Le procès du policier accusé du meurtre de George Floyd entre dans le vif du sujet

Pandémie oblige, le procès se déroule sans public, mais les audiences sont retransmises en direct, et de nombreux Américains devraient les suivre de près.
Photo: Scott Olson Getty Images via Agence France-Presse Pandémie oblige, le procès se déroule sans public, mais les audiences sont retransmises en direct, et de nombreux Américains devraient les suivre de près.

Les débats de fond commencent lundi au procès du policier blanc accusé d’avoir tué l’Afro-Américain George Floyd, dont la mort a suscité une immense mobilisation antiraciste aux États-Unis, et au-delà.

Derek Chauvin, 45 ans, dont 19 au service de la police de Minneapolis, est inculpé de meurtre et d’homicide involontaire. Le 25 mai, il était resté agenouillé pendant près de neuf minutes sur le cou du quadragénaire noir, plaqué au sol et menotté.

Remis en liberté sous caution, il comparaît libre depuis le 9 mars dans un bâtiment public de la grande ville du nord des États-Unis, transformé en camp retranché pour ce procès exceptionnel.

Les audiences ont pour l’instant été exclusivement consacrées à la sélection des jurés, une tâche qui s’est avérée particulièrement délicate compte tenu de l’extrême médiatisation du dossier. Lundi à 9 h, heure locale, Derek Chauvin se retrouvera face à ce panel qui reflète la diversité de la population de Minneapolis, avec quatre jurés noirs — dont deux immigrés — et deux métisses. Pendant trois ou quatre semaines, ils entendront les arguments des deux parties, des témoins et des experts, avant de se retirer pour délibérer. Leur verdict est attendu fin avril ou début mai.

Les douze jurés devront se prononcer à l’unanimité, sinon le procès sera considéré comme nul et non avenu. Ce scénario, ou un acquittement, pourrait déclencher de nouvelles émeutes à Minneapolis, qui s’est déjà embrasée fin mai.

L’ombre de Rodney King

Une condamnation serait à l’inverse interprétée comme le signe d’un changement des mentalités aux États-Unis, où les très rares policiers traduits en justice ont généralement bénéficié de la clémence des jurés. Il y a 30 ans, quatre policiers de Los Angeles jugés pour avoir passé à tabac l’Afro-Américain Rodney King étaient ainsi ressortis libres de leur procès, malgré l’existence d’un enregistrement vidéo des violences, ce qui avait déclenché des émeutes meurtrières.

Le calvaire de George Floyd a lui aussi été filmé par une passante et mis en ligne sur Internet. Les images, à la limite du soutenable, devraient occuper une large place au procès de Derek Chauvin.

Autre signe de changement : la mairie de Minneapolis a d’ores et déjà accepté de verser 27 millions de dollars d’indemnisation à la famille de George Floyd pour mettre un terme à sa plainte au civil. L’avocat de Derek Chauvin a vivement critiqué l’annonce, le 12 mars,de cet accord, susceptible selon lui d’influencer les jurés.

À la barre, Me Eric Nelson va plaider que son client n’est pas coupable. Il va assurer que le policier s’est contenté de suivre des procédures autorisées pour maîtriser un suspect récalcitrant et qu’il n’est pas responsable de la mort de George Floyd. L’avocat va soutenir que le quadragénaire est mort d’une overdose au fentanyl, un puissant opioïde dont des traces ont été retrouvées à l’autopsie, et de problèmes de santé.

Les procureurs tenteront eux de démontrer que Derek Chauvin a manifesté du mépris pour la vie de l’Afro-Américain, en maintenant sa pression bien que celui-ci ait dit à vingt reprises « Je ne peux pas respirer », qu’il se soit ensuite évanoui et que son pouls ait finalement disparu.

Pandémie oblige, le procès se déroule sans public, mais les audiences sont retransmises en direct, et de nombreux Américains devraient les suivre de près. Toujours à cause de la COVID-19, les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront jugés en août pour « complicité de meurtre ».

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