Un républicain contre son parti

«Le plus grand danger pour le moment, c’est que nous sommes devenus un parti qui barbote — pas seulement barbote — qui fait le commerce des complots et des mensonges», a dit le représentant Adam Kinzinger, un des 10 députés républicains à avoir voté en faveur de la destitution de Donald Trump.
Photo: Pool / Getty Images via Agence France-Presse «Le plus grand danger pour le moment, c’est que nous sommes devenus un parti qui barbote — pas seulement barbote — qui fait le commerce des complots et des mensonges», a dit le représentant Adam Kinzinger, un des 10 députés républicains à avoir voté en faveur de la destitution de Donald Trump.

Seul contre tous. Alors que le Parti républicain reste profondément déchiré après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, un élu républicain de l’Illinois a décidé de lancer un pavé dans la mare, dimanche, avec une campagne appelant à ne plus accepter que « les mensonges et les théories du complot » façonnent à l’avenir l’identité de la formation politique.

« Le plus grand danger pour le moment, c’est que nous sommes devenus un parti qui barbote, qui fait le commerce des complots et des mensonges », a dit le représentant Adam Kinzinger, un des 10 députés républicains à avoir voté pour la destitution de Donald Trump au lendemain de l’insurrection du Capitole, le 6 janvier dernier.

Selon lui, cette manière de faire n’est pas celle du Grand Old Party (GOP) dans lequel il est entré, mais plutôt « une route dangereuse qui mène à l’insurrection et à l’attaque du Congrès par les armes, explique-t-il dans une vidéo mise en ligne dimanche sur le site country1st.com, qui conduit au meurtre d’un policier du Capitole et à la mort de quatre Américains. Ce sont des choses qui se produisent dans les pays en faillite ou les républiques de banane, pas dans la plus grande nation que le monde ait jamais connue. Les États-Unis ne doivent plus connaître un jour comme ça ».

Le projet de l’élu républicain de 42 ans, une ancienne figure du Tea Party, s’inscrit à la fin d’une semaine mouvementée pour la formation politique critiquée pour le comportement de sa représentante de la Géorgie, Marjorie Taylor Greene. La nouvelle élue a proféré par le passé des menaces de mort ciblant des élus démocrates, dont Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, et continue de faire la promotion de théories du complot, y compris au sein du pouvoir législatif américain. Mme Taylor Greene, une fidèle du mouvement QAnon, estime que les élections de novembre dernier ont été truquées et que Donald Trump est le seul président légitime, encore aujourd’hui.

Rappelons que les autorités électorales au pays ont pourtant confirmé la victoire de Joe Biden, qui a été assermenté le 20 janvier dernier. Presque toutes les poursuites visant à renverser le vote en faveur de Trump ont échoué devant la justice américaine, y compris devant la Cour suprême, dont trois juges ont été nommés par le milliardaire.

Le parti de Trump ?

 

« La réalité est la suivante : c’est le moment de choisir, a dit Adam Kinzinger en entrevue à NBC dimanche. Jetons un coup d’œil aux quatre dernières années et regardons à quel point nous avons colporté l’obscurité et la division. Je ne pense pas que la plupart des républicains ont adhéré au parti pour soutenir cela. »

Pour le politicologue Robert C. Smith, de la San Francisco State University, la campagne de l’élu de l’Illinois ne devrait pas être à la source d’un changement majeur au sein du GOP à court terme, soit deux ou quatre ans, en raison de l’implantation très forte de la culture trumpienne au sein de la formation. « Mais avec d’autres appuis du genre, à long terme, c’est quelque chose qui pourrait conduire à une redéfinition de ce parti », explique-t-il en entrevue au Devoir. 

Allons-nous perdre l’appui des Proud Boys ? Peut-être. Mais je suis prêt à vivre avec ça.

La semaine dernière, 45 sénateurs républicains ont voté contre la tenue du deuxième procès en destitution de Donald Trump, confirmant ainsi l’influence de l’ex-président sur le parti de Ronald Reagan et de George W. Bush, influence sur laquelle plusieurs élus et candidats républicains comptent pour retrouver une majorité au Congrès en 2022.

Au lendemain de l’insurrection, le déni de réalité face aux conséquences des appels à la violence de Donald Trump s’est illustré d’ailleurs par la visite du leader de la minorité républicaine au Congrès, Kevin McCarthy, à Mar-a-Lago, en Floride, mercredi. Il y a rencontré le président déchu et en a rapporté une entente dans laquelle Trump s’est engagé à soutenir les candidats républicains en 2022.

« Allons-nous perdre l’appui des Proud Boys ? s’est demandé Adam Kinzinger en lançant sa campagne et en faisant référence au groupe suprémaciste blanc mobilisé par Trump en direct lors du premier débat télévisé de la campagne électorale. Peut-être. Mais je suis prêt à vivre avec ça. » Et d’ajouter : « Mais nous allons ainsi faire venir ces républicains qui ont peut-être voté Biden ou ceux qui ont donné une dernière chance au Parti républicain. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

À voir en vidéo