Donald Trump veut détrousser le parti républicain

Le trumpisme était un mouvement politique. Il est en train de se transformer en produit commercial pour Donald Trump qui, éloigné désormais de la Maison-Blanche, cherche à en faire le moteur de son enrichissement personnel.

C’est ce que pense le rédacteur en chef adjoint du journal conservateur American Greatness, Pedro Gonzalez qui, lundi, a comparé le courant politique de l’ancien président américain à quelque chose situé désormais « entre l’entreprise et le racket ». « La triste vérité, c’est que MAGA [Make America Great Again] qui a dénoncé l’establishment politique et le « Conservatisme Incorporé » vient de devenir « MAGA Inc », a-t-il dit en entrevue au quotidien The Hill. Une affaire dont le milliardaire souhaite être le seul désormais à profiter.

« Il y a quelque chose de sectaire dans le mouvement entourant Donald Trump, dit en entrevue le politicologue Jeff Green de l’Université de Pennsylvanie. Les sectes œuvrent sur la frontière entre l’affaire commerciale et le racket. Et l’on peut faire le même parallèle ici. »

Il est en train de chercher à faire tomber le parti pour n’en laisser qu’une coquille vide

 

Au début de la semaine, Donald Trump a contesté l’utilisation de son nom et de son image dans une campagne d’appel aux dons lancée ces derniers jours par le Comité national républicain. La formation politique cherche à renflouer ses coffres avant de repartir en campagne pour les élections de mi-mandat de 2022. Les républicains espèrent y retrouver une majorité dans une des deux chambres du Congrès.

Dans une déclaration publique faite au début de la semaine, l’ancien président appelle à ne plus contribuer à la caisse électorale du parti, mais plutôt à diriger les dons vers son comité d’action politique, baptisé Save America et de n’utiliser que son site Web personnel plutôt que celui du Parti républicain pour envoyer les dons.

« Plus d’argent pour les RINOS [terme péjoratif utilisé aux États-Unis pour qualifier les républicains], écrit-il. « Ils ne font que nuire au Parti républicain et à notre grande base électorale. Ils ne nous mèneront jamais à la Grandeur. »

La formation politique a affirmé lundi avoir le droit de faire référence à l’ex-président dans sa campagne de levée de fonds en invoquant autant le premier amendement de la constitution américaine qu’une conversation entre Donald Trump et le président de son comité national, Ronna McDaniel, la fin de semaine dernière, au cours de laquelle l’ex-président aurait « approuvé » l’utilisation de son nom. Quelques jours plus tôt, ses avocats ont demandé au parti de cesser d’en faire l’usage.

« Donald Trump fait face personnellement à de graves problèmes économiques actuellement », résume Jeff Green, ce qui conforte la thèse de la campagne menée pour son enrichissement personnel, selon lui. « En 2015, son entrée en politique a été motivée autant par la construction de sa marque que par l’envie d’occuper un poste politique. Sous sa présidence, il a violé les règles en ne se dessaisissant pas de ses intérêts économiques. Certains de ses hôtels et autres intérêts commerciaux semblaient même bien prospérer en raison de sa détention du pouvoir présidentiel. »

Parti menacé

L’utilisation du trumpisme, post-présidence, comme source de revenus s’inscrit donc dans la suite normale des choses. Depuis les élections de novembre, son comité d’action politique a engrangé près de 31 millions de dollars, selon les derniers chiffres rendus publics par l’organisation. Au lendemain de son premier discours politique la semaine dernière depuis son départ de la Maison-Blanche, 3 millions supplémentaires sont entrés dans ses coffres, indique l’Associated Press.

Pour le stratège républicain, Garry Sasse, joint au Rhode Island, les « efforts de Donald Trump pour siphonner les fonds du Comité national républicain » menacent l’avenir de la formation politique et démontrent au passage que Trump « exige avant tout une loyauté envers lui-même et non envers le parti ». « Cette équation n’est pas politiquement viable pour le parti et elle va devenir de plus en plus toxique tant qu’il va attiser les flammes de la désunion au sein de la formation politique. »

« Il est en train de chercher à faire tomber le parti pour n’en laisser qu’une coquille vide, dit Larry Mullen, professeur à l’Université du Nevada. Et franchement, les républicains devraient finir par comprendre que dans leur intérêt tous ces liens avec lui devraient être coupés. » Le spécialiste de la politique américaine ne s’étonne pas d’ailleurs de la stratégie de l’ancien président qui cherche à capitaliser sur son mouvement avant qu’il ne s’éteigne. « Dans les prochains mois, Il va surtout être occupé à défendre ses activités antérieures, souvent douteuses et probablement criminelles, devant les tribunaux, plutôt que l’héritage du trumpisme. »

« Historiquement, les mouvements comme le Tea Party, ceux de Ross Perot ou de George Wallace, se sont tous essoufflés avec le temps, après la défaite ou l’affaiblissement de leur figure de proue. Le trumpisme devrait connaître le même sort », assure-t-il.

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