De la culpabilité et des larmes au procès pour le meurtre de George Floyd

Une vue générale de l'extérieur du centre gouvernemental du comté de Hennepin le 31 mars 2021 à Minneapolis, Minnesota.
Photo: Stephen Maturen / Getty Images / Agence France-Presse Une vue générale de l'extérieur du centre gouvernemental du comté de Hennepin le 31 mars 2021 à Minneapolis, Minnesota.

Le choc des images, 10 mois plus tard. Mercredi après-midi, un autre témoin au procès de Derek Chauvin, cet ex-policier de Minneapolis qui a envoyé George Floyd dans la mort au terme d’une arrestation musclée, a fondu en larmes en revoyant une vidéo le montrant en train d’interagir avec la victime alors sous le genou du policier. Floyd se plaint qu’il ne peut pas respirer et appelle sa mère à son secours.

« Oh, mon Dieu ! Je me sens tellement impuissant », a laissé tomber Charles McMillian, 61 ans, avant de fondre en sanglots. L’homme est passé au coin de l’East 38th Street et de la South Chicago Avenue, dans la métropole du Minnesota, ce 25 mai 2020, au moment précis où George Floyd a été arrêté par Derek Chauvin et ses collègues. Il a été la dernière personne à lui parler.

Un homme était en train d’être tué. Si j’avais été appelée sur un cas similaire, j’aurais pu [comme ambulancière] lui fournir des soins médicaux au meilleur de mes capacités. Mais cet homme s’est vu refuser ce droit.

 

Au troisième jour du procès du policier, M. McMillian est venu dire aux jurés qu’il a essayé ce jour-là de calmer George Floyd qui résistait à son arrestation. Quelques minutes plus tôt, un commis d’épicerie avait appelé la police pour dénoncer l’utilisation d’un billet contrefait de 20 $ lors de l’achat d’un paquet de cigarettes par l’Afro-Américain de 46 ans. « Je regarde M. Floyd, j’essaie de lui faire comprendre que, lorsque vous faites une erreur, une fois qu’ils vous ont menotté, vous ne pouvez pas gagner », a dit le témoin après une pause de quelques minutes ordonnée par le juge pour lui permettre de surmonter son chagrin. « Vous ne pouvez pas gagner », a-t-il répété. George Floyd est mort une heure après son arrestation à l’urgence du Hennepin County Medical Center, où il a été transporté. À 27 reprises, il a demandé au policier de lui redonner son souffle tout en se plaignant de douleurs au ventre, au cou et à la tête. En vain.

Conversation décontractée

Plus tôt dans la journée, le commis de l’épicerie qui a refusé le faux billet de 20 $ et amorcé ainsi la séquence de l’assassinat, est venu à la barre pour dire, la voix étranglée par l’émotion, qu’il s’est senti « stupéfait et coupable » en assistant à la scène de l’arrestation de George Floyd avec qui il a eu une conversation décontractée quelques minutes plus tôt, lors de la transaction dans le commerce.

« Si j’avais pris le billet, tout ça aurait pu être évité », a laissé tomber Christopher Martin, 19 ans, ancien employé du Cup Foods dans le quartier Bancroft de Minneapolis, tout en admettant que George Floyd ne « semblait pas avoir conscience » de faire un achat avec « un faux billet » de 20 $, a-t-il dit. La politique de l’épicerie sanctionne les caissiers qui acceptent de la fausse monnaie en leur retirant ce montant de leur paie, a dit le jeune homme. Il a quitté son emploi au lendemain du drame et déménagé dans un autre quartier. « Je ne me sentais pas en sécurité », a-t-il dit. Pour M. Martin, George Floyd était sympathique. Il semblait par ailleurs « être sous l’influence » de drogue ou d’alcool, en raison de la lenteur de son élocution. Une chose toutefois jugée normale dans ce quartier, à la fin d’un jour férié aux États-Unis, a précisé le témoin. C’était le Mémorial Day.

M. Martin a d’abord accepté le billet, malgré ses doutes sur son authenticité, avant de sortir avec des collègues pour retrouver George Floyd resté à l’extérieur de l’épicerie avec des amis pour lui demander de le reprendre et d’en fournir un vrai. Sans succès. Un autre employé a appelé la police.

Mercredi matin, l’ambulancière Genevieve Hanson, qui a assisté à la suite des événements, est venue poursuivre son témoignage amorcé la vieille. Plusieurs vidéos la montrent en train d’attirer calmement l’attention de Derek Chauvin pour qu’il prenne le pouls de George Floyd. Avec des sanglots dans la voix, mardi, elle a fait part au tribunal de son « total désarroi », de sa détresse devant l’impossibilité de venir en aide à la victime, les policiers l’empêchant de s’approcher. Mme Hanson était en congé cette journée-là.

« Un homme était en train d’être tué, a-t-elle dit. Si j’avais été appelée sur un cas similaire, j’aurais pu [comme ambulancière en service] lui fournir des soins médicaux au meilleur de mes capacités. Mais cet homme s’est vu refuser ce droit », a-t-elle dit.

« Je n’accepte pas ce que vous venez de faire », a dit Charles McMillian à Derek Chauvin après que George Floyd eut été transporté en ambulance après avoir perdu connaissance en pleine rue sous le genou du policier. Un montage vidéo présenté aux jurés mercredi a rejoué la scène.

« C’est votre opinion », lui répond le policier en se justifiant. « Nous devions le contrôler ».

Derek Chauvin risque 40 ans de prison, s’il est reconnu coupable. Le verdict doit être prononcé fin avril ou début mai.

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