dont la légitimité avait été contestée par voie de pétition. Il s’y est installé jusqu’en 2011.

La pandémie de COVID-19 et l’impact des décisions politiques de Gavin Newsom ont alimenté la grogne et donné du carburant au mouvement appelant à la fin prématurée de son mandat. Paradoxalement, la pétition, lancée en février 2020, soit avant le début de la crise sanitaire, concentrait surtout les récriminations sur les impôts élevés, sur l’itinérance et sa criminalité, ainsi que sur les défaillances du système d’éducation public.

« La COVID a changé le cours des choses et donné de l’élan à ce mouvement », dit Larry Gerston, qui travaille actuellement à un essai intitulé California’s Recall Election of Gavin Newsom : The Politics of Political Reform in the Era of Covid. Il en a signé un autre au début du siècle sur le tremblement de terre politique déclenché par celui de 2003. « Un juge a prolongé de 90 jours la période de collecte des signatures en raison de la pandémie. Et Gavin Newsom s’est mis dans l’embarras en se faisant surprendre à un souper entre amis dans un restaurant chic du nord de San Francisco alors qu’il venait d’ordonner aux Californiens de rester chez eux. » C’était au début du mois de novembre, à la veille de la troisième vague qui n’a fait qu’entretenir la colère.

Économiquement affectée par le confinement, la Californie est devenue l’épicentre de la pandémie au début de l’année, avec une explosion spectaculaire des cas, des hospitalisations et des morts. Les moins fortunés ont été les plus touchés. Les ratés dans le démarrage de la campagne de vaccination ont également contribué à allonger la liste des signatures.

Les républicains espèrent bien tirer profit de la situation. L’ex-maire de San Diego, Kevin Faulconer, a annoncé au début de l’année son intention de remplacer l’actuel gouverneur. L’homme d’affaires John Cox, lui, va vouloir sa revanche après avoir été salement battu par Newsom en 2018, par 25 points. La semaine dernière, la vedette de téléréalité Caitlyn Jenner a également annoncé sa candidature pour succéder au démocrate.

Cette décision a été saluée par son ami Arnold Schwarzenegger, ex-gouverneur de la Californie, qui, lundi, a d’ailleurs dit qu’elle avait, comme les autres, toutes les chances de remporter ce scrutin hâtif. Ça s’est passé à l’émission Jimmy Kimmel Live !. « Tout le monde a une chance, parce que les gens ne sont pas satisfaits de ce qui se passe en Californie en ce moment, a-t-il dit. Et j’espère que le plus de personnes possible vont entrer dans la course. »

Mais pour Larry Gerston, la défaite de Gavin Newsom, élu en 2018 avec un niveau historique de 62 % du vote, est encore loin d’être une certitude.

« Dans l’état actuel des choses, il ne semble pas qu’il y ait une majorité d’électeurs suffisante pour destituer le gouverneur », dit-il. En mars dernier, un sondage du Public Policy Institute of California a révélé que 40 % à peine des électeurs voteraient pour sa destitution si un scrutin anticipé était déclenché. « Qui plus est, la pandémie reculant, celle-ci devient un problème moins majeur et constitue donc moins un motif de sanction. »

Si la procédure du scrutin de rappel suit son cours, des élections pourraient être déclenchées d’ici novembre prochain, soit un an avant le scrutin officiel prévu le 8 novembre 2022.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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Une version précédente de cet article, qui indiquait par erreur que Gavin Newsom avait été élu gouverneur de la Californie en 2008, a été modifiée.