Début du procès-événement de Derek Chauvin

Le procès se joue au centre-ville de Minneapolis dans un palais de justice lourdement barricadé et surveillé, les autorités locales craignant la répétition des émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd en mai dernier.
Photo: Kerem Yucel Agence France-Presse Le procès se joue au centre-ville de Minneapolis dans un palais de justice lourdement barricadé et surveillé, les autorités locales craignant la répétition des émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd en mai dernier.

Sur les caméras de surveillance de la ville de Minneapolis, « quelque chose n’allait pas » le 25 mai dernier, lorsque le policier Derek Chauvin a arrêté George Floyd, à l’angle de l’East 38th Street et de la South Chicago Avenue.

C’est ce qu’a déclaré lundi matin la répartitrice du 911 Jena Scurry, à l’ouverture du procès de ce policier de la métropole du Minnesota, accusé du meurtre de l’Afro-Américain par un usage excessif de la force. C’est elle qui a reçu l’appel qui a mené à l’arrestation de Floyd. Le père de famille était soupçonné de vouloir se débarrasser d’un billet de 20 $ contrefait dans un commerce de la ville pour acheter des cigarettes.

Devant la scène persistante du policier tenant son genou écrasé sur le cou de la victime, l’employée du service d’urgence et première témoin citée au procès de Derek Chauvin a d’abord pensé que l’« image sur l’écran avait figé », a-t-elle raconté. « On m’a dit que ce n’était pas le cas. Ça durait trop longtemps. Mon instinct me disait que quelque chose ne tournait pas rond. »

Ce jour-là, George Floyd a perdu la vie, étouffé par le policier blanc de 45 ans qui est resté ainsi appuyé sur lui pendant 9 minutes et 29 secondes. La vidéo de l’arrestation, filmée par une passante, a fait le tour du monde, déclenchant une vague d’indignation sans précédent, aux États-Unis comme ailleurs dans le monde, après une bavure policière ciblant un énième citoyen américain noir.

Un procès « référendum »

Sur le document vidéo, présenté lundi aux jurés en ouverture du procès, George Floyd, menotté et maintenu au sol par Derek Chauvin, essaye à 27 reprises de se faire entendre du policier en indiquant qu’il a mal à l’estomac, au cou et qu’il ne peut plus respirer, avant de perdre conscience.

« Il a mis son genou sur son cou et sur son dos, l’a broyé et écrasé, jusqu’à ce que son souffle — non, mesdames et messieurs —, jusqu’à ce que la vie lui soit arrachée », a commenté le procureur de la poursuite Jerry Blackwell dans son discours liminaire aux jurés, composé de 14 personnes, à majorité blanche, mais représentant la diversité raciale américaine.

Derek Chauvin est jugé pour meurtre et homicide involontaire dans un procès événement, livré sans public, mais diffusé sur le Web en raison de la pandémie de COVID-19 et que les défenseurs des libertés civiles et des droits des Afro-Américains cherchent à transformer en procès de l’Amérique raciste.

« Chauvin est sur le banc des accusés, mais c’est l’Amérique qui est en procès », a résumé le révérend Al Sharpton, militant des droits civiques qui, avec les proches de George Floyd, a mis un genou à terre en silence pendant environ neuf minutes à l’extérieur de la salle d’audience, juste avant le début des plaidoyers, pour faire réfléchir « à la raison pour laquelle [le policier] n’a pas ôté son genou », malgré les supplications de la victime.

Pour l’avocat de la famille de George Floyd, Ben Crump, ce procès revêt un caractère « historique ». C’est « un référendum sur le chemin parcouru par l’Amérique dans sa quête d’égalité et de justice pour tous », a-t-il déclaré.

Les poursuites contre des policiers sont très rares aux États-Unis, et les condamnations le sont encore plus.

Sous haute tension

Pour la poursuite, Derek Chauvin a failli à son serment de policier de « protéger la vie ». Mais pour ses avocats, « il a fait exactement ce à quoi il a été formé au cours de ses 19 ans de carrière » en appréhendant un suspect récalcitrant, a rétorqué Eric Nelson, en demandant aux jurés de l’acquitter tout en se concentrant sur les faits.

« Il n’y a pas de cause politique ou sociale dans la salle d’audience », leur a-t-il dit, « mais des preuves qui vont au-delà de 9 minutes et 29 secondes ».

La défense de l’ex-agent du service de police de Minneapolis a d’ailleurs annoncé ses couleurs et va chercher dans les prochaines semaines à faire la démonstration que Derek Chauvin n’a rien fait de plus que de suivre les procédures autorisées et que George Floyd a perdu la vie, « à cause d’une hypertension, d’une maladie coronarienne, de l’ingestion de méthamphétamine et de fentanyl », un puissant opioïde dont il était consommateur, a indiqué l’avocat de l’ex-policier. L’autopsie de la victime en a révélé des traces au lendemain de son assassinat.

La poursuite et la défense vont disposer de trois à quatre semaines pour convaincre les jurés de la culpabilité ou de l’innocence de Derek Chauvin. L’homme a été remis en liberté sous caution au lendemain de son arrestation l’an dernier. Le verdict est attendu pour la fin avril ou le début du mois de mai.

Le procès se joue au centre-ville de Minneapolis dans un palais de justice lourdement barricadé et surveillé, les autorités locales craignant la répétition des émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd en mai dernier. S’il est reconnu coupable, l’ex-policier pourrait faire face à une peine de 10 à 40 ans de prison.

Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, les trois autres policiers impliqués dans l’arrestation et la mort de George Floyd, vont être jugés en août pour « complicité de meurtre ». La municipalité de Minneapolis a déjà accordé 27 millions de dollars en dédommagement à la famille de la victime. Lundi, Philonise Floyd, frère de George, a qualifié de « lynchage des temps modernes » les événements tragiques pour lesquels Derek Chauvin a commencé à être jugé.

Avec l’Agence France-Presse

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