Biden accusé d’aggraver la crise migratoire

Des adolescents attendaient  dimanche soir de pouvoir  accéder  à un site  d’hébergement temporaire  au Texas, après avoir franchi  la frontière  séparant  les États-Unis  du Mexique.
Eli Hartman Associated Press Des adolescents attendaient dimanche soir de pouvoir accéder à un site d’hébergement temporaire au Texas, après avoir franchi la frontière séparant les États-Unis du Mexique.

Joe Biden était lundi sous le feu des critiques des républicains, qui l’accusent d’avoir provoqué un appel d’air à la frontière américano-mexicaine, où affluent des milliers de migrants, dont de nombreux mineurs non accompagnés.

« À la maison, on n’a pas de travail, pas d’argent », confie Rubia Tabora, Guatémaltèque âgée de 25 ans, assise avec son fils d’un an à la gare routière de Brownsville, à la pointe sud du Texas. Elle a franchi clandestinement la frontière depuis le Mexique et veut retrouver son époux, qui vit déjà aux États-Unis.

L’annonce que Joe Biden avait signée, dès son premier jour à la Maison-Blanche le 20 janvier, un moratoire sur l’expulsion des sans-papiers arrivés aux États-Unis avant novembre 2020, l’a encouragée à passer la frontière, affirme-t-elle. « Mon mari m’a dit de venir à ce moment-là », expliquait dimanche soir la jeune femme à l’AFP.

Quelque 200 migrants sans papiers sont passés par la gare routière de Brownsville durant la seule journée de samedi, selon les associations locales. Au cœur de cet afflux, qui se répète tout au long de la frontière, l’arrivée massive de mineurs non accompagnés est particulièrement préoccupante.

Elle a débordé les structures déjà en place, au point que le gouvernement Biden a ordonné samedi à l’agence américaine de gestion des situations d’urgence (FEMA) d’intervenir. Pendant trois mois, elle aidera à héberger temporairement les mineurs avant qu’ils ne rejoignent des adultes, généralement des proches déjà installés aux États-Unis.

Le ministère de la Santé s’occupe actuellement de quelque 8800 jeunes migrants, et les arrivées quotidiennes se poursuivent.

En février seulement, la police aux frontières (CBP) a intercepté 100 000 clandestins à la frontière sud des États-Unis, dont 9457 mineurs non accompagnés ainsi que 19 246 personnes arrivées en famille.

Le nombre de migrants mineurs arrivés seuls à la frontière avec le Mexique était tombé à son plus bas niveau, 741, en avril 2020, mais n’a cessé de remonter depuis. En décembre, dernier mois entièrement passé sous la présidence de Donald Trump, les services douaniers avaient intercepté quelque 74 000 migrants.

« Nombre record »

« La crise à la frontière devient incontrôlable », avait dénoncé la semaine dernière le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, qui accuse Joe Biden d’avoir provoqué cet afflux de migrants avec ses politiques.

Avec une dizaine d’autres républicains, M. McCarthy était lundi au Texas pour « évaluer la crise migratoire qui s’aggrave à la frontière ».

Le ministre à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, avait souligné samedi, en annonçant la mobilisation de la FEMA, que le gouvernement Biden faisait face « à l’arrivée d’un nombre record de personnes, dont des enfants non accompagnés, à la frontière sud-ouest ». Mais il a insisté sur le fait que la hausse avait démarré à partir d’avril 2020, soit sous la présidence de Donald Trump, en l’expliquant par « la violence, des catastrophes naturelles, de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté » dans les pays d’Amérique centrale.

« À chaque élection, peu importe le parti qui prend le pouvoir », le contenu exact des réformes annoncées « est interprété dans les pays du sud de façon différente », a expliqué lundi Chris Cabrera, porte-parole d’un syndicat de la police des frontières sur CNN.

Si Joe Biden a ordonné un moratoire sur les expulsions des clandestins déjà aux États-Unis, « certains l’ont compris comme une amnistie de 100 jours pour que les gens entrent dans le pays. Nous savons tous que ce n’est pas le cas, mais c’est ce que les trafiquants disent pour se faire payer et attirer » les candidats à l’immigration, a-t-il poursuivi.

Mais pour les républicains, c’est aussi l’annonce que le nouveau président démocrate cherchait une voie vers la naturalisation de quelque 11 millions d’immigrés en situation irrégulière qui a créé un appel d’air.

Cette vaste réforme migratoire, présentée par les démocrates au Congrès à la mi-février, n’est pas inscrite au calendrier des prochains votes malgré la majorité démocrate dans les deux chambres. Signe que les chefs du parti savent pour l’instant qu’elle aurait peu de chance d’être approuvée.

En attendant, le parti opte pour des mesures plus ciblées : la Chambre votera cette semaine sur un projet de loi qui permettrait aux personnes arrivées mineures sur le territoire, les « Dreamers », de devenir Américains, ainsi qu’un texte visant à faciliter le séjour des employés agricoles immigrés.

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