Donald Trump, un ex-président tout-puissant parmi les républicains

Samedi dernier, Mitch McConnell a qualifié Trump de «moralement responsable» des émeutes du 6 janvier en raison des «mensonges» qu’il a proférés sur sa défaite et sur une fraude électorale fabulée. C’est ce qui lui vaut désormais d’être frappé d’anathème.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Samedi dernier, Mitch McConnell a qualifié Trump de «moralement responsable» des émeutes du 6 janvier en raison des «mensonges» qu’il a proférés sur sa défaite et sur une fraude électorale fabulée. C’est ce qui lui vaut désormais d’être frappé d’anathème.

La critique est sévère et elle a été écrite à la main, dans une lettre adressée au républicain Adam Kinzinger par onze membres de sa famille.

« Oh mon Dieu ! Quelle déception vous êtes pour nous et pour Dieu ! » ont-ils écrit. « Vous avez sali le nom de famille Kinzinger », et ce, en répondant à l’appel « de l’armée du diable » pour condamner publiquement l’ex-président américain Donald Trump.

Depuis plusieurs jours, le représentant de l’Illinois au Congrès fait campagne pour que le Parti républicain rompe avec la rhétorique conspirationniste et mensongère du milliardaire. Il a réclamé la révocation immédiate de l’ex-président au lendemain de l’insurrection du 6 janvier et a fait partie des rares élus de son parti à avoir voté pour l’acte d’accusation appelant la destitution de Trump. Le populiste a été acquitté la semaine dernière devant le Sénat.

« Nous sommes complètement dégoûtés », a écrit sa cousine, Karen Otto, au nom des autres. La lettre, adressée également aux instances du Parti républicain de l’Illinois, a été publiée lundi par le New York Times. « Je voulais qu’Adam soit banni », a-t-elle dit en entrevue au quotidien new-yorkais.

Il y a au sein de la base républicaine des gens qui en sont venus à considérer Donald Trump comme une sorte de figure messianique

Bannis, blâmés, censurés et condamnés sur la place publique. Voilà le sort réservé, sans exception, aux critiques de l’ex-président dans un mouvement et un parti vassalisé dont la radicalité n’autorise visiblement aucune remise en question de son dirigeant. Y compris après l’attaque contre la démocratie qu’il a orchestrée avant de quitter son poste.

Son acquittement a renforcé ces lignes de défense qui se sont exprimées toute la semaine contre les détracteurs de Donald Trump au sein du Parti républicain, souvent de manière irrationnelle au regard des événements justifiant la condamnation du populiste.

« Il y a au sein de la base républicaine des gens qui en sont venus à considérer Donald Trump comme une sorte de figure messianique, résume en entrevue le politicologue Karl Kaltenthaler, spécialiste en sécurité et en violence politique à la University of Akron en Ohio. À certains égards, le mouvement qui le glorifie n’est pas sans rappeler les mouvements religieux, avec leurs croyances. Et tous ceux qui s’en écartent sont punis », peu importe leur grade ou leurs contributions passés au mouvement.

Cette semaine, le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, pourtant un allié de longue date de Donald Trump, a goûté à cette médecine en devenant pour la première fois la cible de l’ex-président qui l’a qualifié de « politicien renfrogné, maussade, qui ne sourit jamais ». « Si les sénateurs républicains restent avec lui, ils ne gagneront plus », a assuré l’ancien occupant de la Maison-Blanche, qui s’est dit prêt à opposer un candidat de son cru à l’élu républicain du Kentucky en vue des prochaines élections. En politique américaine, cela s’appelle se faire « primairiser » par le chef de son parti.

Samedi dernier, Mitch McConnell a qualifié Trump de « moralement responsable » des émeutes du 6 janvier en raison des « mensonges » qu’il a proférés sur sa défaite et sur une fraude électorale fabulée. C’est ce qui lui vaut désormais d’être frappé d’anathème. Ironiquement, c’est lui qui a évité la condamnation à l’ex-président devant le Sénat samedi dernier en refusant de voter pour sa destitution et en invitant ses collègues à le suivre. Seulement 7 républicains sur 50 ont brisé les rangs. Il en aurait fallu 10 de plus pour destituer Trump.

Lundi, le comité républicain de la Caroline du Nord a adopté à l’unanimité une motion de blâme contre le sénateur Richard Burr, qui représente cet État à Washington, pour avoir voté pour la destitution de Donald Trump samedi dernier.

« Comme dans les mouvements religieux radicaux, les critiques du leader sont devenues, au sein du trumpisme, des justifications au rejet de ceux qui les formulent, dit Ali Dizboni, spécialiste de la radicalisation et des mouvements politiques qu’elle fait naître au Collège militaire royal du Canada. Mais l’intolérance à la critique entraîne toutefois des purges symboliques, plutôt que des arrestations ou des assassinats comme on le voit dans d’autres mouvements autoritaires radicalisés. »

Un mensonge qui fait mouche

Mercredi, dans la première entrevue accordée depuis son départ de la Maison-Blanche, Donald Trump a exprimé sa frustration envers l’establishment du Parti républicain qui, selon lui, ne l’a pas aidé à se battre contre la fraude électorale dont il a une nouvelle fois maintenue l’existence. Et ce, en contradiction avec les faits. La totalité des 60 poursuites judiciaires intentées depuis novembre dernier par les avocats de Donald Trump et ses alliés républicains pour annuler les résultats du vote dans plusieurs États a été rejetée par les tribunaux, faute de preuve de la fraude électorale alléguée, y compris dans plusieurs États à forte concentration républicaine.

« Je pense que nous avons gagné substantiellement, a-t-il répété sur les ondes de Fox News. Vous auriez eu des émeutes partout au pays si cela était arrivé à un démocrate. Mais nous n’avons pas eu le soutien, à plusieurs niveaux, du système républicain. »

Le système de croyances bâti par l’ex-président reste d’ailleurs très solide face à la vérité : 72 % des républicains sont persuadés, encore et toujours, que l’élection de Joe Biden en novembre dernier est la conséquence d’une fraude électorale massive.

« Il est plutôt étrange d’entendre des organisations républicaines se plaindre de la culture de l’effacement [cancel culture] alors qu’elles cherchent elle-même à censurer et à faire taire des élus républicains qui n’ont rien fait de plus que de dire la vérité », a ironisé lundi sur les ondes de CNN le commissaire aux élections de la ville de Philadelphie, Al Schmidt, lui-même républicain, qui a été la cible d’attaque l’an dernier lors du dépouillement du vote dans cette ville. « S’ils cherchent vraiment à blâmer des gens, je leur suggère de blâmer les élus républicains qui mentent aux électeurs. »

Au lendemain de son acquittement, Donald Trump semble toujours le candidat de prédilection de 59 % des républicains qui souhaitent le voir à la tête du parti en 2024, selon le plus récent sondage Politico-Morning Consult dévoilé mardi. 87 % des membres du parti estiment également que le président déchu ne devrait pas être empêché de briguer un nouveau mandat, et 75 % souhaitent le voir jouer un rôle déterminant au sein du parti à l’avenir.

« L’emprise de Donald Trump sur le parti est encore énorme, dit Karl Kaltenthaler, ce qui rend difficile la prise de parole des dirigeants du parti conscients qu’il nuit à la marque républicaine et qui aimeraient s’éloigner de ses discours. » Des discours radicaux qui ont conduit aux violences du 6 janvier dernier.

« Dans les marges les plus extrêmes du trumpisme, il existe une véritable orthodoxie autour de Donald Trump qui guide la façon d’en parler et de condamner ses adversaires. Cette orthodoxie est une contrainte importante pour le Parti républicain. Elle rend difficile pour le parti d’avancer désormais après sa défaite électorale », conclut-il. 

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