Une troisième femme accuse le gouverneur de New York d’inconduite sexuelle

Une troisième femme a accusé le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, de comportement inapproprié.
Photo: Johannes Eisele Archives Agence France-Presse Une troisième femme a accusé le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, de comportement inapproprié.

Andrew Cuomo sera-t-il forcé de démissionner ? La pression monte sur le puissant gouverneur de New York au moment où une troisième femme l’accuse de comportement inapproprié.

Depuis une semaine, la situation se corse de jour en jour pour ce politicien démocrate de 63 ans, fils de gouverneur, ancien secrétaire du gouvernement Clinton et ami de Joe Biden, devenu une vedette de la gestion de la pandémie en 2020, au point que certains le poussaient à briguer la Maison-Blanche.

Déjà sur la sellette pour avoir minimisé — peut-être délibérément — le nombre de morts de la COVID-19 dans les maisons de retraite de cet État de 20 millions d’habitants, M. Cuomo a depuis mercredi été mis en cause par trois femmes, beaucoup plus jeunes que lui.

Si ce scandale avait éclaté il y a quelques années, les démocrates n’auraient eu d’autre choix que d’appeler à la démission de Cuomo. Mais il s’est passé des choses depuis.

 

Une ex-conseillère économique, Lindsey Boylan, 36 ans, a affirmé mercredi que le gouverneur l’avait embrassée sur la bouche de façon non sollicitée et a suggéré qu’elle joue avec lui au strip poker, quand elle travaillait avec lui entre 2015 et 2018.

Samedi, une autre ancienne collaboratrice, Charlotte Bennett, 25 ans, a indiqué que le gouverneur lui avait fait des avances qui l’avaient mise « mal à l’aise » au printemps 2020.

Et, lundi soir, une troisième femme, qui n’a jamais travaillé avec lui, a affirmé au New York Times qu’il l’avait « choquée » en voulant l’embrasser contre son gré lors d’un mariage en 2019. Le journal a publié une photo montrant le gouverneur la tenant par les joues, visiblement effrayée.

Ses accusatrices demandent sa démission, comme un nombre croissant d’élus new-yorkais.

Appuis de taille

Ce troisième témoignage « rend son maintien [à son poste] beaucoup plus difficile », observe Sam Abrams, professeur de sciences politiques au Sarah Lawrence College. Or, dit-il, ce gouverneur parmi les plus puissants des États-Unis, qui dirige l’État de New York depuis 10 ans et dont le troisième mandat expire fin 2022, n’est pas du genre à démissionner. « Il peut encore laver son nom si un malentendu est crédible. Mais s’il perd le soutien de son parti, ce qui a l’air de se produire, il ne pourra pas briguer un quatrième mandat. »

Pour l’instant, les dirigeants du Parti démocrate, à New York comme à Washington, ne l’ont pas lâché et appellent simplement à une enquête indépendante sur ces allégations. M. Cuomo, un ancien procureur, a fini par accepter de la confier à la très coriace procureure de l’État, Letitia James. Cette dernière a indiqué lundi que le rapport d’enquête serait rendu public, sans préciser à quelle échéance.

Pour forcer M. Cuomo à démissionner, le Parlement de New York serait dans l’obligation de lancer contre lui une procédure en destitution — similaire à celle qui existe au niveau fédéral pour destituer un président — avec une majorité simple à la Chambre basse, et des deux tiers au Sénat.

Un tel scénario semble improbable, selon plusieurs analystes. D’autant plus qu’après quatre ans de présidence Trump et d’ultrapolarisation politique, les affiliations de parti « ont pris le dessus », notamment sur #MeToo quand il s’agit de soutenir ou pas un élu, selon Michael Miller, politologue à l’Université Barnard.

Même si les démocrates — et surtout l’aile gauche du parti — se veulent un parti exemplaire en matière de conduite, beaucoup refusent d’être tenus par des principes que les républicains ne respectent pas, dit-il. Il cite l’exemple récent du sénateur républicain Ted Cruz : bien qu’il ait déserté son État du Texas — dévasté par une vague de froid rarissime — pour la station balnéaire mexicaine de Cancún, les appels à sa démission n’ont pas été suivis d’effet. « Si ce scandale avait éclaté il y a quelques années, les démocrates n’auraient eu d’autre choix que d’appeler à la démission de Cuomo. Mais il s’est passé des choses depuis », a estimé aussi Michelle Goldberg, chroniqueuse au New York Times.

Après les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd en mai 2020, dit-elle, « la “guerre culturelle” s’est déplacée vers les questions de race », dit-elle. Et les démocrates n’ont jamais digéré la démission forcée du populaire sénateur Al Franken en 2018, en pleine vague #MeToo, accusé de gestes déplacés sur plusieurs femmes, dit-elle.

Pour autant, même s’il échappe à une démission ou à une destitution, beaucoup pensent que la carrière politique de M. Cuomo touche à sa fin. « Il est raisonnable de penser que c’est son dernier mandat de gouverneur, et sa dernière année de service public », dit Michael Miller.

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