Un vaste chantier environnemental attend Joe Biden

La Maison- Blanche a l’intention de réviser la décision prise en décembre par le gouvernement Trump de ne pas inscrire le papillon monarque sur la liste des espèces menacées, malgré un déclin de 85 % des populations de cet insecte emblématique.
Photo: Luis Acosta Agence France-Presse La Maison- Blanche a l’intention de réviser la décision prise en décembre par le gouvernement Trump de ne pas inscrire le papillon monarque sur la liste des espèces menacées, malgré un déclin de 85 % des populations de cet insecte emblématique.

Après avoir vécu pendant quatre ans sous le règne d’un gouvernement climatonégationniste, les États-Unis devraient opérer un virage à 180 degrés, à supposer que le nouveau président, Joe Biden, mette en oeuvre son ambitieux programme environnemental. Le Devoir vous présente ici cinq éléments qui devraient marquer la rupture avec le gouvernement Trump.

Retour dans l’Accord de Paris sur le climat

L’ancien président, Donald Trump, avait décidé de quitter l’Accord de Paris en affirmant que cette entente signée par 197 pays était nuisible pour l’économie américaine. Le retrait des États-Unis, qui est entré en vigueur le 4 novembre dernier, aura toutefois été de courte durée.

Quelques minutes à peine après avoir prêté serment mercredi, Joe Biden a en effet confirmé par décret qu’il reviendra à la table dans 30 jours, après avoir signifié son intention aux Nations unies. Selon ce que précise le document publié par la Maison-Blanche, Washington compte ainsi exercer son « leadership » dans la mise en œuvre de l’accord, conçu pour limiter le réchauffement climatique. Le site de la Maison-Blanche précise d’ailleurs que cet enjeu sera une priorité gouvernementale et que les États-Unis comptent ainsi répondre aux exigences de « la science », qui préconise l’atteinte de la carboneutralité à l’échelle mondiale d’ici 2050.

 

Ce geste est d’autant plus significatif que le pays est le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre. Selon les données officielles disponibles, les États-Unis ont émis en 2018 pas moins de 5,4 milliards de tonnes de CO2, soit environ 15 % du total mondial. Le Canada, par exemple, a émis pour cette même année 729 millions de tonnes de CO2.

Des investissements de 2000 milliards de dollars

Le nouveau président démocrate n’a pas hésité à qualifier la crise climatique de « menace existentielle pour l’humanité » lors de la campagne électorale. Il a d’ailleurs promis que la reprise économique qui suivra la profonde crise de la COVID-19 s’appuiera sur une « relance verte ».

Pour y parvenir, Joe Biden doit présenter le mois prochain au Congrès un plan sans précédent d’investissements totalisant pas moins de 2000 milliards de dollars sur quatre ans. Il promet ainsi « de faire face à la crise climatique, de construire une économie basée sur l’énergie propre, de s’attaquer à l’injustice environnementale et de créer des millions d’emplois bien rémunérés ».

Les mesures orchestrées par le nouvel occupant du Bureau ovale sont d’ailleurs très similaires au « Green New Deal » préconisé par les militants les plus progressistes du Parti démocrate. Reste à voir si le président pourra rallier les républicains à son plan de relance pour verdir l’économie américaine, toujours très dépendante des énergies fossiles.

Décarboniser la production d’électricité

Durant sa présidence, Donald Trump a plaidé à plusieurs reprises, mais en vain, pour la relance d’une industrie du charbon de plus en plus moribonde aux États-Unis. Mais au-delà de ses affirmations souvent éloignées de la réalité, il n’en demeure pas moins que les énergies fossiles représentent toujours un poids lourd dans la production de l’électricité consommée par les Américains.

Concrètement, pas moins de 60 % de toute la production d’électricité du pays s’appuie sur le recours aux combustibles fossiles. Le charbon comptait ainsi, en 2019, pour 23 % de la production, un chiffre en recul en raison du recours accru au gaz naturel, qui compte aujourd’hui pour environ 38 % de toute la production.

La part du nucléaire comble près de 20 % des besoins, mais les énergies renouvelables, comme le solaire ou l’éolien, sont désormais en forte croissance. Joe Biden espère maintenant accélérer le mouvement, afin de décarboniser 100 % de la production nationale d’électricité d’ici 2035. Un objectif qui doit, pour être réaliste, aller de pair avec des gains substantiels en matière d’efficacité énergétique, notamment dans le secteur des bâtiments.

Déconstruire l’héritage réglementaire de Trump

Selon un bilan réalisé par le Département de droit de l’Université Columbia, à New York, le gouvernement républicain a imposé pas moins de 163 reculs réglementaires et législatifs en matière de protection de l’environnement.

La liste ratisse d’ailleurs large. En plus d’annuler le « Plan pour une énergie propre » du gouvernement Obama, qui prévoyait l’imposition de normes devant mener à la fermeture des centrales au charbon les plus polluantes, Trump a mis de côté les normes conçues pour favoriser la décarbonisation progressive du secteur des transports, responsable d’environ 35 % des émissions du pays.

Il a également rejeté l’imposition de normes plus strictes en matière d’émissions de méthane (un puissant gaz à effet de serre) provenant de l’exploitation pétrolière et gazière. Or, celles-ci plombent sérieusement le bilan américain, d’autant que l’exploitation se fait de plus en plus par fracturation, une technique qui libère d’importantes quantités de méthane.

Les choses risquent toutefois de changer, puisque le gouvernement Biden a publié mercredi une liste de pas moins de 104 mesures à caractère environnemental qui devront être révisées par les différentes agences du pays. Selon ce que précise le document présidentiel, l’objectif est de revoir les mesures qui sont dommageables pour « la santé publique » et l’environnement, mais aussi toutes celles qui ne s’appuient pas sur « la meilleure science disponible ».

Protéger les milieux naturelset les espèces menacées

Tout juste avant de quitter la Maison-Blanche, le gouvernement Trump a vendu aux enchères 11 permis d’exploration pétrolière couvrant une superficie totale de 2430 km2 de la plus grande aire protégée des États-Unis, le Refuge national de la faune arctique.

Est-ce que le président Biden pourra faire annuler ces permis ? Difficile à dire pour le moment, mais il a annoncé mercredi un moratoire sur toute nouvelle vente de permis dans cette région située près de la frontière canadienne. Il a également promis de mieux protéger certains sites naturels terrestres et marins emblématiques des États-Unis.

Joe Biden a par ailleurs annoncé une série de révisions des mesures de protection des espèces menacées, et notamment de celles qui peuvent subir les effets négatifs de l’industrie pétrolière en milieu marin. M. Biden a même prévu une révision du statut du papillon monarque, une espèce en voie de disparition à laquelle le gouvernement Trump a refusé le statut d’« espèce menacée » en décembre dernier.

 

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