Un dernier pèlerinage pour Donald Trump

Les partisans de Donald Trump prient pour qu’il demeure président après le 20 janvier.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les partisans de Donald Trump prient pour qu’il demeure président après le 20 janvier.

Ils étaient des centaines, voire des milliers, à le suivre, presque pas à pas, tout au long de cette journée qui devrait être le point d’aboutissement de sa présidence. Pour sa dernière sortie publique à titre de chef du pays le plus puissant du monde, Donald Trump s’est rendu mardi au Texas le long du mur qu’il a en partie érigé pour stopper l’immigration illégale. Une sorte de pèlerinage, fortement symbolique, au cours duquel ses partisans se sont dits portés par l’espoir que le président parviendra à demeurer en poste après le 20 janvier.

« On est ici pour prier », explique Cathy, une pancarte à la main sur laquelle est inscrit « verset 35 » au côté du nom de Donald Trump. « Je ne sais pas encore ce qui va se passer, mais je crois que Dieu va intervenir. Il y a des voix prophétiques qui disent qu’il va y arriver. » Comme une centaine d’autres partisans du président républicain, Cathy s’est rendue dès 9 h mardi matin dans le stationnement du Christian Fellowship Church à un jet de pierre de l’aéroport de Harlingen où devait atterrir l’Air Force One en début d’après-midi.

« On veut que Donald Trump sache qu’il a encore des partisans ici dans la vallée », ajoute à ses côtés Rita.

Nathan Hubble, lui, est arrivé au rassemblement armé. « C’est pour sauver ma vie ou celle de quelqu’un d’autre. Si quelqu’un veut tuer, je vais le tuer avant. »

Converse aux pieds et drapeau américain à la main, l’homme croit également qu’un revirement de dernière minute est réalisable. « Ça va prendre beaucoup de choses, mais c’est possible. » Et le mur ? « C’est une bonne chose. Si tu veux devenir un citoyen américain, tu dois entrer par la porte d’en avant, pas par la porte d’en arrière. »

Un peu plus loin, Belinda Castaneda garde elle aussi espoir. « Tout peut encore changer. » Son fils Josh Mata dit également sentir qu’un soubresaut est à portée de main. « Mais si ce n’est pas la semaine prochaine, ce sera en faisant naître une troisième option [aux côtés des partis démocrate et républicain]. Il y a 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui, ils ne s’envoleront pas. »

Au milieu des pick-up parés aux couleurs trumpistes, John Jacobson, du comité républicain du comté de Cameron, a enlevé sa casquette avant de prendre la parole pour une prière collective. « Dieu, tu nous as dit que nous devions bénir quiconque bénirait Israël [Trump a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël]. Nous te remercions de nous avoir amené quelqu’un comme lui dans des moments si difficiles. »

Cortège

Pendant que Trump survolait les États-Unis pour se rendre au sud du pays, certains de ses partisans ont quitté Harlingen pour se rendre à 45 minutes de là à McAllen — où Trump devait arriver plus tard —, alors que d’autres attendaient que le président pose le pied au Texas avant de poursuivre le cortège.

Vers 13 h, le président a atterri à Harlingen avant de monter à bord d’un hélicoptère pour se rendre aux abords de la frontière à McAllen, ville rendue tristement célèbre pour avoir abrité le plus grand centre de détention pour immigrants illégaux du pays où des enfants étaient détenus dans des cages.

« Ils sont plus en sécurité comme ça. Je suis d’accord avec ça », lance Martha Ruiz, croisée devant l’aéroport de McAllen, où policiers et partisans s’apprêtaient à accueillir le président. Comme plusieurs autres personnes rencontrées, cette partisane de Donald Trump croit que ces enfants sont mieux en détention qu’entre les mains de coyotes (passeurs) et qu’avec leurs parents, qui leur imposent des conditions infernales pour les emmener aux États-Unis. « Et ces cages existaient déjà sous Obama et personne ne disait rien à ce moment-là », ajoute à côté d’elle son mari Alfredo Ruiz, masque de Trump au visage.

Sous le mur

Ultime arrêt du cortège trumpiste, plusieurs partisans de Donald Trump ont poursuivi leur route jusqu’à Alamo, à une quinzaine de minutes de là, où le président a donné un discours près du mur. « J’ai tenu mes promesses », retransmettaient les cellulaires de centaines de partisans qui avaient stationné leurs pick-up près de la route, bloquée par des policiers. « Et aujourd’hui, on célèbre une extraordinaire étape : l’achèvement de 450 milles du mur frontalier », lançait le président, en martelant son legs chaudement applaudi par ses supporters.

À travers les drapeaux « Texas for Trump », « Women for Trump » ou encore du mouvement Blue Lives Matter — soutenant les policiers —, Arnaldo Garza retournait en fin d’après-midi à sa voiture avec ses amis. « Je vais continuer à le soutenir. Il suit la Bible plus que tout autre président. C’est pour ça que je l’aime. »

À quelques kilomètres de là, au milieu des champs de choux, d’immenses pans de la clôture bâtie entre les deux pays s’élançaient vers le ciel. Et entre ceux-ci, des trous tout aussi immenses, laissés par ce legs largement inachevé.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international TransatLe Devoir.

 

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J'ai tenu mes promesses.

3 commentaires
  • Jacques Légaré - Abonné 13 janvier 2021 10 h 10

    « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, c’est donc que le règne de Dieu vous a atteints » (Mt 12, 28).

    L’aliénation à son meilleur : «John Jacobson, du comité républicain du comté de Cameron, (…) prend la parole pour une prière collective : « Dieu, tu nous as dit que nous devions bénir quiconque bénirait Israël [Trump a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël]. Nous te remercions de nous avoir amené quelqu’un comme lui dans des moments si difficiles. »
    +
    Arnaldo Garza [clame] : « Je vais continuer à le soutenir. Il suit la Bible plus que tout autre président. C’est pour ça que je l’aime ».

    Il est là le cancer dans toute démocratie. Dieu n’a jamais été démocrate. Nulle part. Plus vicieux, il raisonne à coups de paraboles, jamais au moyens d’analyses fines, de raisonnements serrés et de vérifications contrôlées.

    Pour vérifier la nocivité de cette influence biblique, il faut lire Normand Rousseau : «Monsieur Jésus».
    Nous n'avons pas idée tout ce que les Américains y puisent a contrario de la pensée de Pères fondateurs de leur démocratie :

    page. 392 : «Selon Paul et l’Église, il faut lire les Écritures non pas au pied de la lettre, mais en esprit (2 Cor 3, 6) »

    À cette aune-là, on peut donc en dire tout et n’importe quoi. Aucune interprétation ne peut prétendre à la vérité puisque chacun peut y aller de la sienne, sans preuve de sa validité. Enfin, à cette aune-là la Résurrection n’est qu’une fable explicative de la résilience et toute l’histoire de Jésus un fait divers banal dans l’empire romain et une tragédie personnelle pour un rebelle vaincu.

    Rousseau continue : p. 392 :

    «Le Catéchisme canonise les yeux fermés tous les criminels de l’AT. (Catéchisme No 61). »

    p. 393 : «« Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. » (Mt 22, 29) ».
    Comme si ces deux éléments nous donnaient la vérité, et sur toutes choses. Voilà bien l’origine de l’obscurantisme et le peu d'influence politique de leurs savants, écrivains et intellectuels.

    On n'a pas idée des dommages nés de cette pensée délirante.

    Vive nos Cegeps !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 13 janvier 2021 11 h 48

    « Soixante-quatorze millions d’Américains ont voté pour lui ; il suit la Bible plus que tout autre président. C’est pour ça que je l’aime »



    « Gott mit uns ! »

  • Robert Morin - Abonné 13 janvier 2021 15 h 32

    Des faux jetons ont la mémoire courte

    En lisant les patronymes de la plupart des partisans de Trump cités dans l'article (p. ex. Casadena, Ruiz, Garza), je ne peux m'empêcher de penser que pas très loin dans leur arbre généalogique se trouvent des personnes qui ont émigré aux États-Unis, alors qu'eux, leurs descendants d'aujourd'hui, sont prêts à infliger les pires traitements à celles et ceux de faire de même. Quelle tristesse!