C'est la violence de l'arrestation de George Floyd qui a provoqué sa mort, estiment deux experts

Nouveau témoin de la poursuite, la pathologiste Lindsey Thomas a indiqué que «la principale cause de la mort» de George Floyd a été «l’asphyxie, ou un faible taux d’oxygène».
Photo: Associated Press Nouveau témoin de la poursuite, la pathologiste Lindsey Thomas a indiqué que «la principale cause de la mort» de George Floyd a été «l’asphyxie, ou un faible taux d’oxygène».

Convergence accablante de témoignages au procès de l’ex-policier Derek Chauvin où, pour une deuxième journée de suite, deux experts médico-légaux sont venus affirmer vendredi devant le tribunal de Minneapolis que la mort de George Floyd a bel et bien été provoquée par la violence de son arrestation, plutôt que par des circonstances indépendantes de la volonté du corps policier.

Nouveau témoin de la poursuite, la pathologiste Lindsey Thomas, retraitée du Hennepin County Medical Examiner’s Office, au Minnesota, après 37 ans de service, a indiqué que « la principale cause de la mort » de George Floyd a été « l’asphyxie, ou un faible taux d’oxygène ».

Selon elle, cette mort a été induite par les gestes posés par « les policiers » sur la victime et plus particulièrement par « sa contention et la compression du cou », a-t-elle ajouté.

Le 25 mai dernier, George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, a perdu la vie à l’angle de l’East 38th Street et de la South Chicago Avenue à Minneapolis au terme d’une arrestation qui a mal tourné. Derek Chauvin, principal artisan de cette mort, est jugé depuis deux semaines pour meurtre et homicide involontaire. La séquence tragique des événements a été amorcée par la déclaration à la police d’une transaction effectuée par Floyd dans un dépanneur avec un faux billet de 20 $. La semaine dernière, un témoin est venu dire que la victime ne semblait pas avoir conscience du caractère contrefait de son billet. La mort de George Floyd sous le genou d’un policier blanc, filmée par des dizaines de personnes, a déclenché un vaste mouvement de révolte et d’affirmation des droits civiques à travers les États-Unis.

Mme Lindsey Thomas a d’ailleurs salué le volume « absolument unique » de vidéos exposant la mort de Floyd et qui, de manière singulière, permettent de documenter la cause comme jamais cela a été le cas lors d’une bavure policière. « Ce que j’ai observé à partir de toutes ces vidéos, c’est qu’il ne s’agit pas d’une mort subite, a-t-elle dit. Pas le genre de mort qui survient sans prévenir lorsqu’on pellette de la neige. Il n’y a eu rien de soudain à propos de cette mort. »

Verdict fin avril-début mai

L’argument de la pathologiste s’ajoute à ceux exposés toute la semaine devant les jurés par plusieurs autres médecins, soit que la mort de George Floyd n’a pas été provoquée par l’usage d’une drogue ou par une maladie préalable, comme cherchent à le faire entendre les avocats de la défense de l’ex-policier.

Jeudi, Martin Tobin, médecin spécialiste du système respiratoire et des soins intensifs à l’École de médecine de l’Université Loyola à Chicago, a insisté sur le fait qu’« une personne en bonne santé soumise au traitement réservé à M. Floyd » au moment de son arrestation « aurait perdu la vie ».

En après-midi vendredi, le médecin légiste qui a pratiqué l’autopsie du corps de George Floyd a indiqué aux jurés que la victime avait certes une « grave maladie cardiaque sous-jacente », mais qu’« au final, c’est sa rencontre avec les forces policières qui a causé sa mort ». Cette interaction « était tout simplement plus que ce que George Floyd était capable d’endurer en raison de sa fragilité cardiaque », a dit Andrew Baker, dont le rapport d’autopsie rendu public l’an dernier qualifie la mort de l’Afro-Américain d’homicide.

« Autant que je sache, Floyd était en assez bonne santé le 25 mai dernier, juste avant les événements de cette soirée », a-t-il rappelé.

Après les témoignages émouvants de la première semaine, principalement exposés par les personnes ayant assisté, impuissantes, à la mort en direct de George Floyd, le jugement en cours de Derek Chauvin devant le tribunal de Minneapolis a pris cette semaine une voie plus critique en donnant la parole à des médecins venus confirmer les raisons de la mort du père de famille par asphyxie et à des ex-collègues du policier venus contester la méthode d’arrestation préconisée par Derek Chauvin.

Le procès de l’ex-policier se poursuit dans les deux prochaines semaines. Un verdict est attendu à la fin du mois d’avril ou au début mai. Les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, doivent être jugés en août pour « complicité de meurtre ».

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