Le meurtre de George Floyd est inexcusable, selon la poursuite

Après trois semaines de témoignages, le procès de Derek Chauvin s’est approché de sa conclusion lundi en entrant dans sa quatrième semaine, avec les plaidoyers finaux des deux partis.
Photo: Stephen Maturen / Getty Images / Agence France-Presse Après trois semaines de témoignages, le procès de Derek Chauvin s’est approché de sa conclusion lundi en entrant dans sa quatrième semaine, avec les plaidoyers finaux des deux partis.

« C’est un meurtre. L’accusé est coupable des trois chefs d’accusation et il n’y a pas d’excuses. »

Lundi, devant le jury au procès pour meurtre de Derek Chauvin, l’avocat de la poursuite, Steve Schleicher a livré un ultime plaidoyer accablant pour l’ex-policier qu’il a accusé d’avoir enlevé la vie, « à dessein », à George Floyd lors d’une arrestation qui a mal tourné le 25 mai dernier à Minneapolis.

L’Afro-Américain de 46 ans était soupçonné d’avoir voulu acheter un paquet de cigarettes avec un billet de 20 $ contrefait. Il est mort à bout souffle après avoir passé plus de 9 minutes le cou écrasé sous le genou du policier, et ce, malgré 27 appels à l’aide lancés dans les quatre premières minutes de ce traitement.

Les images de son arrestation et de sa mort en direct ont fait le tour du monde et déclenché un vaste mouvement de dénonciation et de condamnation de la violence policière et du racisme de certains policiers blancs à travers les États-Unis.

« Ce qu’a fait l’accusé ce jour-là a provoqué la mort de George Floyd », a déclaré M. Schleicher. « Quelqu’un vous dit qu’il ne peut pas respirer et vous continuez à l’étouffer. Comment pouvez-vous justifier l’usage d’une force continue sur cet homme alors qu’il n’avait plus de pouls ? » Et d’ajouter : « George Floyd a supplié jusqu’à ce qu’il ne puisse plus parler. Il ne fallait qu’un peu de compassion, et personne n’en a démontré ce jour-là. »

Force « surhumaine »

Après trois semaines de témoignages, le procès de Derek Chauvin s’est approché de sa conclusion lundi en entrant dans sa quatrième semaine, avec les plaidoyers finaux des deux partis.

George Floyd a supplié jusqu’à ce qu’il ne puisse plus parler. Il ne fallait qu’un peu de compassion, et personne n’en a démontré ce jour-là

 

L’ex-policier de 45 ans fait face à trois chefs d’accusation de meurtre sans intention de donner la mort, de meurtre par un comportement violent et dangereux ainsi que d’homicide involontaire. Les 12 jurés doivent le reconnaître coupable de manière unanime sur au moins une de ces accusations. Chauvin risque des peines de prison variant de 10 à 40 ans.

« Les policiers sont des êtres humains capables de commettre des erreurs lorsqu’ils sont placés dans des situations hautement stressantes », a fait valoir l’avocat de la défense, Eric Nelson, dans un plaidoyer qui, durant plus de deux heures trente, a tenté de soulever un doute raisonnable sur la culpabilité de Chauvin, et ce, en insistant sur le caractère fluide du travail de policier qui applique la force nécessaire lors d’une arrestation en fonction des circonstances.

Pour la défense, c’est la force « surhumaine » de George Floyd et la difficulté à le maîtriser qui aurait, entre autres, fait dégénérer la situation, bien avant le manque d’oxygène, une thèse largement contredite par les experts appelés à la barre par les avocats de Chauvin la semaine dernière.

« Les 9 minutes et 29 secondes ignorent les 16 minutes et 59 secondes précédentes », a toutefois suggéré Eric Nelson, qui estime que l’ex-policier « a agi raisonnablement » pendant le temps qu’il s’est agenouillé sur George Floyd, en raison du comportement de la victime.

« Abus choquants »

L’argument du coupable incontrôlable a été largement utilisé dans les dernières années dans les procès de policiers blancs ayant entraîné la mort d’Afro-Américain lors de bavures policières et a conduit généralement à leur acquittement. Paradoxalement, il puise largement dans la rhétorique esclavagiste qui justifiait et cherchait à excuser toutes les formes de violence, y compris celle causant la mort, à l’endroit des esclaves noirs en raison de leur force brute et qualifiée d’animale, impossible à contenir.

« Il n’y avait pas de force surhumaine cette journée-là », a résumé l’avocat de la poursuite Steve Schleicher pour couper l’herbe sous le pied de la défense et devant les images de l’arrestation présentée à nouveau au jury. « George Floyd a-t-il résisté lorsqu’il essayait de respirer ? Non », a-t-il dit en soulignant que rien n’excusait « les abus choquants que vous [les jurés] avez vus de vos propres yeux ».

Pour les avocats de Derek Chauvin, une consommation de drogue dans les heures précédant l’arrestation et un état de santé préalable induit par une faiblesse cardiaque ont entraîné la mort de George Floyd, et non son arrestation.

Un scénario qualifié « d’incroyable coïncidence » par la poursuite. « Il a choisi ce moment pour mourir d’une crise cardiaque », a ironisé Steve Schleicher. « Est-ce que cela a du bon sens ou bien est-ce absurde ? »

Les avocats de l’ex-policier ont également cherché dans leur plaidoyer à déplacer le tort sur la « foule hostile » autour de la scène qui, en menaçant l’agent, l’a distrait du sort de sa victime. Ils ont réclamé l’acquittement de leur client, lundi, en estimant que la preuve de sa culpabilité n’avait pas été apportée par la poursuite.

Longue délibération ?

Dans les premiers jours de son procès, Derek Chauvin a été incriminé par plusieurs ex-collègues et gradés du corps policier de Minneapolis, qui ont soutenu devant le tribunal que la technique utilisée pour contraindre Floyd avait dépassé celles qui sont enseignées aux policiers.

Au terme de ces plaidoyers, le jury a été enfermé en fin d’après-midi pour décider du sort de Chauvin. Son verdict est attendu dans les prochains jours. « Il est très difficile d’évaluer le temps que cela va lui prendre, indique en entrevue au Devoir William Bailey, professeur de droit à l’Université de Washington. Mais étant donné la notoriété de cette affaire, son implication nationale et les témoignages d’experts diamétralement opposés, je suis convaincu que le jury va prendre son temps et examiner les preuves avec méthode et minutie. »

Le procès de Derek Chauvin se poursuit dans une ville à nouveau sous tension après une autre bavure qui a causé la mort d’un jeune Afro-Américain, Daunte Wright, tué par une policière blanche lors d’un contrôle routier.

Le verdict pourrait avoir un impact sur le procès des trois autres policiers impliqués dans la mort de George Floyd, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, qui doivent être jugés en août pour « complicité de meurtre ».

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