Un début de présidence brillant pour Joe Biden

Après presque trois mois à la Maison-Blanche, Joe Biden jouit d’un taux d’approbation de 59% auprès des Américains, indiquait le 15 avril dernier le Pew Research Center, ce qui le place à 20 points en avance sur Donald Trump au même moment dans sa présidence, en 2017.
Photo: Drew Angerer Getty Images via Agence France-Presse Après presque trois mois à la Maison-Blanche, Joe Biden jouit d’un taux d’approbation de 59% auprès des Américains, indiquait le 15 avril dernier le Pew Research Center, ce qui le place à 20 points en avance sur Donald Trump au même moment dans sa présidence, en 2017.

Le silence de l’un sur l’autre est criant de signification.

Au début du mois d’avril, lors d’un rassemblement républicain en Floride visant à unifier le parti après la défaite et à préparer les prochaines élections, l’ex-président américain, Donald Trump, n’a même pas profité de sa tribune partisane pour critiquer les premiers jours de la présidence de Joe Biden.

Pis, c’est davantage sur les siens que le populiste a tiré, ne ménageant ni le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, qu’il a qualifié de « perdant au cœur de pierre », ni son vice-président, Mike Pence, « décevant », selon lui, pour ne pas s’être opposé au « vol » de la présidentielle dont Trump prétend encore et toujours avoir été la victime, en contradiction totale avec les faits.

« Donald Trump n’a pas été capable de trouver quelque chose de négatif à dire sur les premiers jours de Joe Biden à la Maison-Blanche, résume en entrevue Gilles Vandal, professeur émérite de politique appliquée et spécialiste de la politique américaine à l’Université de Sherbrooke. Ce n’est pas banal, et cela témoigne de l’efficacité du nouveau président », dont l’approche rassembleuse tout comme les premières mesures de son gouvernement semblent lui conférer désormais une protection contre les insultes et les commentaires méprisants légendaires de l’ex-vedette de téléréalité.

À l’approche du 100e jour de l’ère Biden, le constat semble sans appel : « Sleepy Joe » (Joe l’endormi) — sobriquet donné à répétition par Trump durant la campagne électorale — a bel et bien déjoué les pires pronostics de ses détracteurs, y compris le plus féroce, en imposant, dans la rupture, un nouveau style de pouvoir et de direction qui détonne forcément après quatre années de trumpisme. Et qui séduit.

Après presque trois mois à la Maison-Blanche, l’ex-vice-président jouit d’un taux d’approbation de 59 % auprès des Américains, indiquait le 15 avril dernier le Pew Research Center, ce qui le place à 20 points en avance sur Donald Trump au même moment dans sa présidence, en 2017. Il se place également au-dessus de George W. Bush (55 %) et de Bill Clinton (49 %) lors de leur entrée en scène à Washington, indique l’étude du groupe de recherche, et presque au même niveau que Barack Obama qui, après 100 jours, faisait l’unanimité auprès de 61 % des électeurs.

Calme, en contrôle, posé et poli, Joe Biden a réussi aussi le tour de force de rallier l’ensemble de ses troupes, recueillant l’appui de 94 % des démocrates, selon le dernier coup de sonde de l’Université Quinnipiac. Il confond ainsi les sceptiques qui doutaient de voir ce modéré de 78 ans satisfaire la branche plus jeune et progressiste de son parti.

« Joe Biden est un personnage plus populaire et moins clivant que Donald Trump, c’est sûr, laisse tomber Scott Lemieux, professeur de science politique à l’Université de Washington. Mais il est aussi mal compris par les démocrates qui le croient conservateur, alors qu’au fond, il est surtout à la recherche d’un consensus au sein de son parti, ce dont témoignent ses premiers jours au pouvoir. »

Des cibles dépassées

La démonstration a été rapide. Arrivé au sommet de l’État en pleine crise sanitaire, gérée de manière impressionniste par son prédécesseur, Joe Biden a fait de la riposte antipandémique un projet collectif ambitieux, avec des cibles de vaccination élevées qu’il n’a fait que dépasser depuis son arrivée au pouvoir. Il avait promis que 100 millions d’Américains seraient vaccinés au 100e jour de son mandat. Au rythme actuel de trois millions de doses administrées chaque jour, ce sont plutôt 230 millions d’Américains qui devraient l’être d’ici la fin du mois d’avril, soit plus du double.

Les trois quarts des Américains considèrent d’ailleurs que Joe Biden fait un bon, voire un excellent travail dans la gestion du programme de vaccination, qui va atteindre son premier cycle, avec une première dose administrée à l’ensemble de la population en âge d’être vaccinée, non pas le 4 juillet prochain, comme l’avait annoncé le président au lendemain de son assermentation, mais plutôt dans le courant du mois de mai.

« Ses 100 premiers jours à la présidence sont surprenants, affirme Lawrence Mullen, professeur à l’École de politiques publiques et de leadership de l’Université du Nevada. Surtout dans la façon dont il est revenu à un grand paradigme gouvernemental visant à aider les pauvres et la classe moyenne, plutôt que de se plier aux exigences des riches avec des réductions d’impôts reposant sur des théories économiques de ruissellement qui n’ont jamais vraiment fonctionné. »

Dans un contexte législatif serré, avec un Sénat divisé en parts égales entre les deux grands partis, Joe Biden a réussi à faire passer son programme d’aide de 1900 milliards de dollars pour réduire l’impact économique de la pandémie dans les classes les moins nanties de la société américaine. Le geste a été suivi par le lancement d’un programme de 2000 milliards pour la réfection des infrastructures de transport partout au pays, autre moyen de relancer une économie troublée par la COVID-19.

Convaincre ses opposants

« Si vous m’aviez dit qu’il allait commencer ses 100 premiers jours avec un programme aussi ambitieux malgré un Sénat divisé comme il l’est, je ne vous aurais pas cru », confie Scott Lemieux. Il constate toutefois que cette façon de faire a finalement réussi à couper l’herbe sous le pied à ses critiques et qu’elle a même contribué à mettre plusieurs républicains de son bord, un pas dans la direction du rapprochement que Biden avait également promis, pour « soigner l’âme de l’Amérique ».

« Il était important pour lui d’agir très vite, étant donné l’hyperpartisanerie qui prévaut à Washington en ce moment et les élections de mi-mandat qui approchent, indique Lawrence Mullen. Il l’a fait de manière avisée en agissant sur des fronts différents, comme la pandémie, l’économie, les changements climatiques, l’immigration et les politiques réglementaires. Et la stratégie a été payante. »

Si vous m’aviez dit qu’il allait commencer ses 100 premiers jours avec un programme aussi ambitieux malgré un Sénat divisé comme il l’est, je ne vous aurais pas cru.

 

Sur la scène internationale, Joe Biden a également très vite redonné aux États-Unis une place que l’ex-occupant du Bureau ovale leur avait fait perdre en partie avec ses politiques étrangères affichant un penchant pour les régimes autoritaires ou avec son aplaventrisme devant la Russie. Il l’a fait en réintégrant l’Accord de Paris sur le climat, en affrontant Vladimir Poutine sur son caractère meurtrier, en expulsant des diplomates russes, la semaine dernière, du sol américain, dans la foulée des affaires d’ingérence russe, mais également en se rapprochant de l’OTAN, où Anthony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, a multiplié les apparitions depuis son entrée en poste.

Les tensions de retour à la frontière entre la Russie et l’Ukraine témoignent d’ailleurs de cette reconfiguration du rapport de force entre Washington et Moscou.

« Rien qu’en élisant Joe Biden, les États-Unis ont commencé à restaurer leur image à l’étranger, dit Lawrence Mullen. Sur le plan pratique, le président Biden a plus d’expérience en politique étrangère que n’importe quel président depuis George H. W. Bush, et il l’a démontré dans les discours qu’il a prononcés, dans lesquels il a concédé que la prospérité étrangère et celle des États-Unis sont inextricablement liées. »

Le poids de l’expérience

Joe Biden a même réussi, jusqu’ici, à ne pas se laisser emporter par la crise migratoire qui a pris forme à la frontière avec le Mexique. En mars, le nombre de migrants illégaux cherchant à entrer aux États-Unis y a bondi de 70 %. Quelque 172 000 personnes ont été arrêtées le mois dernier, un sommet depuis 15 ans.

« Joe Biden a su tirer avantage de ses 36 années au Sénat et de ses 8 années comme vice-président pour gouverner », indique Gilles Vandal, qui se prépare à sortir un essai sur le « leadership rassembleur » du nouveau président, ces prochaines semaines. « Il a une connaissance fine des rouages de la politique. Il s’en sort aussi parce que, là où Trump avait créé le chaos pour gouverner dans l’intimidation, Biden, lui, a plutôt fait le pari d’une équipe compétente qui travaille avec lui non pas par peur du président, mais par respect pour lui. »

Un respect que Joe Biden espère voir d’ailleurs s’étendre parmi les Américains, lors de ses prochains jours au pouvoir, de manière à réduire les divisions et à leur redonner confiance dans les institutions. Un chantier titanesque dans la foulée du bilan catastrophique légué par son prédécesseur, autant sur le plan sanitaire, en raison des dégâts de la COVID-19, que sur le plan démocratique, après les émeutes au Capitole.

« Il pourrait réussir à le faire, dit M. Vandal. Et les républicains semblent le croire aussi, puisqu’ils paraissent déterminés à modifier les lois électorales dans plusieurs États pour limiter le vote démocrate à l’avenir. Cela devient leur seul espoir de bloquer Joe Biden dans un pays où la démographie joue de plus en plus contre eux » et où les 100 premiers jours surprenants du nouveau président pourraient être suivis par les jours les plus longs qui soient pour les républicains.

 

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