Biden fait de premiers pas, prudents, en faveur du droit des femmes à avorter

Joe Biden a annoncé jeudi le retour des aides américaines aux associations étrangères facilitant l’accès des femmes aux IVG.
Photo: Getty Images via Agence France-Presse Joe Biden a annoncé jeudi le retour des aides américaines aux associations étrangères facilitant l’accès des femmes aux IVG.

À la veille de la mobilisation annuelle des antiavortement, Joe Biden annonce jeudi le retour des aides américaines aux associations étrangères facilitant l’accès des femmes aux IVG, mais avance avec prudence sur ce terrain très sensible aux États-Unis.

Le nouveau président a signé à la mi-journée un décret pour abolir la « politique de Mexico City » qui interdit aux États-Unis de financer toute ONG internationale dès qu’elle offre, ne serait-ce que des conseils sur l’avortement.

Marqueur politique fort depuis des décennies, cette règle a été instaurée par l’administration républicaine de Ronald Reagan, annulée par chaque président démocrate et remise en vigueur par chaque républicain.

Elle a, selon un rapport gouvernemental, eu un impact sur 1300 projets internationaux en 2018 et forcé, cette année-là, les ONG à renoncer à plus de 150 millions de dollars.

L’avortement est légal aux États-Unis depuis une décision de la Cour suprême en 1973, mais divise encore fortement la population américaine, avec une opposition toujours très vive dans les milieux religieux.

Comme chaque année autour de la date anniversaire de cet arrêt historique, les opposants à l’avortement ont prévu de se faire entendre vendredi. Mais pandémie oblige, leur « marche « sera virtuelle contrairement à celle de l’an dernier à laquelle avait participé Donald Trump.

Un temps favorable au droit des femmes de choisir d’avorter, le milliardaire républicain avait conquis les électeurs de la droite religieuse en se posant en farouche opposant à l’avortement.

Pour les satisfaire, son administration avait décliné au niveau national la « politique de Mexico City », en imposant aux centres de planning familiaux de distinguer physiquement les consultations gynécologiques de celles liées à l’avortement, sous peine de perdre les fonds fédéraux. Un quart de ces structures avaient été pénalisées.

Dans son décret, Joe Biden aborde ce sujet, mais avec précaution. Il va ordonner « des actions immédiates pour considérer s’il doit revenir sur ces régulations », selon un communiqué de la Maison-Blanche.

Le texte ne dit rien non plus de « l’amendement Hyde », qui interdit d’utiliser des fonds fédéraux pour rembourser la plupart des avortements, bien que Joe Biden ait promis pendant sa campagne de l’abroger.

« Piétine les consciences »

Lors de sa première conférence de presse, la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki avait été interrogée sur les intentions du nouveau président à ce sujet : « c’est un fervent catholique qui va à l’église régulièrement », avait-elle répondu sans en dire plus.

Malgré l’opposition du clergé aux IVG, Joe Biden soutient ouvertement le droit des femmes à avorter, conformément aux positions de la majorité de ses électeurs. Mais il n’en a pas fait un grand sujet de sa campagne.

Les associations de défense de ce droit sont donc extrêmement vigilantes pour la suite.

« Nous sommes ravis que le président Biden révoque la politique de Mexico City, une règle cruelle et néocoloniale », a commenté Serra Sippel, présidente du Center for Health and Gender Equity (Change) lors d’un point de presse. Mais ses effets ne disparaîtront pas s’il ne donne pas d’instructions claires aux ambassades et agences fédérales, a-t-elle noté.

Ses annonces sont « des premiers pas extrêmement importants dans la bonne direction, mais l’administration doit aller plus loin », a ajouté Herminia Palacio, la présidente du Guttmacher institute, en soulignant que la majorité des quelque 850 000 avortements pratiqués chaque année aux États-Unis concernent des femmes de couleur et de milieux modestes.

Pour elle, faciliter l’accès aux IVG s’inscrit donc pleinement dans la lutte contre les inégalités, dont Joe Biden a fait une priorité. Jeudi, il doit d’ailleurs également signer un décret pour faciliter l’accès à une couverture médicale fédérale pour ceux qui n’en ont pas via leurs employeurs.

Mais les opposants à l’avortement, et leurs alliés républicains, font pression dans l’autre sens.

Le chef des républicains au Sénat Mitch McConnell a ainsi critiqué « le financement d’avortements à l’étranger avec de l’argent des contribuables », qui « piétine leur conscience » et va, selon lui, à l’encontre des promesses d’unité du nouveau président.

Son collègue Lindsey Graham a lui réintroduit un projet de loi pour empêcher les avortements à 20 semaines de grossesse, aujourd’hui légaux aux États-Unis.