Des mots pleins d'espoir, pour apaiser les maux

«Une Amérique unie». Le 46e président a largement insisté sur ce thème lors de son intronisation: «Voici ce à quoi mon âme est pleinement attachée: rassembler l’Amérique, unir notre peuple, unir notre nation. Et je demande à chaque Américain de se joindre à moi dans cette cause.»
Photo: Win McNamee Pool via Agence France-Presse «Une Amérique unie». Le 46e président a largement insisté sur ce thème lors de son intronisation: «Voici ce à quoi mon âme est pleinement attachée: rassembler l’Amérique, unir notre peuple, unir notre nation. Et je demande à chaque Américain de se joindre à moi dans cette cause.»

« Car il y a toujours de la lumière / Si seulement nous sommes assez courageux pour la voir / Si seulement nous sommes assez courageux pour la devenir. »

Par la force de sa plume, la jeune poète Amanda Gorman a elle-même symbolisé l’espoir mercredi. Un espoir incarné par des mots et par ce qu’elle voit comme leur puissance créatrice. « Nous avons vu au cours des dernières années comment le pouvoir des mots a été violé et détourné », a-t-elle expliqué, le lendemain de l’intronisation de Joe Biden, à l’animateur Anderson Cooper sur CNN. Il est temps, a-t-elle ajouté, de redonner aux mots leur pouvoir sacré pour en faire de véritables vecteurs de changement.

Des paroles qui faisaient écho au thème de la cérémonie d’intronisation du président Joe Biden : « Une Amérique unie ». Un thème sur lequel le 46e président a largement insisté : « Voici ce à quoi mon âme est pleinement attachée : rassembler l’Amérique, unir notre peuple, unir notre nation. Et je demande à chaque Américain de se joindre à moi dans cette cause. »

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Des mots qui inspirent, des mots porteurs d’espoir et qui appellent au changement. « Joe Biden a déjà commencé à travailler pour ramener l’unité et faire revivre ce sentiment d’espoir », disait jeudi matin Deanna Wooster, une Californienne qui s’était rendue à Washington avec son mari pour célébrer l’intronisation du nouveau président.

Les deux se sont promenés entre les 200 000 drapeaux américains qui avaient été dispersés sur le National Mall, symbole émouvant de cette foule habituellement rassemblée au pied du Capitole, mais absente cette année.

« J’ai l’espoir que ce nouveau gouvernement va permettre un certain retour à la normalité aux États-Unis, a ajouté son époux, Duncan Wooster. Qu’il va faire du respect une de ses valeurs cardinales. Qu’il va cesser d’intimider les pays étrangers et qu’il va se rappeler que nous sommes un pays bâti par des gens venant de partout dans le monde. »

Racisme

Plus loin, Rita Godfrey, Vanessa Thomas et Mary Godfrey, venues de Miami pour l’intronisation, tentaient de contourner les barrières de sécurité que des ouvriers s’affairaient à retirer du National Mall au lendemain de cette cérémonie qui a prouvé la force des institutions démocratiques américaines.

Ces espoirs, ce n’est pas quelque chose que l’on demande aux autres, c’est quelque chose que l’on doit exiger de soi-même

« Biden et Harris ont fait un départ canon », a lancé Vanessa en référence à la première série de décrets adoptés par le nouveau gouvernement américain. « J’ai l’espoir d’un avenir meilleur. On a touché le fond, maintenant on doit remonter jusqu’au sommet », a ajouté Mary.

Les trois femmes se sont dirigées vers le monument rendant hommage à Martin Luther King Jr., puis ont gravi les marches du Lincoln Memorial. « On n’était jamais venues à cet endroit. L’Histoire parle ici. »

Une histoire qui pèse parfois lourdement, selon elles. « Le rêve américain, pour moi aujourd’hui, c’est d’être capable de vivre sa vie sans avoir peur de se faire tuer dans la rue sans aucune raison, sans avoir peur de se faire tuer dans sa maison ou en faisant son jogging », a dit Vanessa, en référence à ces nombreux Afro-Américains morts sous les balles ou sous les coups de policiers.

Aux côtés du mot « unité » répété dix fois dans son discours et du mot « unir » mentionné quatre fois, Joe Biden a également abordé la question du racisme systémique.

« Nous sommes confrontés à une attaque contre notre démocratie et la vérité, à un virus qui fait rage, à des inégalités croissantes, à la douleur cinglante du racisme systémique, à la crise climatique, à la question du rôle de l’Amérique dans le monde. […] Nous allons être mis à l’épreuve. »

Des mots qui comptent — puisque puissants, a rappelé Amanda Gorman. « Words matter », a-t-elle répété sur les ondes de CNN.

Vaccination

Des mots qui ont aussi été posés sur ce virus « qui hante silencieusement » les États-Unis. « Il a fait autant de victimes que les États-Unis ont pleurées pendant l’ensemble de la Seconde Guerre mondiale », a fait remarquer le nouveau président.

Une préoccupation galopante chez nombre d’Américains, alors que le nombre de décès journaliers dus à la COVID-19 bat des records aux États-Unis. « Nos espoirs, c’est vraiment de retrouver une vie politique plus calme, mais aussi que les vaccins soient distribués rapidement et que la campagne de vaccination soit mieux gérée », ont mentionné Larry Robinson et Andrew Frederick, deux résidents de Washington qui s’étaient aventurés dans les rues de la capitale mercredi pour « expérimenter » l’ambiance surréelle qui y régnait le jour de l’intronisation de Joe Biden.

Deanna Wooster s’était aussi rendue au Mall jeudi pour rendre hommage aux victimes de la COVID-19. « Il faut vraiment améliorer la vaccination pour que notre nation puisse retrouver sa santé », a-t-elle affirmé.

Les espoirs sont donc nombreux, propulsés par la promesse de lendemains meilleurs. Une lumière qu’il faut toutefois tous incarner, rappelle Amanda Gorman. « Ces espoirs, ce n’est pas quelque chose que l’on demande aux autres, c’est quelque chose que l’on doit exiger de soi-même. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

 
 

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