Le sénateur Ted Cruz s’envole vers Cancún en pleine crise énergétique au Texas

Le sénateur Ted Cruz s’est défendu dans la journée en évoquant un déplacement vers le Mexique visant à accompagner ses filles et sa femme pour des vacances de dernière minute avec des amis, en raison de la fermeture des écoles au Texas.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Le sénateur Ted Cruz s’est défendu dans la journée en évoquant un déplacement vers le Mexique visant à accompagner ses filles et sa femme pour des vacances de dernière minute avec des amis, en raison de la fermeture des écoles au Texas.

De la crise climatique à la crise politique. Le sénateur républicain du Texas, Ted Cruz, un allié et fervent défenseur de Donald Trump, s’est retrouvé jeudi sous un feu nourri de critiques après avoir quitté l’État, actuellement touché par une crise énergétique majeure et des températures hivernales glaciales, pour une petite escapade en famille dans la chaleur de Cancún, au Mexique.

Jeudi après-midi, près de 500 000 foyers étaient toujours privés d’électricité dans cet État américain du Sud où plus de 20 personnes ont perdu la vie en raison des températures glaciales et de la défaillance majeure du réseau d’approvisionnement énergétique face à des froids records. Sept millions de Texans, soit un quart de la population, avaient toujours l’ordre jeudi de faire bouillir leur eau, parfois sans électricité pour le faire.

Le gouverneur républicain de l’État, Greg Abbott, s’est également fait blâmer jeudi après avoir tenté de faire porter l’odieux de la crise énergétique en cours aux programmes de développement des énergies renouvelables, responsables selon lui des importantes pannes d’électricité. Il a accusé entre autres le froid d’avoir bloqué les turbines des éoliennes tout en dénigrant au passage le « New Deal » vert, programme de transition énergétique actuellement promu par les démocrates.

« Le Texas est un État gazier, lui a rappelé Michael Webber, spécialiste en énergie à la University of Texas à Austin, une ville durement touchée par les pannes et le froid. Et c’est le gaz qui manque ici de manière spectaculaire » pour répondre à la demande, a-t-il dit dans les pages du Texas Tribune.

 
Photo: Brett Coomer Houston Chronicle via Associated Press Mercredi, le gouverneur du Texas a interdit les exportations de gaz à l’extérieur de l’État, jusqu’au 21 février, et ce, pour s’assurer de répondre à la demande locale en priorité.

Selon le Electric Reliability Council du Texas, 80% de la capacité énergétique hivernale de l’État repose principalement sur les centrales au gaz, au charbon et un peu de nucléaire. Le froid inhabituel de février, tout comme la glace et la neige ont porté atteinte aux infrastructures et à l’approvisionnement en carburants fossiles. Mercredi, le gouverneur a d’ailleurs interdit les exportations de gaz à l’extérieur de l’État, jusqu’au 21 février, et ce, pour s’assurer de répondre à la demande locale en priorité.

« Troublant »

Jeudi, les responsables du parti démocrate du Texas ont qualifié de « troublant » et de « décevant » le départ en vacances de Ted Cruz alors que l’État est frappé par une importante crise climatique et énergique. « Ted Cruz a déjà prouvé qu’il était un ennemi de notre démocratie en incitant à une insurrection [le 6 janvier dernier, en clamant que l’élection de Joe Biden était frauduleuse]. Maintenant, il se révèle être un ennemi de notre État en nous abandonnant dans un des moments les plus difficiles », a déclaré jeudi le président du Parti démocrate du Texas, Gilberto Hinojosa. « Pour la 21e fois, le Parti démocrate du Texas appelle Ted Cruz à démissionner ou à être destitué de ses fonctions. »

Le sénateur s’est défendu dans la journée en évoquant un déplacement visant à accompagner ses filles et sa femme pour des vacances de dernière minute avec des amis, en raison de la fermeture des écoles au Texas. « Voulant être un bon père, je les ai accompagnées hier soir et je reviens cet après-midi », a-t-il indiqué jeudi par voie de communiqué. « Mon personnel et moi sommes en communication constante avec les autorités locales et celles de l’État pour comprendre ce qui s’est passé au Texas. Nous voulons que notre électricité soit rétablie, que notre eau potable soit de retour que nos maisons soient chauffées. »

Cette semaine, l’élu, qui aspire à être candidat républicain dans la course à la Maison-Blanche en 2024, s’est fait rattraper par ses propos dénigrants les démocrates de la Californie après d’importantes pannes d’électricité l’été dernier. « La Californie est désormais incapable de fournir les services de base de sa population, comme un réseau électrique fiable », avait-il écrit en août sur Twitter, accusant aux passages les candidats à la présidence, Joe Biden et Kamala Harris, de chercher à faire de cet échec énergétique californien « un standard national ».

État d’urgence

La Maison-Blanche a déclaré l’état d’urgence et envoyé des génératrices, des couvertures et des repas au Texas ainsi qu’en Oklahoma, touché également par les dérèglements climatiques des derniers jours.

« Les données scientifiques qui soutiennent les changements climatiques sont accablantes, dit Charles Driscoll, spécialiste de l’environnement à l’Université de Syracuse, joint par Le Devoir. Désormais, même les gens dans les États républicains ne peuvent plus le nier». Selon lui, la tragédie des derniers jours au Texas, malgré sa violence sur les individus, donne désormais «une lueur d’espoir ». « Cela devrait motiver les autorités à investir dans l’amélioration des infrastructures pour qu’elles soient plus résilientes face aux changements climatiques. »

« Hey Texas ! Continuez à voter pour des gens qui ne croient pas aux changements climatiques et qui soutiennent la privatisation du réseau électrique, a ironisé mardi l’auteur Stephen King qui critique régulièrement la droite américaine. Peut-être que dans quatre ans vous pourriez voter à nouveau pour Trump. Il croit en l’un, mais pas en l’autre. »

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