Une conspirationniste ennemie dans les rangs du pouvoir législatif américain

Tandis que, cette semaine, un rapport du département à la Sécurité intérieurefaisait état d’un risque accru d’attaques de la part des partisans de Donald Trump ciblant le nouveau gouvernement de Joe Biden, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, s’est dite jeudi « très préoccupée » de voir que cette menace vient désormais de l’intérieur même du Congrès. Selon elle, l’« ennemi est au sein de la Chambre des représentants », ce que tend à illustrer le comportement de la nouvelle députéerépublicaine américaine Marjorie Taylor Greene, qui depuis une semaine sème autant la peur que la division au sein des députés des États-Unis.

La représentante du 14e district de la Géorgie s’est fait remarquer au premier jour de son entrée en fonction, avec son couvre-visage porté uniquement sur la bouche à l’intérieur même de la Chambre, en clamant que Trump avait remporté les élections : « Trump won. »

Cette semaine, elle a soulevé l’ire de plusieurs démocrates après avoir fait la promotion sur Facebook d’un appellancé par les adeptes du mouvement niant les résultats des élections pour « exécuter » plusieurs figures importantes du Parti démocrate. Elle a aussi partagé un message indiquant que NancyPelosi méritait « une balle dans la tête » en plus d’avoir approuvé un autre commentaire estimant que Barack Obama, Hillary Clinton ainsi que les agentsdu FBI, représentants de « l’État profond », devaient être pendus.

S’affichant depuis des mois comme une fidèle du mouvement QAnon et de ses théories conspirationnistes élaborées à dessein, l’élue républicaine est également une proche de la droite radicale et suprémaciste blanche américaine. Deux jours après l’insurrection au Capitole, elle s’est montrée aux côtés de l’extrémiste Katie Hopkins, bannie de Twitter pour ses propos racistes ciblant le mouvement Black Lives Matter, lui disant même qu’elle rêvait de « l’échanger avec quelques élus blancs » de Washington « qui n’ont pas une bonne considération pour notre pays ».

« Dans un milieu de travail privé, n’importe laquelle de ces choses constituerait une infraction passible de licenciement et certaines entraîneraient même des dénonciations à la police, estime la spécialiste en communication numérique Elizabeth Spiers. Des menaces de mort contre un collègue, faites par une personne ou approuvées par elle, ne seraient jamais, dans tout autre contexte, tolérées, est-il nécessaire de le rappeler ? » a-t-elle écrit vendredi dans les pages du Washington Post, tout en s’amusant du fait que les républicains souhaitent gérer le pays comme une entreprise, sauf lorsque cela touche le comportement de leurs « employés ».

« L’inconduite de Mme Greene contribue à la radicalisation des terroristes nationaux et met en danger la vie de ses collègues », estime le représentant démocrate de la Californie, Jimmy Gomez, dans une lettre appelant les élus à voter une résolution pour faire sortir la républicaine du Congrès. « Elle a trahi son serment de défendre la Constitution des États-Unis contre tous les ennemis et, pour cette raison, n’est pas digne de la haute fonction qu’elle occupe et de la responsabilité qui vient avec ce poste. »

Controverse

Loin de la condamner, le Parti républicain l’a plutôt valorisée en la nommant cette semaine, dans la controverse, au comité de la Chambre des représentants en matière d’éducation et de travail. Un geste vivement dénoncé en raison des déclarations passées de l’élue sur la tuerie à l’école élémentaire Sandy Hook au Connecticut en 2012, qu’elle a qualifiée de « coup monté », et de son soutien aux promoteurs des armes à feu au pays.

« Ce qui me préoccupe, ce sont les dirigeants républicains de la Chambre des représentants qui l’ont placée à ce comité alors qu’elle se moque du meurtre de petits enfants à Sandy Hook et du meurtre d’adolescents à la Marjory Stoneman Douglas High School [à Parkland, en Floride, en 2018] », a déclaré Nancy Pelosi jeudi en conférence de presse au Capitole. « À quoi peuvent-ils penser ? Ou peut-être que “penser” est un mot trop généreux pour expliquer ce qu’ils font ? C’est absolument épouvantable. »

Jeudi, une porte-parole du bureau de Kevin McCarthy, leader de la minorité républicaine à la Chambre, a indiqué qu’une conversation allait avoir lieu avec Marjorie Taylor Greene pour discuter de ces « commentaires dérangeants », sans donner plus de détails. Le parti n’a toutefois pas l’intention de lui retirer son siège au sein du comité sur l’éducation. Au même moment, McCarthy rendait visite à Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride, pour discuter de la reprise de la majorité au Congrès en 2022. L’ex-président considère que Mme Taylor Greene est une « star montante » du Parti républicain.

Cette semaine, l’élue a indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de s’excuser pour ses propos présents oupassés. « Les démocrates et leurs porte-voix dans les “Fake News Medias” ne reculent devant rien pour combattre les républicains conservateurs », a-t-elle dit dans une déclaration adressée au quotidien en ligne The Hill. « Ils me poursuivent parce que je menace leur objectif de socialisme. Ils me poursuivent parce qu’ils savent que je représente le peuple, pas les politiciens. Ils en ont contre moi parce que, comme le président Trump, je défendrai toujours les valeurs conservatrices. »

Au premier jour de la présidence de Joe Biden, Marjorie Taylor Greene a déposé un projet de loi appelant à la destitution du nouveau président, dont elle remet en question la légitimité, puisqu’elle appuie la théorie d’un complot ayant entraîné le vol des élections. Par le passé, elle a aussi soutenu que les incendies de forêt en Californie avaient été déclenchés par un rayon laser provenant de l’espace.

Ils me poursuivent parce que je menace leur objectif de socialisme. Ils me poursuivent parce qu’ils savent que je représente le peuple, pas les politiciens. Ils en ont contre moi parce que, comme le président Trump, je défendrai toujours les valeurs conservatrices.

 

Le parti lui a fait part de sa désapprobation, le geste politique d’une destitution entrant en contradiction avec le discours des républicains qui estiment que le procès en destitution de Donald Trump, qui va s’ouvrir le 8 février prochain, est un règlement de comptes politique des démocrates.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

 

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