Des émeutiers du Capitole cherchaient à «capturer et à assassiner» des élus 

<p>Un dossier déposé par le ministère de la Justice devant un tribunal demande le maintien en détention de Jacob Chansley, ce conspirationnniste QAnon photographié torse nu en tenue de chaman à cornes durant l’émeute au Capitole.</p>
Photo: Saul Loeb Archives Agence France-Presse

Un dossier déposé par le ministère de la Justice devant un tribunal demande le maintien en détention de Jacob Chansley, ce conspirationnniste QAnon photographié torse nu en tenue de chaman à cornes durant l’émeute au Capitole.

Une semaine après l’assaut contre le Capitole, les questions se multiplient sur le niveau de préparation des émeutiers. Des procureurs américains affirment même que certains partisans du président Trump cherchaient à « capturer et à assassiner des élus ».

Sur une vidéo, une douzaine d’hommes vêtus d’un attirail militaire grimpent en file indienne les marches du Capitole, traversant la foule des manifestants jusqu’aux portes de bâtiment.

À l’intérieur, plusieurs hommes ont été photographiés portant des liens en plastiques pouvant être utilisés comme des menottes, ce qui suggère une potentielle volonté de prendre des otages.

Une autre vidéo attire particulièrement l’attention. On y voit plusieurs manifestants qui se regroupent dans une pièce du Capitole pour décider de la suite à donner après avoir réussi à pénétrer dans le bâtiment. Une femme arborant un chapeau rose donne des instructions au mégaphone à ceux qui ont pu pénétrer dans le bâtiment, à travers une vitre brisée.

Plusieurs élus ont également remarqué que les manifestants ayant vandalisé le bureau de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, semblaient connaître le bâtiment, qui tient pourtant du labyrinthe. « Ils savaient où aller […] Quelqu’un à l’intérieur du bâtiment a été complice », a avancé le représentant démocrate James Clyburn à CBS.

Selon l’élue démocrate Mikie Sherrill, des groupes de partisans de Donald Trump ont effectué des « visites de reconnaissance » la veille. Ces visiteurs « n’ont pu avoir accès au complexe du Capitole que par l’intermédiaire d’un élu ou un employé du Congrès », a-t-elle noté dans une lettre ouverte à la police du Capitole.

Ils savaient où aller […] Quelqu’un à l’intérieur du bâtiment a été complice.

Jusqu’ici, la justice n’utilise pas les termes « conspiration » ou « complot » pour décrire les violences du 6 janvier. Mais le procureur de Washington qui supervise l’enquête, Michael Sherwin, concède qu’il y a des « signes de coordination ».

« Cela va prendre des semaines, si ce n’est des mois pour découvrir leurs réelles motivations, a-t-il dit. Mais il n’y a pas de preuve à ce stade de l’existence d’équipes chargées de tuer ou de capturer, voire d’assassiner. »

Dans des documents judiciaires, des procureurs américains affirment toutefois que « des preuves solides, dont les propres paroles et actionsde Chansley [un conspirationniste QAnon qui est entré de force] au Capitole, montrent que le dessein des émeutiers était de capturer et d’assassiner des élus du gouvernement des États-Unis ».

Jacob Chansley, 33 ans, a été photographié torse nu en tenue de chaman à cornes durant l’émeute dans le bureau du vice-président, Mike Pence. D’après les procureurs, il a laissé une note à l’attention de M. Pence sur l’estrade du Sénat où le vice-président s’était tenu quelques minutes plus tôt sur laquelle était écrit : « Ce n’est qu’une question de temps, la justice arrive. »

Après les violences, qui ont mené au décès de cinq personnes, dont un policier, une quinzaine de personnes ont été arrêtées et le ministère de la Justice a prévenu que plus de 200 autres pourraient être inculpées.

La justice fédérale américaine a d’ailleurs procédé vendredi à l’arrestation d’un homme en Floride, un ancien soldat ayant appelé à prendre les armes face aux manifestants pro-Trump qui se rassembleront dimanche devant le siège du gouvernement de cet État du sud-est des États-Unis.

Enquêtes internes

Donald Trump a pour sa part été mis en accusation mercredi pour « incitation à l’insurrection », pour avoir encouragé ses partisans à marcher sur le Congrès.

Des enquêtes internes ont également été ouvertes au sein de plusieurs ministères américains, dont ceux de la Justice et de la Défense, pour évaluer leur préparation et leur réponse à l’assaut. Elles chercheront à déterminer quelles étaient les informations disponibles avant le coup de force, comment elles ont circulé entre les différentes agences fédérales chargées du maintien de l’ordre, et leurs réactions le jour J.

Les forces de l’ordre ont été très critiquées depuis l’attaque contre le siège du Congrès. Plusieurs entités sont mises en cause : la police fédérale, la police du Capitole, la police municipale, la Garde nationale ou encore la police des parcs.

Le FBI aurait été au courant de plusieurs informations qu’il n’aurait pas fait circuler à ses partenaires. On se questionne également sur la lenteur avec laquelle le Pentagone a déployé les soldats de la Garde nationale le 6 janvier.

Le passage de flambeau entre chaud et froid

À cinq jours de l’investiture, les préparatifs s’accélèrent en vue de la prestation de serment du président désigné Joe Biden et du départ de la Maison-Blanche du président Donald Trump.

 

Le vice-président Mike Pence et sa successeure Kamala Harris se sont d’ailleurs parlé jeudi par téléphone, d’après une source proche. Une conversation qui marque un contraste net par rapport à la relation qu’entretiennent Donald Trump et Joe Biden.

 

Le républicain n’a toujours pas félicité le démocrate pour sa victoire électorale et compte quitter Washington dès mercredi matin, sans assister à la prestation de serment du président désigné. M. Trump s’envolera pour son club de Mar-a-Lago en Floride, où il a l’intention de s’installer.

 

Mike Pence doit, lui, participer à la cérémonie. Les relations entre MM. Trump et Pence se sont dégradées depuis que le vice-président a confirmé le 6 janvier la victoire de Joe Biden.

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