George Floyd est mort par asphyxie, affirme un expert

Des manifestants tiennent des pancartes en l'honneur de George Floyd et d'autres victimes du racisme alors qu'ils se rassemblent lors d'une manifestation devant le centre du gouvernement du comté de Hennepin à Minneapolis, Minnesota.
Photo: Kerem Yucel Agence France-Presse Des manifestants tiennent des pancartes en l'honneur de George Floyd et d'autres victimes du racisme alors qu'ils se rassemblent lors d'une manifestation devant le centre du gouvernement du comté de Hennepin à Minneapolis, Minnesota.

Le manque d’oxygène au cerveau a été la principale cause du décès de George Floyd, bien avant la prise de drogue par la victime juste avant son arrestation par Derek Chauvin, en mai dernier.

C’est du moins ce qu’a avancé jeudi un expert médical au procès-événement de l’ex-policier de Minneapolis, qui se tient dans la métropole du Minnesota depuis neuf jours maintenant.

Dans un nouveau témoignage accablant, Martin Tobin, médecin spécialiste du système respiratoire et des soins intensifs à l’École de médecine de l’Université Loyola à Chicago, a indiqué aux jurés qu’« une personne en bonne santé soumise au traitement réservé à M. Floyd » au moment de son arrestation, « aurait perdu la vie ».

Dans un style très pédagogique, M. Tobin a indiqué qu’un trop faible apport en oxygène dans les poumons de George Floyd, en raison de la pression exercée sur plusieurs parties de son corps par le policier, a été à l’origine de lésions cérébrales, suivies d’un arrêt du cœur.

Appelé à la barre des témoins par la poursuite, le médecin a ainsi mis à mal la ligne de défense des avocats de l’ex-policier, qui tentent depuis le début de ce procès pour meurtre et homicide involontaire d’expliquer la mort de l’Afro-Américain de 46 ans, lors de son arrestation, par une consommation de drogue et par une condition médicale préalable dont M. Chauvin ne peut être tenu pour responsable, plutôt que par l’excès de force utilisé pour le maîtriser.

Or, pour Martin Tobin, il ne fait aucun doute que c’est bel et bien « une respiration superficielle, un souffle court, une respiration entravée » qui a causé la mort de George Floyd, en empêchant le transport de l’oxygène dans ses organes essentiels.

Il note qu’une « série de forces » appliquées sur le corps de la victime ont bloqué cette respiration. La pression des genoux de Derek Chauvin sur le cou et le dos de George Floyd, ajoutée au fait que ce dernier a été menotté dans le dos et pressé au sol, en fait partie.

La mort lente s’est amorcée après 4 minutes et 51 secondes de ce traitement, a dit le témoin, en soulignant que l’homme a alors cessé de gémir et de parler. Après plus de 5 minutes, le mouvement de jambes laisse entrevoir que l’asphyxie est en train de se produire.

« Au début, vous pouvez voir qu’il est conscient, puis vous pouvez voir un léger vacillement, et il disparaît, a dit le témoin. C’est le moment où la vie sort du corps. » Derek Chauvin a maintenu sa pression sur Floyd pendant encore 3 minutes et 2 secondes après l’instant « où plus d’oxygène n’était disponible dans le corps », a expliqué le médecin. À 27 reprises, Floyd avait imploré Chauvin de lui permettre de reprendre son souffle, se plaignant de ne pas pouvoir respirer.

L’argument de la drogue rejeté

M. Martin a par ailleurs rejeté l’argument de la défense voulant que le fentanyl soit à l’origine de la mort de Floyd, cette substance entraînant ses victimes dans le coma, ce qui n’a pas été le cas avant la mort de George Floyd.

Jeudi après-midi, cet argument de la défense a de nouveau été mis à mal par la poursuite avec le témoignage du toxicologue médicolégal Daniel Isenschmid, qui est venu dire que la quantité de fentanyl et de méthamphétamine retrouvée dans le corps de George Floyd « était à des niveaux bien inférieurs » à celle retrouvée chez plusieurs personnes vivantes et arrêtées pour usage de drogue au volant, a-t-il indiqué.

Le 25 mai dernier, George Floyd était arrêté au coin de l’East 38th Street et de la South Chicago Avenue par Derek Chauvin et ses collègues pour une histoire de billet de 20 $ contrefait. La semaine dernière, un témoin est venu dire devant le tribunal de Minneapolis que l’homme de 46 ans ne semblait pas avoir conscience d’avoir un faux billet en main au moment d’acheter un paquet de cigarettes. C’est à partir de cette transaction que tout a dégénéré.

S’il est reconnu coupable, Derek Chauvin pourrait être exposé à une peine de 40 ans de prison. Le verdict doit être prononcé fin avril ou début mai.

Les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, doivent être jugés en août pour « complicité de meurtre ».

À voir en vidéo