Un légiste controversé appelé à défendre Derek Chauvin

Pour David Fowler, médecin à la retraite après avoir occupé pendant 17 ans le poste de médecin légiste en chef du Maryland, George Floyd est décédé des suites d’une faiblesse cardiaque couplée à une consommation de drogues illégales cette journée-là.
Photo: Associated Press Pour David Fowler, médecin à la retraite après avoir occupé pendant 17 ans le poste de médecin légiste en chef du Maryland, George Floyd est décédé des suites d’une faiblesse cardiaque couplée à une consommation de drogues illégales cette journée-là.

La mort de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis n’aurait pas été provoquée par le comportement de l’ex-policier Derek Chauvin, mais par une « multitude de facteurs » dont un seul homme ne peut être tenu entièrement pour responsable. C’est du moins ce qu’est venu affirmer mercredi un expert médical appelé à la barre des témoins par les avocats de la défense.

Pour David Fowler, médecin à la retraite après avoir occupé pendant 17 ans le poste de médecin légiste en chef du Maryland, l’Afro-Américain de 46 ans est décédé des suites d’une faiblesse cardiaque couplée à une consommation de drogues illégales cette journée-là.

M. Fowler est un témoin controversé qui est actuellement poursuivi devant un tribunal fédéral. Il est accusé d’avoir camouflé la vérité sur la mort d’un jeune Afro-Américain décédé en 2018 après une arrestation par des policiers blancs au Maryland, a rapporté mercredi le Washington Post.

La poursuite amorcée par la famille de la victime accuse le légiste d’avoir retardé à dessein le dévoilement des résultats de l’autopsie d’Anton Black, 19 ans, qui a perdu la vie dans des circonstances similaires à celles qui ont entraîné la mort de George Floyd. M. Fowler aurait été influencé également par le corps policier pour le faire. Aucune accusation n’a été portée contre les responsables de cette mort par excès de violence.

Absence d’ecchymoses

Au procès pour meurtre de Derek Chauvin, le médecin a écarté ainsi la possibilité d’une mort par asphyxie et par manque d’oxygène, conséquence de la pression du genou du policier sur le cou de George Floyd. Cette thèse vise surtout à semer le doute au sein du jury en entrant en contradiction directe avec les témoignages de plusieurs légistes et pathologistes convoqués au procès par la poursuite la semaine dernière. Tous ont fait la démonstration d’une mort « prévisible », « évitable » et surtout provoquée par une obstruction du système respiratoire de M. Floyd.

Le père de famille s’est retrouvé le 25 mai 2020 au cœur d’une arrestation musclée à l’angle de l’East 38th Street et de la South Chicago Avenue à Minneapolis, soupçonné d’avoir acheté un paquet de cigarettes avec un billet de 20 $ contrefait. Sa mort, après qu’il eut passé plus de neuf minutes sous le genou de Chauvin et appelé 27 fois à l’aide pour reprendre sa respiration, a déclenché un vaste mouvement d’indignation et de dénonciation de la violence et du racisme policiers à travers tout le pays.

Or, pour David Fowler, c’est bien plus la présence de fentanyl et de méthamphétamine dans le corps de Floyd qui a joué un rôle important dans son décès. Il est par ailleurs le seul témoin médical à avoir attiré l’attention du jury sur l’absence d’ecchymoses sur le cou de la victime pour justifier son interprétation de la mort de Floyd et exclure ainsi l’asphyxie.

Le médecin légiste à la retraite a par ailleurs fait référence à une recherche scientifique établissant que la posture dans laquelle la victime a été placée, à plat ventre sur le bitume les mains attachées dans le dos, avec le poids d’un policier sur lui, n’était « jamais une source d’asphyxie ». Selon lui, les causes de la mort de Floyd sont « indéterminées ».

La colère gronde

Le procès de Derek Chauvin s’est poursuivi dans une ville sous tension après une autre bavure policière qui a provoqué la mort d’un énième Afro-Américain. Le drame s’est joué dans la ville de Brooklyn Center, en banlieue de Minneapolis, dimanche dernier, lors d’un banal contrôle routier. Des accusations d’homicide involontaire ont été portées mercredi contre Kimberly A. Potter, la policière à l’origine de la mort de Daunte Wright, 20 ans. Depuis mardi, elle invoque l’accident, affirmant avoir confondu son Taser avec son arme à feu. Elle a démissionné de son poste mardi, tout comme le chef de police de cette ville.

« Une erreur ? Comment cela peut-il se produire » s’est demandé cette semaine le chanteur américain Stevie Wonder, indigné, sur les réseaux sociaux, en appelant à une réforme de la police. « Les Afro-Américains dans ce pays perdent la vie au contact des policiers. Combien d’autres morts va-t-il falloir ? »

D’autres témoins de la défense sont attendus cette semaine dans le procès de Derek Chauvin fortement médiatisé. S’il est reconnu coupable, l’ex-policier pourrait faire face à une peine de 40 ans de prison. Le verdict devrait être prononcé à la fin du mois d’avril ou au début du mois de mai.

Les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, doivent être jugés en août pour « complicité de meurtre ».

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