Deux policiers du Capitole poursuivent Trump

Photo: Roberto Schmidt Archives Agence France-Presse Au total, 140 policiers ont été blessés le 6 janvier dernier dans l’attaque du Capitole par les partisans de l’ex-président américain, selon leur syndicat.

Du combat contre des insurgés à celui contre un ex-président. Dans un geste sans précédent, deux policiers du Capitole de Washington, submergés par les émeutiers le 6 janvier dernier, ont décidé de poursuivre Donald Trump, qu’ils tiennent pour responsable des blessures psychologiques et physiques subies durant l’attaque sans précédent du dôme de la démocratie américaine.

Dans la poursuite déposée mardi devant un tribunal de Washington, James Blassingame, au service de l’United States Capitol Police (USCP) depuis 17 ans, et Sidney Hemby, qui a intégré le corps policier en 2010, affirment que l’ex-président « a soutenu et encouragé l’assaut et les coups et blessures de ses partisans » contre les policiers avec ses affirmations non fondées sur le vol des élections et sa rhétorique belliqueuse. Ils réclament à l’ex-occupant de la Maison-Blanche au moins 75 000 $ en dommages et une somme punitive non quantifiée. C’est la première fois que la police du Capitole traîne un ex-président devant les tribunaux.

« La foule insurrectionnelle que Trump a enflammée, encouragée, motivée, dirigée et soutenue a forcé son chemin à travers les plaignants et leurs collègues officiers, les poursuivant et les attaquant à l’intérieur et à l’extérieur du Capitole des États-Unis, et leur causant des blessures », résume la poursuite. « Les actes illégaux et intentionnels que Trump a soutenus et encouragés à commettre » sont la « cause directe et immédiate des blessures, de la douleur, de la souffrance et d’autres dommages » infligés aux deux policiers cette journée-là, peut-on lire dans le document de 40 pages.

Photo: Jon Cherry Getty Images/AFP À ce jour, près de 300 émeutiers ont été interpellés par les autorités et poursuivis pour leur participation aux événements du 6 janvier dernier.

Traumatismes

Au total, 140 policiers ont été blessés le 6 janvier dernier dans l’attaque du Capitole par les partisans de l’ex-président américain, selon leur syndicat. Donald Trump a cherché à opposer la foule radicalisée au processus de certification du vote confirmant l’élection de Joe Biden par le pouvoir législatif américain. Un geste inédit pour un président en poste.

La poursuite détaille d’ailleurs les nombreux appels lancés par Donald Trump cette journée-là pour animer cette insurrection, lors de son discours devant la Maison-Blanche comme sur les réseaux sociaux sur lesquels il était encore présent à cette époque-là. « Ils ont truqué ça comme jamais des élections ont été truquées avant », a-t-il dit. « Lorsque vous attrapez quelqu’un pour fraude, vous pouvez vous permettre d’agir avec des règles différentes. »

Ces paroles et leurs conséquences ont valu à l’ex-président un deuxième procès en destitution lors d’un seul mandat. Il a évité la sanction, ayant été sauvé par le socle des élus républicains au Sénat. Deux policiers du Capitole se sont suicidés dans la foulée des émeutes.

Dans le document déposé en cour, Sidney Hemby évoque un traumatisme causé par les « attaques sans relâche » qu’il a subies. « Il saignait en raison d’une coupure située à moins d’un pouce de son œil, peut-on lire. Il avait des coupures et des écorchures sur le visage. Ses mains et son corps ont été coincés contre une grande porte métallique pour repousser les attaquants. » Il dit souffrir de la main droite, du genou, du dos et du cou depuis et recevoir des traitements physiologiques deux ou trois fois par semaine.

James Blassingame, pour sa part, s’est retrouvé bombardé d’objets, puis a été attaqué avec d’autres policiers par des armes contondantes, dont des chandeliers et des mâts de drapeau. Le traumatisme a entraîné chez lui une perte de sommeil et a remis en cause son « comportement calme habituel », précise le document.

À ce jour, près de 300 émeutiers ont été interpellés par les autorités et poursuivis pour leur participation à l’émeute du 6 janvier dernier.

Donald Trump, lui, a amorcé sa retraite dans sa résidence floridienne de Mar-a-Lago. La plupart des accusés ont indiqué avoir agi sous les ordres de l’ex-président américain.

Fait notable, la majorité d’entre eux se sont auto-inculpés en partageant sur les réseaux sociaux des images d’eux-mêmes en train de forcer l’entrée du Capitole ou de perpétrer des actes de violence ou illégaux à l’intérieur du bâtiment.

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